Affichage des articles dont le libellé est Reportages. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Reportages. Afficher tous les articles

dimanche 13 juin 2010

Arafat Pk 7 de Rosso : Le calvaire de 42 familles sans abri

Le village d’Arafat PK 7 de Rosso n’existe plus et depuis le 30 mai, date de l’opération de démolition assistée par des éléments de la garde nationale de la moughataa de Rosso, il appartient désormais au passé. Chez les populations, c’est comme si les vieux démons se sont réveillés pires qu’une sempiternelle strangulation.

Les populations d’Arafat PK 7 de Rosso sont aujourd’hui entre le désespoir, le ras-le-bol, la colère et l’amertume. Elles viennent d’être déguerpies, sur ordre du hakem de la moughataa de Rosso, de leurs terres, par la force, qu’elles occupaient, ressemble aujourd’hui à un champ de bataille en ruines.

Elles ont assisté impuissantes et hagardes à la destruction de leurs maisons et de leurs biens. D’ailleurs, elles ne comptent pas s’en arrêter là. Déjà, elles ont préparé une lettre qu’elles envisagent adresser au Président de la République dont l’objet est de se plaindre contre la commission technique de pilotage de Pk 7 de Rosso et le hakem de Rosso.

A l’origine de ce déguerpissement, il y’a le projet d’extension et de modernisation de la ville de Rosso confiée à la société nationale Iskan. Et, ce qui est curieux dans cette affaire, c’est que la société nationale Iskan leur a remis un reçu de recensement au lieu, en principe, d’un permis d’occuper. Ce qui, aux yeux des populations, ne constitue pas une caution.

Aujourd’hui, chassées de leurs terres, les familles du site Rosso pk 7 sont sans abri et sans services de base (latrines, eau, assistance médicale…). Leur calvaire a commencé le 28 mai 2010 lorsqu’on leur a adressé une mise en demeure qu’on leur a forcé de signer de quitter leurs terres qu’elles occupent avant les indépendances dan un délai de 48h.

Selon Awa Sow, une habitante du site Rosso pk 7, au départ, on leur avait promis l’octroi de deux terrains sur le nouveau site du projet d’extension et de modernisation de la ville de Rosso. Visiblement dupée, chaque famille n’aura finalement qu’une parcelle de terre de 180 m2, très exigüe pour accueillir plus d’une famille. Elle confie aussi que le recensement a été bâclé et opère dans des conditions suspicieuses.

Face à cette situation qu’elles ont qualifiée d’injustice intolérable, l’optimisme de ces populations est vite retombé comme un soufflet. Ces terres, présentement investies par des Caterpillar de la société nationale Iskan, vont accueillir 10.OOO logements dans le cadre du projet d’extension et de modernisation de la ville de Rosso dont l’inauguration sera faite par le Président de la République d’ici quelques jours.

La nouvelle ville suscite déjà la convoitise de riches commerçants à qui on a octroyés des terrains déjà lotis et numérotés non loin du lieu où elles ont été recasées à côté de la centrale électrique de Rosso.

Tout tourne au ralenti et leur vie est bouleversée. Le projet d’appui à la réinsertion des rapatriés dans la région du Trarza par le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique à travers son département d’Etat et le projet de lutte contre la désertification et la gestion durable des ressources naturelles du programme conjoint FAO/PAM/MDEDD sont du coup cloués au pilori.

Ici, les femmes préparent sous un soleil d aplomb. Et, avec ce projet d’extension et de modernisation de la ville de Rosso, la vie de ces populations est aujourd’hui semblable à un monde qui s effondre.

Pour le moment, elles ne savent à quel saint se vouer à part adresser une lettre à Mohamed Ould Abdel Aziz où elles lui rappellent son serment qu’il avait fait d’aider les pauvres.

Pour l’heure actuelle, l’ANAIR, les organisations de défense des droits de l’homme et la classe politique locale sont aux abonnés absents. Pendant ce temps là, les 42 familles du site Rosso de pk 7 qui ignorent les motifs de leur déguerpissement qui s’est déroulé dans un tohu-bohu indescriptible continuent à endurer une injustice qui a causé la folie d’une jeune femme dénommée Hawa Idy Ba. Triste !

Babacar Baye NDIAYE

samedi 15 mai 2010

Forum National de la Jeunesse : Les jeunes déçus par les conditions de déroulement des travaux

Comme toutes les jeunesses du monde entier, celle de la Mauritanie est très active, motivée et volontaire. Et, selon, les estimations de l’Office National des Statistiques(ONS), les jeunes constitueraient, en 2010, plus de 657.000 de la population mauritanienne. En marge du Forum National de la Jeunesse, du 27 au 28 décembre, au Palais des Congrès de Nouakchott, les jeunes ont exprimé leur mécontentement au sujet de leur marginalisation dans le processus de développement du pays mais également leur déception en ce qui concerne les conditions de déroulement des travaux dudit forum.

"Le Forum a été mal organisé. On nous a imposés un programme déjà ficelé. On ne peut pas coiffer quelqu’un à son absence", a déclaré Diakité Yacouba. Ce Forum, dont l’objectif était d’élaborer, en y impliquant les jeunes, une plateforme de concertation et un document de politique nationale en matière de jeunesse, a été beaucoup décrié notamment au niveau des débats.

"On nous a amenés des conférences et puis demandés d’intervenir. Au niveau des interventions, il y’avait du favoritisme. Ce forum était loin d’être la représentation de la Mauritanie. Je ne sais pas si c’est par clientélisme que certains participants étaient là. Tout le monde n’a pas été avisé", explique Diakité Yacouba.

Certains participants, comme Moussa Tawal Oumrou, ont mis en cause, quant à eux, le manque d’un certain nombre d’informations au sujet du déroulement des travaux du Forum qui a suscité beaucoup de tollés de déception.

"C’est un forum qui concerne en premier lieu les jeunes. Donc, la sensibilisation devait être plus grande de même que la mobilisation des leaderships. On s’est retrouvé face à certaines personnes qui ne sont pas vraiment aptes à exprimer les soucis et les espoirs des jeunes. On pensait qu’il y’aurait des débats sur les principaux thèmes proposés. Les conférenciers ont fait leurs conférences et ils sont rentrés chez eux sans attendre les remarques et les questions", a souligné Moussa Tawal Oumrou.

Cette situation, corolaire d’une mauvaise perception de la question jeunesse par les institutions étatiques, traduit aux yeux d’un bon nombre de jeunes un certain manque de confiance voire de considération notoire de la part des pouvoirs publics. Un état de fait qui a écœuré plus d’un participant. Du coup, les jeunes n’ont pas manqué de se ruer sur les brancards pour dénoncer leur faible implication dans la gestion des affaires publiques du pays et le processus de développement du pays.

"On donne un privilège qui n’est pas adéquat à certaines personnes inaptes à représenter les jeunes. C’est ce qui est mal. Ce Forum devait être une occasion pour nous de montrer aux autorités que les jeunes sont capables de participer à toutes les politiques et stratégies de développement", s’est indigné Moussa Tawal Oumrou.

Aujourd’hui, la jeunesse mauritanienne ne demande pas à l’Etat de lui arracher la lune et le soleil. Ce qu’elle demande, à juste titre, c’est d’être impliquée dans la mise en œuvre de certaines projets et ambitions du gouvernement tout en souhaitant que Mohamed Ould Abdel Aziz exprime sa bonne volonté à intégrer les jeunes dans le processus de développement du pays en réponse au thème du forum qui est la Jeunesse au service du développement.

La majorité de cette jeunesse-là avait voté, lors de l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, pour Mohamed Ould Abdel Aziz, actuel Président de la République, parce que convaincue de son programme électoral notamment en ce qui concerne la Culture, la Jeunesse et les Sports. Aujourd’hui, elle espère le retour de l’ascenseur de sa part.

"On a entendu pas mal de discours extraordinaires. Mais, on attend des résultats concrets. On ne veut pas que ce forum reste dans les clichés. Les maux de la jeunesse, les pouvoirs publics doivent les régler. On n’a pas besoin de n forums. On veut que nos problèmes trouvent des solutions le plus rapidement possible", a rappelé Diakité Yacouba.

Parmi ces problèmes qui préoccupent la jeunesse, il y a celui relatif à leur intégration dans le marché de l’emploi et du manque de formation professionnelle. Et, des jeunes, comme Aboubakry Lam, ont tout simplement demandé l’application de la Charte Africaine de la Jeunesse dont la Mauritanie est signataire.

Autre problème aussi, celui de la réintégration des jeunes mauritaniens travaillant à l’extérieur mais qui voudraient revenir et servir leur pays. Comme Ibrahima Idriss Wade, qui est venu de Dakar pour participer à ce Forum, ils sont des milliers de jeunes mauritaniens à se retrouver dans une telle situation. "Depuis ans, je suis revenu en Mauritanie, mais j’éprouve des difficultés d’intégration" , a-t-il confié tout en demandant à l’Etat de mettre en place des institutions fonctionnelles destinées uniquement aux jeunes afin de leur permettre de s’orienter, d’être des releveurs de défis par rapport aux bailleurs internationaux.

"Au lieu de voir ce que la jeunesse a besoin le plus, on nous nous impose des choix qui ne sont pas les nôtres. On prend des décisions sans la concertation des jeunes. Cela prouve que les jeunes ne sont pas respectés ni considérés", a fustigé Ba Bocar Abdoulaye.

Sur un autre registre, les uns et les autres n’ont pas de soulever le manqué d’équité et de clarté dans le déroulement des travaux du Forum National de la Jeunesse. Pour autant, ils attendent qu’il y ait une véritable politique d’orientation des jeunes vers les besoins de l’Etat en termes de lutte contre le chômage et la réduction de la pauvreté.

"L’Etat, au lieu d’aller engager des manœuvres étrangers, il pourrait penser à permettre un accès à certains jeunes à certaines formations pour qu’ils puissent eux-mêmes faire bénéficier le pays de leurs connaissances", a suggéré Moussa Tawal Oumrou qui a demandé aussi à ce que le cadre professionnel soit valorisé afin de contribuer efficacement au développement du pays, autrement dit valoriser les métiers.

Pour Mamoudou Guèye, quand on parle d’intégration des jeunes, il faut qu’elle passe d’abord et nécessairement par une politique volontariste et efficiente de la part des pouvoirs publics. "Nous ne manquons pas de ressources humaines. Ce qui nous manque, c’est d’être organisés. Et, cela doit venir de l’Etat", dit-il.

Cependant, les jeunes craignent que leurs suggestions qui seront confinées dans une feuille de route pour servir de base d’indication et de support en vue de l’élaboration d’une politique nationale de jeunesse ne dorment dans les tiroirs du Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Ce qu’ils craignent aussi, c’est le manque de suivi.

"Les bonnes initiatives doivent se faire dans les règles de l’art et aussi dans le bon sens avec une bonne intention. Il ne faut pas qu’on les utilise pour d’autres intérêts qui ne sont pas autres que ceux qui ont été conçus par la jeunesse", affirme Hama Ould Souvi. "Il est temps de finir et d’en abuser avec la jeunesse qu’on ne peut plus tromper", ajoute-t-il.

Avoir une jeunesse prometteuse, c’est aussi l’occuper, sans distinction de race. Et, pour Ba Aboubakry Mohamed, cela permettrait de résorber le taux de chômage qui est de l’ordre de plus de 30%. Cet objectif, limiter le chômage qui touche essentiellement les jeunes, est aujourd’hui l’une des priorités du gouvernement.

"Au lieu d’augmenter les salaires, nous demandons au Président de la République de voir d’abord le cas de ces milliers de jeunes chômeurs. Nous lui serons reconnaissants s’il ferait voter un budget spécial pour les besoins des jeunes en ce début d’année. Nous lui demandons d’offrir un cadeau de fin d’année à cette jeunesse mauritanienne tant négligée pour qu’elle puisse apporter sa contribution au développement du pays", a plaidé Moussa Tawal Oumrou.


Babacar Baye NDIAYE

jeudi 13 mai 2010

Djéol : La jeunesse entre mariages précoces et émigration

Bien plus qu’une culture, les mariages précoces, à Djéol, donnent un aperçu du cadre social de cette commune, sans électricité, située à plus de 18 km de la ville de Kaédi. Les mariages précoces sont inhérents à leur cadre de vie. Et pourtant, la loi interdit une telle pratique qui, aux yeux de bon nombre des habitants, occupe une dimension naturelle et fondamentale de leur existence.

Néanmoins, des voix, naturellement de femmes, s’élèvent de plus en plus pour dénoncer cette pratique. Créée depuis 2005, l’Association Yakaré Débo (l’Espoir de la femme) dirigée par Oumou Diyé Bâ, a inscrit dans ses actions, outre la scolarisation des filles, l’alphabétisation, l’émancipation de la femme et l’égalité des sexes, la lutte contre les mariages précoces qui sont devenus l’une des causes de l’échec scolaire des filles au niveau de Djéol. Ce combat d’éveil ne se fait pas non sans quelques obstacles.

"C’est une pratique contre laquelle on n’a jamais cessé de battre en brèche. Il est intolérable et inconcevable, aujourd’hui, de voir des jeunes filles de moins de 15 ans interrompre leurs études ou leur avenir gâché. Au niveau de notre association, nous appuyons toute initiative allant dans le sens de combattre les mariages précoces. Nous avons pris, depuis quelques années, la mesure de comprendre cette pratique qui va à l’encontre des droits de nos filles", explique Oumou Diyé Ba.

Agir au niveau des consciences

On sait aujourd’hui que les mariages précoces qui annihilent l’émancipation des filles sont souvent promus par les hommes. Et pour Oumou Diyé Bâ, c’est au niveau de leur conscience qu’il faut agir pour pouvoir porter le message de la sensibilisation. Tenter de convaincre les pères de famille d’accorder à leurs filles la chance de faire des études poussées, c’est la seule arme dont elle dispose aujourd’hui. Pour ce faire, l’association Yakaré Débo qu’elle dirige tient régulièrement des rencontres avec les grandes personnes du village pour les sensibiliser autour de cette question.

A Djéol, les femmes se mettent aussi à l’air du temps, le temps de refus et des revendications du respect de leurs droits. Comme celui de permettre à leurs filles de suivre leur cursus scolaire. Les mariages précoces deviennent de plus en plus inquiétants. Déjà, l’année dernière, 33% des élèves mariées avaient entre 11 et 15 ans.

Conséquence : les filles talonnent de très loin les garçons en termes de performance scolaire. Une situation qui préoccupe grandement Sy Alhousseinou qui est le directeur du lycée de Djéol depuis trois ans.

"La plupart des élèves du lycée viennent des villages environnants. C’est un milieu rural où l’endogamie est un phénomène très poussé et où également les mariages précoces sont légion avec un pourcentage très élevé", dit-il.

Dans des zones où le poids de la tradition est très lourd, il est très dur de mener le combat. D’ailleurs, en véritable pèlerin, le directeur du lycée de Djéol se rend régulièrement dans les villages à proximité pour sensibiliser les parents qui sont les premiers concernés par ce phénomène.
Pour lui, il faut mener un combat d’arrache-pied afin de résoudre ce fléau. "Cela passe nécessairement par la communication, par un changement des comportements, par la mobilisation sociale à un échelon supérieur par le plaidoyer", indique Sy Alhousseinou qui n’a pas manqué de regretter la faible implication de la société civile locale par rapport à cette question.

Les pas franchis dans le domaine de la lutte contre les mariages précoces sont encore timides dans la commune de Djéol. Mais, néanmoins, des organisations internationales, comme la Croix-Rouge, World Vision, le Groupement Régional pour le Développement Rural (GRDR) ont fait aussi sienne cette lutte qui a vu l’adhésion des autorités locales pour renverser la tendance actuelle.

"Nous n’avons pas encore élaboré une stratégie de lutte contre les mariages précoces. Mais, nous sommes en train de nous mobiliser corps et âme pour mener une campagne de sensibilisation", a affirmé Abdoulaye Moussa Bâ, maire de la commune de Djéol. "Si nous étions capables de prendre des mesures tout de suite, nous ne tarderions pas à le faire", a-t-il poursuivi comme pour expliquer qu’il appartient de prime abord aux pouvoirs publics de s’y impliquer pour entraîner dans leur sillage les collectivités locales.

L’émigration, un mal nécessaire ?

A Djéol, il n’y a pas que les mariages précoces qui obnubilent la mairie, les associations et le corps enseignant. L’émigration est en train de vider la jeunesse de cette commune. Pour beaucoup de jeunes comme Oumar Amadou Bâ qui est en classe de 3ième année Collège, le chemin le plus court pour réussir dans la vie est d’emprunter celui de l’émigration.

"Les conditions de vie sont très difficiles ici, se justifie-t-il. Et Dieu seul sait, si on va ou non réussir dans les études. Pour ne pas perdre mon temps, je préfère abandonner mes études et partir comme tout le monde".

Cette envie de partir qui gagne de plus en plus le cœur des élèves de la commune de Djéol n’a pas laissé indifférent le directeur du lycée Sy Alhousseinou qui estime que seule l’école est capable de juguler ce fléau.

"L’Afrique a besoin de ses valeureux fils et s’oppose vaille que vaille à la fuite des cerveaux au moment où de l’autre côté de la méditerranée, dans l’Hexagone, on parle de l’émigration choisie", tente-t-il d’expliquer.

Le problème de l’émigration parait beaucoup plus complexe. L’apport des ressortissants de Djéol dans la réduction de la pauvreté et de l’élévation du niveau de vie des populations est non négligeable. Il en est de même dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’agriculture et de l’élevage.

"Tout ce qui est vivant ici, je ne vais pas dire appartient totalement aux émigrés, en tout état de cause, ils sont les premiers piliers du développement de Djéol", reconnaît le maire de cette commune. A titre d’exemple, les émigrés de Djéol, en plus de la ville de Noisy-Le-Sec en France, ont participé financièrement à la construction de l’école 3, du centre de santé et de l’extension du lycée.

Même si Abdoulaye Moussa Bâ ne partage pas l’émigration, il comprend tout de même les raisons qui ont poussé un certain nombre de Djéolois d’émigrer. "Je ne suis pas entièrement d’accord avec l’émigration mais je ne suis pas non plus en mesure d’empêcher les velléités d’émigration. Il nous est très difficile de pouvoir retenir les gens au bercail. Il y a certains qui le font malgré eux parce qu’ils sont en face de situations qui font qu’ils sont obligés de s’adonner à l’émigration", explique-t-il.

Babacar Baye NDIAYE

samedi 3 octobre 2009

Problèmes au ministère du Tourisme: Le dilemme tragique du personnel non permanent

Quatre, tel est le nombre de mois que sont restés les contractuels de la direction du tourisme sans percevoir leurs salaires. Ils ont adressé en vain de multiples missives à leur ministre Bamba Ould Dramane qui est là depuis le 31 août 2008 dans l’espoir de le mettre au parfum et qu’il apporte une solution à leur dilemme. «On ne travaille pas. On n’a pas d’activités. On monte. On descend. On ne fait rien. Tous les jours se ressemblent», résume un de ces contractuels de la direction du tourisme.
Il est dans cette direction depuis le 15 mai 2007. «On nous dit qu’il n’y a pas d’argent alors que les fonctionnaires sont payés», refuse-t-il de comprendre. Au nombre de 70 répartis dans les différentes directions du ministère du tourisme, de l’artisanat et du commerce, ces contractuels dont le salaire ne dépasse pas 32.000 UM sont recrutés à partir d’un stage de formation de 3 mois à la suite duquel on leur fait signer un contrat d’une année renouvelable avant de caresser le rêve de devenir un cadre de la fonction publique.
Aujourd’hui, ils sont tous animés par un sentiment de désespoir, de frustration et de désolation et n’ont que leurs propres yeux pour pleurer. Les indemnités dont il bénéficiait sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi ont été retirées depuis le coup d’Etat du 6 août 2008. A cette époque, c’est l’actuelle ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports Cissé Mint Cheikh Ould Boïde qui était la directrice du tourisme. «Là, actuellement, elle nous manque sincèrement. Elle était sociable avec nous au moins. Depuis qu’elle est partie, on est devenus des orphelins. Elle nous comprenait parce que c’est une mère de famille. Elle nous donnait de temps à autre 10.000 UM ou 15.000 UM. Depuis son départ, notre situation s’est empirée», confie un autre contractuel de la direction du tourisme.
Certains d’entre eux, découragés, n’ont plus remis les pieds au ministère. D’autres par contre continuent à faire le pied de grue de tous les jours dans l’espoir de trouver de l’argent. «On ne veut plus travailler. On veut notre argent. On sait que ça va être très difficile à l’Etat de nous payer tout notre argent. Mais, au moins, qu’on nous donne les 2/3 de notre argent pour qu’on puisse régler nos petits besoins. J’ai des collègues dont les parents n’habitent pas à Nouakchott. Ils doivent payer leur loyer. Maintenant, ils sont obligés d’aller faire autre chose pour vivre », tempête quelqu’un d’autre, trouvé dans les couloirs du ministère.
La plupart de ces contractuels sont sortants des grandes universités ou Instituts de formation du Mali, Sénégal, Maroc, Tunisie, Jordanie, Syrie, Canada et maîtrisent souvent la langue de Shakespeare. Ils traînent ici comme des poubelles. Dans les couloirs du ministère du tourisme, de l’artisanat et du commerce, on croise des jeunes diplômés fraîchement débarqués à Nouakchott en provenance d’autres pays à la recherche de l’emploi. Partis sur les frais de l’Etat mauritanien, ils reviennent au bercail pour devenir diplômés chômeurs ou au meilleur des cas stagiaires.
Soulé Abdou Diarra, stagiaire à la direction du tourisme depuis 2 mois, en fait partie. A son retour au pays, après avoir crânement décroché un master en tourisme à l’Université Mohamed V de Tanger, il ne mettra pas beaucoup de temps pour déchanter vite. «On est vraiment déçus parce le tourisme est considéré comme un secteur qui peut contribuer énormément au développement socio-économique de notre pays. C’est une solution providentielle. Dans les années 70, ça a été toujours ainsi surtout dans les pays développés. Nous sommes dans un pays où il y a l’exclusion, la pauvreté et le chômage. Le tourisme peut constituer dans ce sens un secteur qui permet de partager les retombées tant sur le plan socio-économique que financier. On est ensuite déçus parce que c’est l’Etat qui a investi dans nos études. Normalement, il devait prendre sa responsabilité et l’assumer en nous intégrant par exemple dans la fonction publique», glose-t-il longuement.
Dès son arrivée à la direction du tourisme, il a pris connaissance de touts les rapports de travail de stratégie de développement. A son grand étonnement, il n’y a pas eu un seul dans lequel il n’est pas mentionné que la direction du tourisme souffrait de problèmes de compétences mais aussi du manque de personnel. «On dit que pour développer le tourisme, il faut avoir des statistiques. Ici, on n’en dispose pas alors qu’il y a des jeunes diplômés qui sont là et qui sont en mesure d’aller prendre ces chiffres, de les organiser et de les mettre à la disposition de la direction », dit-t-il.
A la direction du tourisme, les ressources humaines font cruellement défaut. Et, pourtant, il y a des jeunes diplômés qui sont là et qui répondent aux exigences de la formation et de l’expérience mais ils n’arrivent pas à trouver le boulot. «En réalité, il n’y a pas de travail, souffle un contractuel de la direction du tourisme. Toute la journée, c’est la morosité. On se contente souvent de faire ce qui n’existe pas. Les gens n’ont pas de vision. Les jeunes diplômés qui viennent ici sont un peu déçus et démotivés. »
Pour autant, certains d’entre eux continuent à réclamer leurs salaires. Quelques uns d’entre eux affirment même qu’ils ne tergiverseront pas à s’aggriper sur la première opportunité qui s’offrirait à eux. «Nous sommes obligés un jour ou l’autre de quitter », confie Soulé Abdou Diarra, le cœur meurtri.
Au sujet de ces arriérés de salaires, la direction du tourisme a dégagé toute sa responsabilité et a renvoyé la balle à la comptabilité qui dépend directement du ministère de l’économie et des finances. «On doit planifier les gens qu’on envoie. Mais, on n’envoie pas n’importe qui n’importe comment. Et, on ne forme pas des ingénieurs en électronique pour qu’ils deviennent plus tard des cadres en tourisme. On doit savoir ce qu’on veut, ce qui nous manque en termes de gestionnaires ou d’ingénieurs agronomes », déclare un cadre de la direction du tourisme. Il poursuit : «Croyez-vous que ça nous fait plaisir que ces gens-là restent des mois sans salaires ? Croyez-vous que ça nous fait plaisir ? ».
Au niveau de la comptabilité, on soutient à leur tour que cette situation n’est pas spécifique au ministère du tourisme, du commerce et de l’artisanat. Là aussi, on a porté la responsabilité sur le dos de la direction du trésor et du budget. Pendant ce temps, les contractuels ruminent leur mal en patience dans l’espoir de voir le ministère de l’économie et des finances décaisse leur argent.

Babacar Baye Ndiaye