mardi 10 novembre 2009

DEMBA MARICO, coordinateur du projet ACCC/Mauritanie

«Une bonne partie de la ville de Nouakchott s’est développée dans une zone de dépression et quand les gens y construisent, il faut s’attendre à être inondé »

Jusqu’à une époque récente, on ne percevait pas encore les changements climatiques même si on a beaucoup écrit et sensibilisé les populations et notamment les décideurs politiques sur la problématique de ce phénomène mondial. Mais, «depuis cette année, ce qui est arrivé au moins, malheureusement, les gens l’ont appris à leurs dépens », déclare Demba Marico, coordinateur national du projet Adaptation au changement climatique du littoral et à ses dimensions humaines en Afrique de l’Ouest dans le cadre de la gestion intégrée du littoral (ACCC/Mauritanie), au cours d’une journée de formation et d’information du projet ACCC qui a eu lieu à Nouakchott ce 10 novembre.

« Cette situation, poursuit-t-il en faisant allusion aux récentes inondations et fortes tempêtes qu’a connu une certaine partie du monde, interpelle tout un chacun en particulier ceux qui habitent dans les zones de dépression sur la réalité des changements climatiques.»
Selon des prévisions, les changements climatiques vont s’accentuer davantage en se traduisant, entre autres, dans les années à venir, par une élévation du niveau de la mer, par une érosion côtière accrue, par des inondations, par la destruction de la mangrove…tout en jouant négativement et considérablement sur les ressources halieutiques et les écosystèmes sans parler des conséquences sociales et économiques.

Dans cette perspective, la Mauritanie est loin de tirer son épingle du jeu. « Il va de soi qu’on va être touché par l’élévation du niveau de la mer, par des inondations et des incursions marines. Mais également par de fortes tempêtes qui peuvent se produire en haute mer, par des précipitations importantes ou par des sécheresses qui peuvent être provoquées », explique Demba Marico.

Entre août et septembre 2009, Nouakchott a connu une pluviométrie assez importante. Du coup, dans certains quartiers comme El Mina, Sebkha, Socogim Ps, Ksar, Dar Naïm, Tévragh-Zéina, il y avait de l’eau partout. Et, à en croire Demba Marico, cette situation était prévisible. «Même sans les changements climatiques, il y a déjà un risque d’inondations de la ville de Nouakchott parce qu’une bonne partie de la ville s’est développée dans une zone de dépression qui est l’Aftout. Et, quand les gens y construisent, il faut s’attendre à être inondé », dit-il.

Toutes ces zones-là continuent à être habitées. Pourtant, en 2002, dans le schéma directeur d’aménagement urbain, il est dit que ces quartiers sont des zones dans lesquelles on ne devrait pas habiter ou construire.

«Malgré cela, les autorités ont continué à distribuer des terres, regrette-t-il. Les populations ont continué à s’y installer. Certains quartiers comme Basra, Socogim plage ou Las Palmas ont poussé récemment. C’est des zones qui, normalement, ne devraient pas être construites. A l’époque, ce n’était pas la problématique des changements climatiques mais c’était plutôt le problème lié à la salinité. Quand on construit dans ces zones-là, les bâtiments s’effondrent au bout de quelques années. »

Pour le coordinateur du projet ACCC/Mauritanie, il faut éviter de s’installer dans des zones. Et, pour ceux qui l’ont déjà fait, il recommande qu’on les déplace en les relogeant ailleurs puisque la nappe phréatique de ces zones est à fleur de sol. «Dans nos politiques de développement urbain, il faut mettre en place des techniques d’urbanisation qui font qu’on n’habite plus dans ces zones inondables. Et les populations et les autorités doivent comprendre que la meilleure façon de faire, c’est d’éviter de s’installer dans ces zones-là », préconise-t-il.

Ceci est d’autant plus vrai que dans les années à venir, il va y avoir des catastrophes beaucoup plus importantes selon certaines prévisions. Face à un déficit de moyens, de technicité et de ressources, les pays pauvres comme le nôtre qui souffrent également des problèmes d’assainissement doivent développer des stratégies d’adaptation et engager des politiques qui tiennent compte des changements climatiques à travers par exemple un programme de développement urbain approprié.

Babacar Baye NDIAYE

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