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samedi 29 mai 2010

Redynamisation de SOS. Esclaves : Des points focaux pour renforcer sa présence sur le terrain

SOS. Esclaves sonne la mobilisation en matière de droits humains pour une meilleure efficacité dans la mise en œuvre de ses programmes de protection, de promotion et de sensibilisation sur les droits fondamentaux relatifs à l’esclavage et à la discrimination.

Et, pendant 3 jours, avec l’appui d’Anti Slavery, les militants de cette association, au nombre de 30, ont été initiés aux techniques de collecte d’informations, au monitoring et à l’application et au respect de la loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007.

Cette formation visait à «sensibiliser sur le fait que l’esclavage, qui est aboli depuis longtemps, est aujourd’hui criminalisé et ceux qui continuent à le pratiquer encourent des sanctions », selon Boubacar Ould Messaoud, président de SOS. Esclaves.
Il s’agira également de porter l’accent sur «la nécessité d’éduquer les enfants descendants d’esclaves, de les protéger et y compris les femmes qui sont les principales victimes de l’esclavage», a-t-il poursuivi.

Ainsi, les stratégies d’intervention vont tourner autour de l’occupation du terrain, de la sensibilisation des victimes de l’esclavage sur les garanties juridiques offertes au niveau international et celles offertes également par la loi de 2007 qui a créé une dynamique au niveau des organisations de défense des droits de l’homme.

Au-delà de faire face aux défis organisationnels et aux perspectives d’action en faveur de l’émancipation des esclaves et des descendants d’esclaves, cette formation qui a eu lieu du 09 au 11 novembre à Nouakchott avait pour objectif principal de faire la sensibilisation sur la loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes.

Mais également, «rendre opérationnels nos représentants sur le terrain, qu’ils puissent savoir comment suivre un cas de pratique esclavagiste, comment le traiter et surtout ce qu’il faut faire pour assister les victimes de l’esclavage », explique Boubacar Ould Messaoud. Parallèlement à cette formation, cette organisation nationale de défense des droits de l’Homme est en train de s’activer pour une campagne d’adhésion autour de la question de l’esclavage et de son éradication définitive à Nouakchott et plus particulièrement à l’intérieur du pays où l’on ignore la loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007.

Le changement de ton et de stratégie

Cette formation initiée par SOS. Esclaves est le prélude d’une série d’activités visant à renforcer son maillage du territoire national. Toutefois, a précisé le président, il ne s’agit pas d’une stratégie de dévoilement. Mais, plutôt d’un renforcement de leur présence dans les différentes localités du pays où l’esclavage est plus présent et d’un renforcement de la capacité de ses points focaux.

Aujourd’hui, de plus en plus de mauritaniens adhèrent à SOS. Esclaves et font siens de ses principes et objectifs. L’organisation est devenue ouverte à tout le monde. A SOS. Esclaves, l’heure est désormais au changement de ton et de stratégie. «Avant, nous étions dans la dénonciation. Aujourd’hui, nous avons l’objectif d’aller à la rencontre des gens et de les associer à une campagne de sensibilisation que nous allons mener pour la réinsertion des esclaves », déclare Boubacar Ould Messaoud.
Il poursuit : «Nous pensons qu’il n’y a pas que les pratiques d’esclavage. Il y a également les séquelles et celles-ci demandent qu’on soit présent partout parce qu’il y a beaucoup d’injustice. »

Face à certaines injustices, SOS. Esclaves s’est insurgé contre le fait que les projets destinés à des anciens esclaves- qui servent de canaux aux maîtres esclavagistes-pour leur réinsertion dans la vie soient détournés par ces derniers au profit de leurs fils. Loin d’être une solution dans la lutte contre les séquelles de l’esclavage, cela ne fait qu’enrichir les maîtres esclavagistes. Et, en conséquence, «la domination continue», regrette Boubacar Ould Messaoud qui a suggéré plus de sérieux dans l’attribution de certains programmes destinés à réinsérer les anciens esclaves dans la vie active.

La bataille contre l’esclavage sera désormais accès sur la formation et l’information. Et, comme l’explique l’assistant technique de SOS. Esclaves, il s’agira de faire un plaidoyer local autour de la question de l’esclavage. «On ne peut plus accuser le gouvernement de ne pas avoir interdit l’esclavage. Maintenant, il est criminalisé. Il s’agit désormais de pousser le gouvernement à appliquer la loi en montrant des cas avérés d’esclavage », dit-il.

Babacar Baye NDIAYE

Après avoir été victime d’expropriation, un paysan originaire d’Aleg sera gardé à vue pendant huit jours

Mieux vaut se crever les yeux que de croire que l’esclavage ou les pratiques à caractère esclavagiste ont disparu en Mauritanie. Malgré une loi portant incrimination et répression de toutes les pratiques esclavagistes en Mauritanie adoptée le 13 décembre 2007 par l’Assemblée Nationale et le Sénat, sous la présidence de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, ceux qui tentent d’aliéner, d’oppresser, d’asservir ou de déshériter certaines personnes, ne sont jamais punis et sanctionnés.


Né en 1957 à Aleg, El Maouloud Ould Brahim Ould El Haimir est un paysan. Son cas est un exemple de la pérennité des expropriations terriennes. Il avait un champ qu’il cultivait de père en fils. Mais, un jour, les maîtres de son père sont venus, à sa grande surprise, l’exproprier par des prétentions esclavagistes. A l’en croire, cette opération a été entretenue par la gendarmerie de la ville d’Aleg sur ordre du Hakem de cette moughataa. Face à cette tentative d’expropriation, il opposa un niet catégorique. Ce culot de sa part ne manqua pas de les irriter. Du coup, il sera gardé à vue pendant huit jours.


Pour bien le punir, il sera roué à coup de bâton, de bottes et de matraques puis trainé comme un mouflon. Finalement, il ne récoltera pas le fruit de ses efforts alors que son champ était presque prêt à la moisson. La gendarmerie, a-t-il confié, après l’avoir exclu de son champ, ceux qui prétendent être le maître de son père se sont appropriés de la récolte de ce pauvre père de famille.


Lorsqu’il a porté cette affaire au niveau de la Cour d’appel de Nouakchott, il a obtenu gain de cause. Et un jugement en sa faveur a été arrêté. Mais, c’était sans compter sur l’entêtement de ses anciens maîtres qui ne désarmeront pas. Au contraire, ces vis-à-vis ont fait comme s’il n’y avait jamais eu un jugement rendu en faveur d’El Maouloud Ould Brahim El Haimir.


A nouveau, ce dernier, lorsqu’il voulut récupérer son champ, il sera brutalisé avant de se faire signaler qu’il n’était plus le bénéficiaire du champ.


La récolte ainsi que le champ, par un supposé procès-verbal rendu par la tribu de ses anciens maîtres, a été attribué à un des cousins de ses anciens maîtres à qui il revient désormais d’occuper le champ. Alors qu’il n’y a pas eu un jugement qui stipule qu’El Maouloud Ould Brahim Ould El Haimir doit quitter son champ.

Désespéré et déshérité, il est venu se plaindre au niveau de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste présidé par Birame Ould Dah Ould Abeid. Ce dernier, quand il appela le Hakem pour s’informer du cas, il se verra signifier lui aussi qu’il devait plutôt s’occuper de ses oignons. A son tour, le commandant de la Brigade de gendarmerie d’Aleg soutiendra qu’El Maouloud Ould Brahim Ould Haimir a accepté de quitter le champ! Aux yeux de Birame Ould Dah Ould Abeid, les autorités de l’intérieur du pays sont en train de se conduire, comme au bon vieux temps, pareillement en territoires occupés contre les noirs et les harratines en s’érigeant en juges pour exproprier les terres des faibles pour les donner aux forts.


"En ces temps où le gouvernement mauritanien prétend s’engager dans une politique nouvelle de refonte de l’Etat sur des bases de bonne gouvernance, de justice et de soutien aux franges traditionnellement opprimées et déshéritées, l’administration et la justice s’emploient à rendre et à exécuter des décisions renforçant les liens d’asservissement et d’oppression qu’entretiennent les féodalités nationales avec les strates laborieuses comme les paysans, les éleveurs et autres", a déclaré Birame Ould Dah Ould Abeid par rapport à ce cas.


Et pour lui, il y’a beaucoup de gens qui sont victimes de ces genres de maltraitance, d’expropriation et d’abus de pouvoir de la part des autorités de l’intérieur du pays.

Babacar Baye NDIAYE

samedi 13 mars 2010

Oumoulkheir Mint Yarba : Une vraie condition d’esclave !!!


Oumoulkheir Mint Yarba est une esclave née vers 1965 à Guelb Heboul dans la Wilaya d’Adrar. "Je ne me suis jamais mariée. Je n’ai jamais reçu une quelconque aide de la part de l’Etat. Ni mes enfants, ni moi ne détenons de pièces d’Etat civil ; je n’ai jamais voté", déclare-t-elle.
La dernière fois qu’elle a vu son père, elle était très petite encore. Cette esclave de la famille d’Abdallahi Ould Boulemsak ne garde de sa mère aucun souvenir. C’est elle qui, depuis son jeune âge, fait la lessive, expédie les commissions à la demande des maîtres, apporte le bois mort, prépare le thé, garde le croît des animaux, les attache et les détache, pile le mil dans le mortier et assure la cuisson des aliments. Une vraie vie d’esclave.
C’est elle aussi qui était chargée de garder les caprins, les ovins et les camelins, de les mener aux points d’eau pour les abreuver, de procéder elle-même à l’exore de puits profonds qui est un travail pénible. Au retour, elle était contrainte, malgré la fatigue, de s’occuper de la corvée de ménage. Quand elle finit, elle commence à traire les caprins et les chamelles.
Chaque matin, à l’aube, elle recommence les mêmes activités et cela doit continuer jusqu’à très tard dans la nuit. Ses enfants et elle mangeaient le plus souvent les reliefs des repas.
Le plus difficile qu’elle a eu à endurer, dit-elle, sous le joug de ses maîtres, c’est d’avoir gardé les animaux alors qu’elle était en état de grossesse.
La corvée s’est poursuivi jusqu’au jour de son accouchement. Ce qui ne l’empêchait pas de porter son nouveau né et de suivre le bétail comme d’habitude. Un jour, ses maîtres lui arrachent sa fille Mbarka Mint Oumoul Khairy et la contraignent à l’abandonner au profit de surveillance du troupeau.
Quelques jours plus tard, au retour de la maison, elle retrouve sa petite fille d’un an morte, cadavre dans les sables, les yeux ouverts, envahis par les fourmis. Sa demande d’assistance pour l’enterrer ne rencontra que silence et mépris total. Ses maîtres ne daignèrent pas se soucier d’elle et à l’aider à la sépulture. "Arrivée sur place, c’est moi-même qui ai creusé le trou et enseveli mon enfant", se souvient-elle. "J’ai beaucoup pleuré et ma fille et ma condition. Au lieu de comprendre mon désarroi, l’on m’ordonna de me taire sinon l’on me ferait subir ce que je ne pourrais jamais supporter", ajoute-t-elle.
Elle n’avait pas de logement et pour demeure elle n’avait qu’un abri à l’emporte-pièce, un assemblage de simples haillons. Elle devait se contenter d’une vielle couverture et d’un vieux drap. "Mes gamins et moi, subissions des châtiments corporels de la part de Mohamed Ould Abdallahi qui n’hésitait pas à me piétiner moi-même, devant eux. Il me frappait avec des branches d’épines. Les stigmates en sont, encore, visibles sur mon dos", se rappelle-t-elle, écœurée.
"Ni moi ni mes enfants n’avons connu des moments de loisirs, encore moins des sorties en guise de divertissement. Nous ne connaissons rien d’autre que le travail, exclusivement", dit-elle. C’est dans ces conditions qu’un jour, une voiture de la gendarmerie est venue la transporter vers Mboirick des Ideghchemma à Yaghref, avec comme viatique six têtes de caprins offerts par ses maîtres.
"Je le compris plus tard, il fallait ainsi dissimiler ma vraie condition d’esclave", dit-elle. Et la voilà qui se retrouve chez un célèbre officier de l’armée du nom de Vouyah Ould Mayouf, celui-là même qui l’avait mis en contact avec "Akhouk El Hartani". Ce dernier fit d’elle et de ses enfants, des esclaves, à nouveau. "Avec lui, j’ai enduré plus de souffrance qu’auparavant. Son exploitation ne s’est pas arrêtée à moi seule. Elle s’est étendue à mes enfants ; eux aussi ont été réduits en esclaves", dit-elle.
"Vouyah m’utilisait toutes les fois qu’il avait besoin de moi et me ramenait au village pour m’y abandonner quand je n’étais plus utile. Ainsi, se comportait-il avec moi", poursuit-elle en expliquant que celui-ci la terrorisait souvent en tirant des balles au dessus de sa tête.
Actuellement à Nouakchott où elle est prise en charge par SOS Esclaves, Oumoulkheir Mint Yarba ne veut que revoir sa fille Selek’ha. "On m’a informée qu’elle s’était mariée sans que je le sache. Ce mariage est pour moi nul et non avenu pour plusieurs raisons : d’abord, parce qu’il s’est fait sans tuteur légal ; ensuite, la fille est encore mineure, enfin, j’ai le droit de connaître son mari et c’est à moi de l’accepter ou non", a déclaré Oumoulkheir Mint Yarba. Et pour elle, cette union a eu lieu pour couvrir les agissements de Vouyah Ould Mayouf. Du coup, elle a décidé de porter plainte contre Vouyah Ould Mayouf et Mohamed Ould Abdallahi Ould Boulemsak.

Babacar Baye NDIAYE


dimanche 4 octobre 2009

Deux ans après son vote à l’Assemblée nationale:La loi criminalisant l’esclavage souffre de son manque d’application



Le 8 août 2007, sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, une loi criminalisant l’esclavage et ses pratiques analogues est votée à l’Assemblée nationale, nonobstant la réserve d’une once de parlementaires. A l’époque, des organisations de défense des droits de l’Homme en Mauritanie, notamment SOS Esclaves et même de l’extérieur, s’en étaient vivement félicité en y voyant un palier vers l’éradication définitive de cette pratique.
Aujourd’hui, deux ans, après son vote à l’Assemblée nationale, la loi n° 2007-048 du 3 septembre portant incrimination de l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes souffre du manque de son application.
Certes, la loi interdit l’esclavage et punit leurs auteurs. Mais, dans la pratique, c’est une autre paire de manche. «Depuis, le vote de cette loi en 2007 criminalisant l’esclavage et les pratiques esclavagistes, les victimes et les organisations de défense des droits de l’Homme ont tout fait pour que cette loi s’applique. Mais, il s’avère qu’il y’a une résistance très forte des appareils judiciaire, sécuritaire et administratif chargés de dire et d’appliquer la loi qui refusent toute enquête ou tout jugement », constate Birame Ould Dah Ould Abeïd, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) fondé en 2008 au lendemain du coup d’Etat.
Ce constat amène à se poser ces questions suivantes : Pourquoi n’applique-t-on pas la loi ? Qui a intérêt à ce qu’elle ne s’applique-t-elle pas et pour quels fondements ? Birame Ould Dah Ould Abeïd semble avoir trouvé les réponses à ces questions. A l’en croire, ce sont ceux qu’il appelle les «groupes dominants esclavagistes» qui veulent toujours maintenir leur mode de vie basé sur l’esclavage et les pratiques esclavagistes. Et, cela trouve son soubassement aussi bien dans l’administration que dans la société mauritanienne.
«Les administrateurs civils, les magistrats et les officiers de police judiciaire ont la mission de préserver cet acquis, de le défendre en leur assurant l’impunité totale. C’est pourquoi, ils sont tous issus d’extraction esclavagiste. Et, quand il y’a parmi eux, de rares magistrats, administrateurs civils et officiers de police judiciaire qui sont d’extraction servile comme le magistrat président de la Cour pénale de Nouakchott Souleymane Diarra, le préfet de R’Kiz Aboubécrine Ould Khourou ou le commandant de gendarmerie de Méderdra Amadou Sarr, ils sont engagés dans la servilité et au profit du système esclavagiste qui, grâce à lui, sont cooptés selon leur tendance servile comme des nègres de service à faire ce qu’on leur demande», révèle le président de l’IRA.
Pour montrer sa bonne disposition à promouvoir les droits de l’Homme, le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) dirigé par le colonel Ely Ould Mohamed Vall, une commission nationale des droits de l’Homme que dirige toujours M. Mohamed Ould Saïd Hamady est mise en place. Cette commission où Birame Ould Dah occupe le poste de conseiller a joué un rôle assez considérable dans le respect de l’application de la loi. A cet effet, toutes les requêtes adressées ont été soutenues. Et, à son tour, la commission procédait à des correspondances et des interventions auprès des autorités compétentes pour soulager la situation des victimes. Toutefois, celles-ci n’aboutissaient pas toutes.
A ce rythme-là, faut-il espérer un jour de voir l’esclavage disparaître définitivement en Mauritanie ? «Non, répond Birame Ould Dah Ould Abeïd. On ne peut pas combattre l’esclavage de manière pacifique. Toutes les organisations qui ont opté cette attitude ont échoué. Il y’a de plus en plus l’écrasement qui se confirme davantage avec une forte volonté des pouvoirs publics et de l’Etat ethnique et esclavagiste composé d’une minorité arabo-berbère qui fonde son mode vie sur l’esclavage et son pouvoir sur la discrimination raciale.»
Aujourd’hui, certaines organisations de défense des droits de l’Homme comme l’IRA reprochent aux pouvoirs publics d’être sourds à toutes les sonnettes d’alarme en ce qui concerne l’esclavage et ses pratiques analogues. Pendant ce temps-là, les pratiques esclavagistes deviennent de plus en plus massives et multiformes. Elles touchent pratiquement la moitié de la population mauritanienne qui souffre de l’inégalité devant la loi, de l’expropriation terrienne, du travail sans salaire, de la confiscation des enfants, de la séparation des familles, du travail des enfants, de la marginalisation économique et sociale.
«Il n’y a rien qui est fait dans ce sens. Il n’y a aucun remède ou aucune action judiciaire et politique de la part des pouvoirs publics pour essayer de changer cette situation qui empire de plus en plus», s’indigne le président de l’IRA qui a appelé toutes les organisations de défense des droits de l’Homme à s’organiser pour combattre cette pratique.
Tous les régimes politiques et militaires qui se sont succédé en Mauritanie ont tous nié à l’exception de celui de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi l’existence de l’esclavage ; y compris même des érudits. Chacun s’est contenté de fermer les yeux. Dès le lendemain de son coup d’Etat et pendant sa campagne électorale, Mohamed Ould Abdel Aziz avait promis l’enfer aux «roumouz el vessad» et aux «moufçidines» sauf aux maîtres d’esclaves.
Cette posture n’étonne guère Birame Ould Dah puisqu’il considère que le régime de Ould Abdel Aziz et ceux qui l’ont précédés, c’est le revers de la même pièce. «Son régime, dès son avènement, a opté pour le négationnisme total au sujet des crimes et pratiques esclavagistes. Les autorités compétentes de son régime réservent toujours le même refus de reconnaissance des plaintes des victimes et l’impunité totale et systématique», regrette-t-il.

Babacar Baye Ndiaye

jeudi 24 septembre 2009

Problèmes de terre, esclavage, népotisme… : Les réalités du Guidimakha racontées par Bilali Traoré

IdjaameNews_Bilali Traoré, la soixantaine, est un cultivateur qui s’habille à la manière mauritanienne, boubou ample et large, coiffé d’une chéchia grise marron, chapelet à la main, signe d’une foi inébranlable. A première vue, il ressemble plutôt à un notable du quartier. Que nenni ! Son apparence trompe à plus d’un titre. Comme tous les Traoré qui sont des descendants d’esclave, il n’a pas droit à un terrain. C’est un opprimé comme tant d’autres mauritaniens de sa génération qui ne peuvent rien escompter de leurs autorités.
Il a été injustement dépossédé de son terrain par la force au seul motif qu’il est descendant d’esclave. Pour lui, ses maîtres sont au-dessus de la loi, des intouchables voire des hors-la-loi. Lorsqu’ils parlent d’eux, il ne mâche pas ses mots : "C’est des inhumains", dit-il. En effet, le cas de Bilali Traoré n’est qu’une infime partie de la réalité. Dans le monde du travail, dans les relations entre maîtres et esclaves, entre employeurs et employés, une exploitation immonde quelques fois même sans qualification y fait office de bonne figure. Et, pour lui, le pire est à venir si on continue à favoriser les maîtres esclaves qui oppriment et exploitent comme bon leur semble leurs sujets sur qui ils exercent un droit de vie et de mort comme sous Louis XIV. Sa voix condense au fond de son âme des années de répugnance.
Au Guidimakha qui l’a vu naître et grandir, il y a deux sortes de gens : ceux qui ont eu la baraka d’appartenir à une famille de noble (maîtres esclaves) et ceux qui sont descendants d’esclaves comme lui qui traîne avec lui des années d’analphabétisme criard.
"Les bêtes de somme sont mieux traitées que nous", déplore-t-il. Et pas uniquement. On les fait travailler sans répit dans les champs. Là aussi, ils n’ont droit qu’à une partie de leur récolte. Ainsi, leur vie se résume à nourrir leurs maîtres esclavagistes. "Et, quand ils savent que tu as une très bonne terre très fructueuse et qui te fais de très bons rendements, ils te l’arrachent sans vergogne", révèle-t-il.
Pourtant, l’esclavage a été criminalisé par une loi votée à l’unanimité par l’Assemblée Nationale le 8 août 2007, sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi qui s’était engagé, on s’en souvient durant sa campagne électorale, à lutter contre cette pratique aux contours mal définis. Les maîtres esclavagistes, eux, n’en ont cure puisqu’"ils sont en train de régler leurs comptes à leurs anciens esclaves", explique-t-il.
Les familles esclavagistes sont légion au Guidimakha. Et, une fois qu’ils se libèrent du joug de leurs maîtres esclavagistes, ces derniers créent des problèmes autour des parcelles de terrain qu’ils ont dûment acquis. "Ils veulent se venger. Ils sont contre les juridictions. Ils n’ont qu’une seule idée à l’esprit : nous déposséder de nos terres", persiste Bilali Traoré.
Pour autant, il ne manque pas de griefs contre l’Etat mauritanien. Il reste convaincu que si les pouvoirs publics appliquaient la loi, il n’y aurait pas ce genre de problèmes. "Si l’Etat est engagé à mettre fin à de telles pratiques, il doit punir leurs auteurs. Il doit régler ce problème des terres, cette partie de l’esclavage qui consiste à déposséder les gens de leurs terres", dit-il au bout des lèvres.
En un mot comme en mille, Bilali Traoré ne digère pas aussi le laxisme observé par les autorités locales dans ce genre de dossier à forte teneur explosive. Et, surtout, ne vous aventurez pas à vouloir lui arracher son sentiment sur la justice mauritanienne. "C’est une coquille vide, répond-il comme piqué au vif. C’est un instrument au service des maîtres esclavagistes et des riches du pays. Pas d’autre !"
Au Guidimakha, dit-il, tout celui qui n’est pas descendant d’un Cissé, Camara ou forgeron n’a pas droit à un terrain. "Les autres n’ont pas droit à une motte de terre. Même, après l’accouchement de votre femme, ce sont les Camara ou les Cissé qui viennent baptiser votre propre enfant", ironise-t-il. Il poursuit plus volubile cette fois-ci : "Quand j’entends parler de la démocratie en Mauritanie, ça me fait rire. On ne peut pas parler de démocratie en occultant ce qui se passe actuellement au Guidimakha et qui est très préoccupant et très louche".
Le Guidimakha est composé d’une quarantaine de villages. C’est la région la plus fertile de la Mauritanie. C’est un territoire qui manque terriblement d’infrastructures. Ici, on continue à vivre à l’état moyenâgeux.
Pour Bilali Traoré, l’histoire semble se renouveler. Après lui avoir arraché ses femmes par la force, ses maîtres lui ont arraché à nouveau sa terre.

Babacar Baye Ndiaye