vendredi 8 mai 2009

IGE-Le Collectif des avocats de Boïdiel persiste et signe : "Si M. Boïdiel avait accepté d’aller à la soupe, on n’en serait pas là aujourd’hui"



idjaameNews-Le collectif des avocats de Boïdiel Ould Homeïd, ex-directeur de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) en l’occurrence Aïssata Tall Sall, Mohamed Salem Ould Bouhoubeyni, Moulaye El Ghaly Ould Moulaye Ely et Lô Gourmo Abdoul a organisé, ce jeudi 7 mai, à l’hôtel Mercure-Marhaba, une conférence de presse au sujet de la mise en demeure adressée par l’Inspection Générale d’Etat à leur client.
Aux yeux de Me Lô Gourmo Abdoul, l’affaire Boïdiel-IGE a une signification politique. "Il y a eu manipulation délibérée d’un dossier pour parvenir à un objectif bien précis qui est celui de tenter de mettre dans de grandes difficultés quelqu’un [Boïdiel Ould Homeïd, Ndlr] qui est connu comme étant une des figures de proue de l’opposition démocratique actuellement dans notre pays" explique-t-il. "Si on ne prend pas le dossier par ce fil d’Ariane, on risque de se perdre dans des considérations forestières, touffues et finalement ne pas en saisir l’essentiel", précise-t-il.
Par ailleurs, Me Lô Gourmo Abdoul a indiqué que le dossier de Boïdiel Ould Homeïd n’a pas été fait dans la sérénité. Suffisant pour lui de mettre en doute le travail de l’Inspection Générale d’Etat dirigée par M. Sidi Ould Ahmed Deya, à l’époque un des frondeurs contre le gouvernement Yayha Ahmed Ould Waghf où Boïdiel Ould Homeïd était nommé comme Ministre conseiller à la Présidence de la République. "On ne peut pas malheureusement ignorer ce fait contextuel dans cet espèce de puzzle des grands autres dossiers qui ont hanté la vie politique de ce pays depuis le coup d’Etat et qui se tiennent comme une énorme machinerie", précise-t-il.
Pour lui, l’affaire Boïdiel-IGE est un immense montage politique. Le dossier de Boïdiel Ould Homeïd s’inscrit, selon les avocats, dans le cadre d’un règlement de compte politique. "Cette affaire est politique", assure Me Aïssata Tall Sall. "Couvrir un dossier contre Boïdiel dans le contexte actuel ne peut pas être innocent d’autant plus qu’il a dit haut et fort ce qu’il pensait de la situation politique actuelle", enfonce Me Moulaye El Ghaly Ould Moulaye Ely.
Boïdiel Ould Homeïd serait-il donc une cible du régime militaire issu du coup d’Etat du 6 août 2008. En tout cas, c’est l’avis de Me Moulaye El Ghaly Ould Moulaye Ely. "Il n’y avait pas seulement Boïdiel qui avait reçu une mise en demeure. Il y avait des dizaines de personnes qui avaient reçu des mises en demeure en même temps que Boïdiel. Ces gens n’ont pas accepté de payer et pourtant ils n’ont aucun problème", rappelle-t-il.
A cette époque, Boïdiel Ould Homeïd avait consigné un montant de 120.000.000 UM. Pour autant, à en croire Me Moulaye El Ghaly Ould Moulaye Ely, cela ne signifie pas que leur client aurait reconnu les faits qui lui sont reprochés lorsqu’il était directeur général de la CNAM.
D’ailleurs, suite à la mise en demeure de l’IGE, Boïdiel Ould Homeïd avait adressé une lettre de contestation qui est restée lettre morte. "Il y a toute une chaîne à remonter avant d’arriver à Boïdiel. Nous avons cette fois-ci l’intention de faire un recours hiérarchique", révèle Me Moulaye El Ghaly Ould Moulaye Ely qui a balayé d’un revers de la main les reproches portés contre son client accusé d’avoir détourné de l’argent public par l’IGE. "Il n’y a aucune preuve qui montre que Boïdiel a utilisé cet argent à des fins personnelles", poursuit-il en laissant entendre que son client n’est coupable que d’une "faute de gestion".
Le collectif des avocats de Boïdiel Ould Homeïd considère la mise en demeure de l’IGE comme une diversion destinée à aveugler l’opinion publique. "Nous considérons que cette affaire n’est pas innocente. Nous considérons que le dossier est vide. Nous allons le démontrer et faire aboutir cette affaire", a promis Me Moulaye El Ghaly Ould Moulaye Ely qui accuse l’IGE d’avoir procédé à un détournement de procédure pour fonder une dynamique d’action judiciaire.

Un dossier cousu de fil blanc

Pour Me Aïssata Tall Sall, le dossier de Boïdiel Ould Homeïd est un dossier cousu de fil blanc. "Il n’y a pas de dossier. C’est un montage incongru", rappelle-t-elle. Elle lie cette affaire au fait que Boïdiel Ould Homeïd ait refusé de reconnaître le coup d’Etat du 6 août 2008 fomenté par Mohamed Ould Abdel Aziz contre Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. "Au-delà de Boïdiel, ce sont les libertés qui se jouent en Mauritanie", dit-elle convaincue que cette affaire procède à une véritable extorsion de fonds. "Je ne suis pas étonnée qu’il y ait eu extorsion de fonds parce qu’avant tout il y a eu extorsion de pouvoir. Quand on a extorqué le pouvoir, on peut extorquer l’argent", poursuit-elle.
Le collectif des avocats de Boïdiel Ould Homeïd compte, les jours à venir, engager une procédure administrative. "Nous sommes convaincus que cet inspecteur général d’Etat [Sidi Ould Ahmed Deya, Ndlr] n’est absolument pas compétent pour envoyer une mise en demeure dans une matière qui relève de la Cour des Comptes", affirme Me Aïssata Tall Sall. Toutefois, elle a prévenu : "Si nous voyons qu’il y a un quelconque obstacle à ce que cela aboutisse, nous demanderons que la procédure pénale également soit enclenchée et qu’elle soit vidée".
Le collectif des avocats de Boïdiel Ould Homeïd semble avoir bien compris que le temps joue en défaveur de leur client qui est sous la menace d’une prescription pénale. "Nous le refusons. Nous allons tout faire pour que rapidement tout soit fait et dit sur ce dossier", dit-elle sûre que son client est "propre et qu’il n’a rien fait".

Babacar Baye Ndiaye

vendredi 1 mai 2009

Fête du 1ier mai 2009 : Une fête sur fonds de crise politique

Jamais, une célébration de la fête du 1ier mai n’a été aussi politique. La fête du Travail, organisée ce vendredi dans un contexte national marqué par le coup d’Etat du 6 août 2008 et de crise financière internationale, a rassemblé des centaines de travailleurs réunis autour de l’UTM, de la CGTM, de la CNTM et de la CLTM. Ces centrales syndicales, hostiles au coup d’Etat du 6 août 2008, ont célébré la fête avec le slogan "Ensemble pour le retour à la démocratie". La marche de ces centrales syndicales s’est déroulée sous haute surveillance policière.

Non seulement la fête du Travail a été une occasion pour les travailleurs de rappeler leurs droits mais aussi de parler de la crise politique actuelle. Sans ranger au second plan certaines revendications relatives à la détérioration du pouvoir d’achat, la cherté de la vie, l’augmentation des salaires, les travailleurs ont aussi marché pour exiger le retour à l’ordre constitutionnel. Ainsi, suite au traditionnel défilé, un meeting a été organisé en face de la mosquée de Qatar.

La Coordination des Centrales Démocratiques (CCD) qui regroupe l’Utm, la Cgtm, la Cntm et la Cltm persiste et signe dans son engagement à faire échouer, comme le Fndd, le coup d’Etat du 6 août 2008 qui a vu l’accession au pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Dans une plate forme revendicative, la CCD déclare que le pouvoir d’achat des travailleurs s’est considérablement détérioré. "Dans ce sens, aucune mesure n’a été entreprise visant à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs", s’est offusquée la CCD.

A ce sujet la Coordination des Centrales Démocratiques a suggéré au gouvernement d’augmenter les salaires proportionnellement aux coûts de la vie, la suppression de l’ITS et enfin l’amélioration du contrôle de la qualité des produits de consommation.

"Les programmes de lutte contre la pauvreté et le chômage sont laissées pour compte en faveur des financements de tournées à l’intérieur du pays préparatoires de la campagne présidentielle anticipée, illégitime et anticonstitutionnelle du général", s’est indignée la Coordination des Centrales Démocratiques.

Celle-ci n’a pas caché son inquiétude au sujet du retrait de plusieurs projets économiques, le retrait des investisseurs étrangers, le gel des financements étrangers, la diminution du transfert des capitaux des migrants, la suspension de la coopération avec les Etats-Unis et l’Union Européenne, le retrait des principaux bailleurs de fonds (FMI et BM), la suspension du pays de l’OIF et de l’UA.

La Coordination des Centrales Démocratiques a battu en brèche les politiques d’improvisation initiées par Mohamed Ould Abdel Aziz en procédant à l’achat d’équipement dans des conditions obscures faisant ainsi allusion à l’achat du scanner destiné à l’hôpital national de Nouakchott et qui d’ailleurs avait suscité beaucoup d’interrogations.

La déception semble donc être grande chez les travailleurs notamment au sujet des négociations tripartites sur lesquelles ils avaient fondé de grands espoirs aussi bien pour l’amélioration de leurs conditions matérielles et morales que pour la révision des réglementations contractuelles afin de garantir la sécurité et la promotion du travail et de la production.

Pour la CCD, la Mauritanie s’achemine vers l’instabilité. La solution passerait, à l’en croire, à œuvrer énergiquement pour faire échouer l’agenda unilatéral des putschistes. La lueur d’espoir ne pourrait venir qu’à partir de là. "Nous invitons tous les mauritaniens à se retrouver ensemble dans un dialogue national compréhensif permettant de sortir le pays de la crise actuelle dans laquelle il s’abat et de sauver nos générations futures d’un avenir inconnu", a formulé la Coordination des Centrales Démocratiques.

Babacar Baye Ndiaye

vendredi 3 avril 2009

Scène politique : Tahra Hembara adhère à l’Alliance Progressiste Populaire



C’est désormais une chose officielle. Tahra Hembara, celle qui a toujours osé dire non aux régimes militaires, vient de se lancer en politique. A son titre de femme artiste, il faudra ajouter celui de femme politique. La cérémonie d’adhésion a eu lieu, ce vendredi 3 avril 2009, au siège de l’Alliance Progressiste et Populaire, son nouveau parti. Pour joindre l’utile à l’agréable, tout a été prévu pour égayer les esprits, à la dimension de la personne de Tahra Hembara connue pour son militantisme et son engament dans l’ancrage de la démocratie et le respect des libertés publiques en Mauritanie.
Rayonnante et radieuse, Tahra Hembara n’a pas tari de propos élogieux à l’endroit de son nouveau président, Messaoud Ould Boulkhéir. «Il n’a jamais courbé l’échine. Jamais ! Il ne s’est jamais dévié de sa route. Dans tous les régimes, il est resté le même. Il est resté intact dans ses idéaux. Il ne les a jamais changés », a-t-elle déclaré. «L’APP a toujours été mon parti de prédilection à cause de certains hommes comme Messaoud Ould Boulkhéir qui ont prouvé par leur abnégation qu’ils ne sont pas des voies qu’on achète», poursuit-elle.
Tous les leaders politiques qui ont constitué, au lendemain du coup d’Etat du 6 août 2008, le Front National pour la Défense de la Démocratie, sont venus magnifiés toute leur estime et respect à Tahra Hembara. «Si vous n’aviez pas de chose à partager, vous ne serez pas dans ce même front », soutient-elle. «Je me suis sentie plus proche de l’APP. C’est pour cela que je suis partie adhérer à ce parti puisque c’est un parti constitué d’hommes et de femmes convaincus de ce qu’ils font et qui militent pour les plus démunis et la légalité», a-t-elle conclu, émue.
Prenant la parole, Messaoud Ould Boulkheir s’est montré élégant, à son tour, en complimentant Tahra Hembara qu’il a qualifié d’intellectuelle et de cultivée. Dans son discours, le président de l’APP est revenu sur les rapports qui l’unissent à Tahra Hembara qu’il connaît depuis très longtemps. Dans une voix enrouée, il n’a pas pu laisser apparaître tout son contentement. «Tahra est une artiste que j’admire beaucoup et je suis heureux qu’elle vienne adhérer à l’APP », a-t-il confié.
Messaoud Ould Boulkhéir n’a pas raté l’occasion non plus pour évoquer la situation politique que traverse la Mauritanie. Là-dessus, il a rappelé la détermination du Front National pour la Défense de la Démocratie à poursuivre la lutte contre les militaires jusqu’à la mise à l’échec de leur coup d’Etat du 6 août 2008. De même, il a salué la clairvoyance de Ahmed Ould Daddah qui les a rejoints dans le cadre de ce combat. Au nom des autres leaders qui constituent le FNDD, il a exprimé toute sa satisfaction au sujet de ces nouvelles retrouvailles.
Il a appelé toutes les forces démocratiques à remonter leurs divergences pour débarrasser la Mauritanie des militaires qu’il n’a pas manqué de mettre en garde dans leur obstination à demeurer au pouvoir qui pourrait faire basculer la Mauritanie dans l’instabilité et le chaos.
La dernière phrase de son discours, il la réservera à Tahra Hembara. «Nous espérons que vous serez à la hauteur de vos ambitions», a-t-il conclu.

Babacar Baye Ndiaye

lundi 9 mars 2009

Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Afcf

"Comment voulez-vous que quelqu’un qui ne reconnaît pas les droits des femmes, leur dénie toute capacité intellectuelle et morale, puisse être favorable à la libération de la femme ?"

Célébration du 8 mars oblige, "Le Rénovateur Quotidien" donne la parole à Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille. Les femmes mauritaniennes comme à l’image de leurs sœurs du monde entier continuent à revendiquer l’égalité et à dénoncer les discriminations, les violences et les abus dont elles sont victimes. Pour Aminétou Mint El Moctar, il est temps que la femme mauritanienne se lève car c’est la seule manière d’arracher ce qui lui appartient de droit. "On ne peut pas avancer politiquement en maintenant sous le joug cet élément de la société", explique-t-elle.


Le Rénovateur Quotidien : Les freins juridiques continuent-ils toujours à peser sur la femme mauritanienne ?

Sur le plan juridique, nous avons énormément de difficultés. Au niveau de notre organisation par exemple, on se retrouve souvent avec plusieurs victimes de droits humains. Devant les institutions juridictionnelles, nous rencontrons énormément de problèmes du fait d’un manque d’application des lois. Aujourd’hui, il y a lieu de faire une campagne de plaidoirie auprès des autorités pour moderniser ces juridictions. C'est-à-dire les améliorer et surtout modifier le Code du Statut Personnel afin qu’il puisse répondre aux préoccupations et exigences quotidiennes des femmes mauritaniennes. Pour autant, nous ne négligeons pas les avancées faites dans l’amélioration de ce code. Toutefois, il y a lieu de mettre à nu les insuffisances de ce code et de l’améliorer progressivement. En outre, malgré l’existence de ce code, son application laisse à désirer. Nous appelons les autorités à écouter les problèmes des femmes en ménageant son intérêt et son épanouissement pour parvenir à l’égalité.

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’aujourd’hui, on peut parler d’échec en termes d’application des dispositions du Code du Statut Personnel (CSP) qui recèle d’innombrables insuffisances juridiques lesquelles constituent un véritable blocage ?

Aujourd’hui, tout le monde sait que la justice mauritanienne est tenue par des féodaux. C’est les mêmes personnes qui discriminent la femme. Comment voulez-vous que quelqu’un qui ne reconnaît pas les droits des femmes, lui dénie toute capacité intellectuelle et morale peut-il être favorable à la libération de la femme ? C’est cela en grande partie l’obstacle que doivent surmonter les femmes mauritaniennes. A cela s’ajoute le manque de mobilisation des associations féministes qui militent pour les droits de la femme. Ce que nous voulons, c’est créer cette dynamique qui va s’atteler à l’amélioration du CSP. Il faut essayer de créer cette dynamique pour faire un plaidoyer auprès des autorités pour changer le système sur lequel elles se basent aujourd’hui pour sceller le sort des femmes.

Le Rénovateur Quotidien : Autrement dit que les autorités ne sont pas au parfum des réalités que vous vivez et par conséquent mal placées pour se substituer à votre place ?

Effectivement ! Lorsqu’on ignore quelque chose, on ne peut pas prendre la bonne décision. Il faut qu’il y ait une connaissance de ces juridictions, des pratiques quotidiennes à l’égard des femmes, des violences et des discriminations qu’elles subissent sans cesse. Il faut avoir un minimum de connaissances de ce que vit la femme mauritanienne aujourd’hui. Quand on n’a pas cette connaissance, on ne peut pas décider en faveur des femmes mauritaniennes. En outre, on assiste de plus en plus à l’utilisation de la religion comme un instrument politique pour discriminer, marginaliser et lui barrer la route. La lutte doit se mener à ce niveau là aussi ! Pour nous, il est temps qu’on essaie d’influer sur ce qui se passe aujourd’hui en termes de politique, d’élaboration des lois pour que les choses puissent avancer en notre faveur.

Le Rénovateur Quotidien : Pour vous, la femme mauritanienne s’est retrouvée entre l’enclume de la féodalité religieuse et le marteau du laxisme politique qui font qu’elle est aujourd’hui dans une position assez délicate ?

Il y a plus grave que cela. C'est-à-dire qu’on assiste de plus en plus au recul de l’émancipation de la femme mauritanienne. En Mauritanie, on a tendance à dire que la lutte pour l’émancipation de la femme mauritanienne a commencé récemment. C’est un leurre. La femme mauritanienne s’est battue avant l’acquisition de notre indépendance nationale. On peut citer par exemple les cas de Aïssata Kane, Marième Daddah, Marième Mint Sidi El Moctar…qui se sont battues pour que la femme mauritanienne ait de la voix dans la société mauritanienne, en politique et dans le développement social du pays. La femme mauritanienne a toujours été utilisée pour servir d’écran de fumée à nos hommes politiques. Avec chaque régime, on entend les beaux discours. Ce n’est pas aujourd’hui que les femmes mauritaniennes ont commencé à prendre conscience de leur avenir en dénonçant les tortures dont elles sont victimes, l’inégalité des chances, l’esclavage, les discriminations, le patriarcat…On ignore ce passé glorieux. On ne fait rien pour le sauvegarder. Il faut que les gens sachent que la femme mauritanienne a toujours été au devant des grands combats qui concernent notre patrie. Tout ce que la femme mauritanienne a eu aujourd’hui, elle l’a arraché par la lutte. Aujourd’hui, tout ce que nous avions acquis pendant la période transitoire s’est évaporé depuis le coup d’Etat du 6 août 2008. Il ne faut pas croire que nous, les femmes, nous sommes incrédules ou que nous ne réalisons pas qu’on nous fait retourner en arrière, à notre rôle primitif : s’occuper de la famille, de la cuisine, du ménage, produire des enfants…Aujourd’hui, après avec le PASOC, nous engageons avec l’AMDH une campagne internationale sur la levée des réserves de tous les droits concernant ceux des femmes en partenariat avec des réseaux africains de femmes.

Le Rénovateur Quotidien : En quoi cette campagne est-elle si importante à vos yeux ?

La femme mauritanienne est discriminée à partir des réserves sur la CEDEF qui permettent de violer tous les droits des femmes. Du fait aussi que ces réserves ne soient pas spécifiées. La CEDEF est nulle lorsque la réserve n’est pas spécifiée. Nous savons très bien que la Mauritanie est championne dans le domaine des ratifications mais qu’elle est décevante en termes d’applications de ces mêmes ratifications. Les femmes africaines notamment mauritaniennes sont plus touchées par ces réserves. Les mécanismes internationaux ratifiés par notre pays sont supérieurs aux lois internes. Ce n’est pas le cas chez nous. Il n’y a rien de prioritaire. Les lois n’existent que sur les papiers. On n’arrive pas à trouver un partenariat avec la police. Donc pas d’interlocuteurs. Conséquence : lorsque vous venez à la police en tant que femme pour se plaindre vous êtes incriminée déjà. Au tribunal, c’est pareil. Item, chez le cadi. Cette campagne va permettre de créer cette dynamique pour lever ces réserves sur la CEDEF.

Le Rénovateur Quotidien : De 20%, le quota des femmes aux postes électifs ou de nomination est passé à 33%. Est-ce que vous y voyez un signe d’évolution ?

C’est nous les femmes qui avons engendré ce progrès. On nous avait donné 20% en prétextant qu’on ne méritait pas plus. Ces 33 % témoignent aujourd’hui que nous les femmes que nous sommes sont capables de faire autant que les hommes en termes de gestion et une preuve de nos capacités. Cela démontre que les femmes sont capables d’accéder à l’égalité et à l’émancipation. La femme mauritanienne ne peut pas continuer à être victime de discriminations, de violences…sans pour autant agir.


Le Rénovateur Quotidien : N’avez-vous pas parfois l’impression que les mauritaniens notamment ceux qui décident sont phallocrates ?

Non, je ne peux pas le dire puisque tous les hommes ne sont pas tous pareils. Mais, ce que je peux dire et signifier, c’est que la loi soit applicable à tous et non pas pour une seule personne ou pour une seule communauté ou région. Il faut que notre justice traite les citoyens mauritaniens sur le même pied d’égalité. Il faut que celui qui commet un crime réponde de ses actes. Il faut lutter contre les discriminations puisque notre constitution dit que tous les mauritaniens sont égaux devant la loi. Alors pourquoi tout le temps discréditer la femme mauritanienne devant l’opinion publique en disant qu’elle a toujours tort ?

Le Rénovateur Quotidien : Contrairement aux femmes de l’intérieur et des villages principalement, les femmes des grandes villes comme Nouakchott célèbrent le 8 mars en grande pompe. Vous qui avez l’habitude de les rencontrer, pouvez-vous nous dire comment vivent-elles ?

Nous savons tous que nous vivons une conjoncture économique très difficile et les premières ce sont évidemment ces femmes-là. Aujourd’hui, la femme, dans la zone rurale, est exposée à une pauvreté extrême, à des conditions de vie très pénibles. La femme dans le monde rural n’a pas le monopole de quoi que ce soit. Les hommes émigrent. Ce sont elles qui restent pour assurer la survie de la famille. Donc, face à cette conjoncture, face à ces difficultés, elle souffre notamment la femme esclavage. Les femmes esclaves n’ont pas accès à la propriété terrienne. Elles ne profitent pas de cette réforme agraire bidon qui ne tient pas en compte tout cela. Ces terres appartiennent à des féodaux qui les louent à ces dernières qui, à leur tour, leur donnent de l’argent. Plus grave encore, après la récolte, le propriétaire de la terre vient réclamer sa part du gâteau. Parfois, elles se retrouvent sans rien presque exploitées. C’est inhumain. C’est dégradant. Cela crée beaucoup de misère. Là, il s’agit de la responsabilité de l’Etat qui doit régler ce genre de situation. On ne peut pas continuer à exploiter les gens et les abandonner à leur sort ou les laisser mourir de faim. Il faut revoir la réforme agraire pour permettre aux plus pauvres d’avoir accès à la propriété terrienne

Le Rénovateur Quotidien : En fin de compte donc, la libération de la femme mauritanienne va certainement passer par l’appropriation de son destin, par sa capacité d’initiative et d’entreprendre ?

Elle passe d’abord par la prise de conscience de ses problèmes. C’est elle seulement qui peut changer sa situation. Ce n’est pas quelqu’un d’autre qui viendra le faire à sa place. Il faut que les femmes prennent en main leur situation pour pouvoir arriver à ce changement qu’elles aspirent. Il faut qu’il y ait une amélioration concrète de toutes les lois concernant les droits des femmes et leur application. Si elles ne sont pas faites, on ne peut jamais améliorer leur sort. Il faut que les femmes créent une dynamique nationale et internationale sur les lois qui les discriminent. Nous ne pouvons pas évoluer en ignorant les conventions internationales. Mais, il faut les harmoniser avec nos lois internes et amener nos gouvernants à prendre conscience de la situation de la femme. On ne peut pas avancer politiquement en maintenant sous le joug cet élément de la société.

Propos recueillis par
Babacar Baye Ndiaye


mercredi 29 octobre 2008

La "chronique" de Babacar Baye Ndiaye

"Gutenberg n'a pas attendu le développement du marché du livre pour inventer l'impremerie"Nicole Notat

J’aime voyager : découvrir la manière de vivre des populations de l’intérieur du pays, loin des tracas de la vie urbaine comme celle de Nouakchott, une ville qui pervertit nos mœurs et nos esprits. Et, sur ce point, nous avons beaucoup à apprendre des populations de l’intérieur qui se singularisent par leur modestie dans tous les sens du terme.
C’est toujours pour moi une délectation de voyager à l’intérieur du pays à chaque fois que l’occasion se présente. Une occasion de voyage ne se refuse pas. C’est comme un cadeau offert par une amie. Ça ne se refuse pas !
Donc, ce jeudi 23 Octobre 2008, j’ai embarqué, à défaut de trouver une “mercédes”, à bord d’un autocar qu’on appelle communément “car” en destination de Dioudé Dièry. Le voyage se fit en nuit. Outre que cela est plus stressant, j’aime naturellement voyager pendant la nuit : sentir l’air frais glisser dans mes narines. Le temps de faire des réflexions sur la vie, sur la situation actuelle du pays.
Pendant, ce temps-là, ceux avec qui je voyageais (deux grandes femmes allaitant leur progéniture et trois hommes) roupillaient profondément chacun dans son petit coin. A travers ce voyage, j’ai encore réalisé combien nous étions en retard sur le plan infrastructurel, sur la perception de l’évolution de ce monde qui file pareil à un TGV. Mais, aussi, combien nous étions rétrogrades.
La Mauritanie, contrairement à ce que pensent certains, n’est pas un pays de paradoxes. Bien au contraire, c’est ceux qui la dirigent et qui incarnent la puissance publique qui sont des hommes de paradoxes. Je me suis toujours posé des questions sans pour autant y apporter des réponses. J’en concluais que la faute venait de nos responsables politiques et militaires qui ont dirigé ce pays pendant un demi-siècle.
Concrètement, qu’est-ce que nous avons fait pour aider ce cultivateur qui n’arrive pas à écouler sur le marché national sa récolte de melon qu’il voit pourrir sous le soleil ? Qu’est-ce qu’on a fait pour ce village du Hodh El Chargui où la population manque terriblement de l’eau potable et qui est astreinte hélas de boire de l’eau des étangs ? Qu’est-ce que nous avons fait aussi pour cet autre village du Guimakha où les femmes enceintes n’ont pas la possibilité de se faire suivre médicalement faute de poste de santé ?
Qu’est-ce que nous avons fait pour cette fillette en âge d’aller à l’école mais qui se voit ainsi privée de son droit le plus absolu parce que tout simplement dans son village il n’y a pas d’école ? Qu’est-ce que nous avons fait en termes de réduction de lutte contre le paludisme pour réduire à 50% le nombre de décès ? Qu’est-ce que notre pays, sans pour autant nier certains acquis, a entrepris en termes de réformes institutionnelles, de justice, de lutte contre la corruption, le terrorisme, la pauvreté et de protection des droits de l’Homme ?
C’est parfois révulsant ! Nous passons tout notre temps à vétiller, à leurrer les populations et à les miroiter des mirages que nous ne tenons jamais. Nous n’avons jamais utilisé à bon escient l’aide publique que nous recevons pour l’investir sur la population. Cette politique politicienne ne mène nulle part à part un jour vers le ras-le-bol ou la révolte.
On ne peut pas construire un pays comme la Mauritanie sur des mensonges, sur des injustices et le favoritisme. Cette manière de gouverner, nous en avons beaucoup souffert, pendant un quart de siècle marqué par des violations massives des droits de l’Homme, par des dérives autoritaires, par une situation économique et sociale inquiétante…Et regardez où en sommes-nous arrivés aujourd’hui : un climat d’incertitude et de suspicion plane au-dessus de nos têtes.
Depuis 48 ans, le discours politique est resté le même. Le Président qui passe plagie le précédent, utilise la même procédure, fait du réchauffé, essaie de parler comme lui. C’est un des avatars de nos hommes politiques qui manquent de nature et d’originalité. Quand est-ce qu’on aura des hommes politiques de la trempe de Barack Obama capable de faire rêver le peuple mauritanien qui est en train de vivre les pires convulsions de sa vie ?
La santé, l’éducation, les réformes, le transport, la réduction du train de vie de l’Etat, la sécurité sociale, l’assurance-maladie, la rareté de l’eau, la lutte contre la dépendance extérieure, l’autosuffisance alimentaire…Voilà les vraies questions sur lesquelles nous devons nous pencher et auxquelles nous devons trouver, très rapidement, des réponses diligentes si nous voulons rattraper le peloton des pays émergents ou se faire respecter.
L’intérêt de la Mauritanie a toujours été pris en otage par des hommes politiques, des hommes d’affaires et des officiers, sans vergogne et sans scrupule, dont le seul souci est de se faire de l’argent, de construire de belles villas, d’avoir des épiceries partout à Nouakchott, de vivre dans la félicité au grand mépris du peuple mauritanien.
La Mauritanie se circonscrit uniquement à Nouakchott. Il suffit de se rendre à l’intérieur du pays pour en savoir quelque chose. On a perdu trop de temps à trouver une sortie à cette crise née du coup d’Etat du 6 août 2008. Allons, passons à autre chose pour le bonheur de tout le monde ! Sidi ou Aziz, qu’importe ! L’un ou l’autre nous est égal. L’essentiel qu’il soit capable de susciter en nous l’espoir. Mettons-nous au travail : le reste n’est que perte de temps.