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vendredi 14 mai 2010

Situation des rapatriés : Le FONADH donne l’alerte sur leurs conditions de vie !

La crise politique et ses rebondissements ininterrompus et périlleux, continuent, depuis des mois, d’occuper le devant de la scène, ralentissant considérablement l’exécution de plusieurs actions gouvernementales prioritaires dont celle de mettre fin au long calvaire des réfugiés revenus au bercail. Des Ongs défenseurs des Droits de l’Homme, fortement mobilisées pour un retour digne et une insertion définitive et parfaite des rapatriés, dans le tissu social et économique, se disent aujourd’hui, préoccupées par leur statu quo.
Onze Ong, toutes rassemblées au sein du FONADH ont récemment donné l’alerte sur la situation des rapatriés mauritaniens du Sénégal et du Mali, indiquant que ces victimes des douloureux évènements de 1989- 1991 et anciens réfugiés vivent des conditions intenables, auxquelles, il urge de mettre fin dans les plus brefs délais.
Le regroupement des associations des Droits de l’homme en Mauritanie précise que la plupart de ces rapatriés "éleveurs et agriculteurs de vocation sont installés dans des sites dans les zones d’accueil, avec un minimum pour la survie", ajoutant que "les activités productives, d’insertion durable tardent encore à y prendre forme, par manque de ressources et, surtout, en raison du non règlement des nombreux litiges fonciers".
Le FONADH souligne également que d’autres victimes des évènements de 1989-1991, anciens fonctionnaires et agents de l’Etat "avaient espéré voir la fin du calvaire qu’ils supportent depuis 21 ans, avec l’organisation du recensement en janvier 2010", rappelant que cette opération avait connu une grande mobilisation des organisations de la société civile, ainsi que des services compétents de l’Etat, mais "comme un feu de paille, elle ne semble pas poursuivre l’objectif qui lui était assigné, à savoir procéder au règlement des situations administratives de ces victimes d’une injustice inqualifiable depuis plus de deux décennies".
Le FONADH se dit étonné du fait que la Commission Nationale, créée par décision du Conseil des Ministres, pour superviser le dit recensement et proposer des solutions de règlement définitif, n’ait pas encore tenu "une seule réunion depuis janvier".
Devant un dossier aussi épineux que celui des déportés mauritaniens qui portent sur des populations estimées à plusieurs milliers d’individus, dont des vieux, des jeunes, des femmes et des enfants, il est réellement "criminel", de ne pas travailler en continu pour assurer une insertion morale et matérielle maximale, capable de venir à bout des lourdes et pénibles séquelles de la déportation et des ses corollaires.
Evoquant le cas du recrutement des enseignants, parmi les victimes et leur affectation dans différentes écoles à l’intérieur du pays, le FONADH indique qu’il avait conforté l’espoir d’un règlement rapide de la situation des autres personnes, mais que "malheureusement, l’opération en faveur des enseignants semble répondre plus à un souci de comblement d’un déficit qu’à une réparation d’une injustice".

Le FONADH a aussi fait remarquer que si la volonté politique de règlement de cette épineuse et douloureuse question est réelle, elle restera sans efficacité aucune, si elle n’est pas suivie d’actions concrètes sur le terrain de la réalité, demandant aux autorités supérieures du pays, de prendre "des dispositions pratiques rapides pour le règlement de la situation des anciens fonctionnaires".
Le FONADH a déclaré qu’outre les travailleurs des établissements publics, d’autres victimes attendent toujours réparation, dont les employés des secteurs privé et informel, ainsi que tous les éleveurs et paysans qui s’impatientent de retrouver les troupeaux et les champs.
Demandant enfin, "la convocation dans les meilleurs délais de la Commission Nationale en charge du dossier afin de statuer sur la situation des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des événements 1989- 1991", le FONADH met en garde contre la politisation de cet épineux dossier, précisant que "la question est à la fois très sérieuse et douloureuse pour être traitée comme une opération tapageuse de type politicien".

Babacar Baye NDIAYE

Réintégration des fonctionnaires et agents de l’Etat : Le REVE 89/91 exprime son inquiétude sur la lenteur de son exécution

Dans une déclaration rendue publique, lundi 3 mai, à l’issue d’une conférence de presse tenue au siège du FONADH, le Regroupement des Victimes des Evènements de 89/91 a exprimé son inquiétude sur le retard apporté dans le traitement de la réintégration des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 89/91 et leur rétablissement dans leurs droits.
"Si réellement une volonté politique de tourner définitivement cette page sombre de notre histoire existe au plus haut niveau, son exécution demeure inquiétante", a indiqué le Bureau Exécutif du "REVE 89/91".

On se souvient que dans le cadre de la réintégration des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 89/91, une commission nationale avait été mise en place de même qu’un recensement des fonctionnaires et agents de l’Etat effectué sauf sur ceux des sociétés d’Etat ainsi que ceux du secteur public et informel.

A cet effet, le gouvernement mauritanien avait décidé "la réintégration immédiate de 144 enseignants et personnels d’appui" négro-mauritaniens, selon un communiqué du Conseil des ministres tenu le 15 octobre 2009. Cette mesure avait été saluée par la plupart des organisations de défense des droits de l’Homme nées à la suite des évènements de 89/91 dont le "REVE 89/91".

Aujourd’hui, le Regroupement des Victimes des Evènements de 89/91 semble avoir perdu tout son enthousiasme. Cette organisation regrette qu’aucune réunion n’ait pu avoir lieu après le recensement effectué par le Ministère de la Fonction Publique. "Les enseignants réintégrés demeurent dans une situation confuse", a révélé le "REVE 89/91" qui ne s’est pas empêché de tirer la sonnette d’alarme sur le sort réservé à l’exécution du dossier de la réinsertion des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 1989/1991.

Le bureau exécutif du "REVE 89/91" a indiqué que la décision du gouvernement mauritanien de réintégrer des fonctionnaires et agents de l’Etat doit s’étendre à toutes les victimes des évènements de 89/91. Il s’agit des travailleurs du secteur public, parapublic, privé, les agriculteurs, les éleveurs et ceux du secteur informel. "C’est là que la réconciliation nationale aurait un sens", note le "REVE 89/91".

Le blocage ou plutôt la lenteur constatée dans le traitement de la réintégration des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 89/91 a, en conséquence, poussé le "REVE 89/91" à demander la convocation rapide de la commission nationale de recensement afin que des propositions de règlement soient formulées y compris également le recensement des travailleurs des Sociétés d'Etat et Privées dans les meilleurs délais.

Ceci est d’autant plus pressant que les pouvoirs publics avaient promis de "régulariser la situation administrative des personnels concernés, à travers la réalisation d’un recensement exhaustif avant la fin de l’année en cours" selon un communiqué du Conseil des ministres tenu le 15 octobre 2009.

Les fonctionnaires victimes des exactions d’avril 89 semblent avoir trop ruminé leur patience. Alors que dans un discours prononcé à cette occasion, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, meneur du putsch du 6 août 2008, puis élu président de la République en juillet, s’était engagé à trouver une "solution juste" au problème des personnes victimes de ces évènements.

Babacar Baye NDIAYE

jeudi 13 mai 2010

MAMADOU SARR, secrétaire exécutif du FONADH à propos des réfugiés au Mali:

"S’il y a retard dans leur retour, c’est essentiellement au niveau du gouvernement mauritanien qui doit prendre des mesures diligentes"

Deux ans après le début des opérations de rapatriement des réfugiés mauritaniens vivant au Sénégal, celles concernant les réfugiés au Mali tardent à être démarrées. Du coup, on s’interroge déjà si leur retour aura lieu ou pas. Parce que, jusqu'à présent, le gouvernement mauritanien n’a pas encore engagé des démarches diplomatiques visant à entamer le processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens établis sur le territoire malien. Et aux yeux de Mamadou Sarr qui est le secrétaire exécutif du FONADH, l’Etat mauritanien doit prendre des mesures diligentes afin que nos compatriotes qui sont au Mali puissent rentrer et retrouver leurs droits dans le cadre d’un retour organisé.

Le Rénovateur Quotidien : Les opérations de rapatriement des réfugiés du Mali ne sont pas encore à l’ordre du jour. Qu’est-ce qui explique cette lenteur ?

Mamadou Sarr : Effectivement, au sujet des réfugiés qui sont restés au Mali, rien encore n’a été décidé. Il y a eu déjà un recensement qui a été fait. Mais, tant qu’il n’y a pas un accord triparti entre la Mauritanie, le Mali et le HCR, ces compatriotes ne peuvent pas revenir dans leur pays. Toutefois, nous continuons à poser le problème pour que, réellement, le traitement qui a été donné aux réfugiés qui étaient au Sénégal, le soit avec ceux qui sont au Mali. C’est regrettable de constater que jusqu’à présent, rien n’a été fait par rapport à leur retour. Les réfugiés qui sont au Mali sont au nombre 15.000 et beaucoup d’entre eux veulent rentrer.

Le Rénovateur Quotidien : A quel niveau, la situation traine-t-elle ? Au niveau du gouvernement mauritanien ? Du HCR ? Ou du gouvernement malien ?

Mamadou Sarr : Elle traine au niveau du gouvernement mauritanien. Dans ce genre de problèmes, c’est le gouvernement mauritanien qui devrait mener les démarches nécessaires. Le HCR, c’est une institution des Nations Unies qui ne peut rien décider par rapport à cette question.

C’est le gouvernement, comme il l’a fait au niveau du Sénégal, qui devrait inciter à trouver une solution dans la mesure où toutes les autorités reconnaissent que ce problème a existé, que la déportation en 1989 a bien eu lieu dans des conditions que tout le monde connait. Aujourd’hui, le premier pas qui a été fait au niveau du Sénégal devrait l’être au niveau du Mali. S’il y a retard dans leur retour, c’est essentiellement au niveau du gouvernement mauritanien qui doit prendre des mesures diligentes afin que nos compatriotes au Mali puissent retrouver leurs droits dans le cadre d’un retour organisé.

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on comprendre par là que le régime de Mohamed Ould Mohamed Ould Abdel Aziz est moins engagé que celui de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi par rapport à cette question ?

Mamadou Sarr : Ce qu’il faut comprendre, c’est que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a fait un grand pas en reconnaissant, de manière officielle, ce qui s’est passé durant les années de braise.

Il faut reconnaitre cela et qu’en plus, il y a eu un processus qui a été commencé avec lui en 2008 pendant qu’il était Président de la République. Il a lancé le premier jalon. Mais en outre, il faut reconnaitre qu’avec l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz, les choses ont continué.

A ce niveau, je pense que chacun a joué son rôle par rapport à cette question. Si après le coup d’Etat du 6 août 2008, il y avait eu arrêt du processus, c’est ce qui allait être dommageable Aujourd’hui, 19.000 de nos compatriotes qui étaient au Sénégal sont rentrés. On peut dire qu’il y a eu un effort par rapport à cela. Même s’il y a des insuffisances, on peut dire que le processus de retour, une fois amorcé, a continué.

Le Rénovateur Quotidien : Depuis le 31 décembre 2009, les opérations de rapatriement assisté du HCR ont pris fin. Le fait que cette institution se retire vous rassure-t-il par rapport aux opérations de rapatriement dont le chapitre semble clos ?

Mamadou Sarr : Non, le chapitre n’est pas clos ! Au niveau du HCR, il y a un processus. Le premier processus, c’était un processus assisté. Ce processus n’est pas définitivement arrêté. Seulement, il fallait que la commission tripartite se réunisse pour voir et éventuellement analyser la situation. Mais, à ce niveau, jusqu’à présent, la commission ne s’est pas encore réunie. Donc, le processus en tant que tel n’est pas arrêté.

Il est arrêté par rapport à la première approche. Nous pensons que, dans les meilleurs délais, la commission tripartite va se réunir. Et d’autres processus vont être enclenchés. Tant que cette commission ne s’est pas encore réunie, on ne peut pas enclencher un autre processus. Aujourd’hui, ce qui est sûr, c’est qu’il y a une forte demande de la part de ceux qui sont restés au Sénégal notamment dans les grandes villes. On dénombre parmi eux des fonctionnaires qui veulent rentrer.

Le Rénovateur Quotidien : Au sujet de l’intégration effective de tous les fonctionnaires et agents de l’Etat qui ont été illégalement radiés de la fonction publique, la manière dont elle est gérée par le pouvoir en place, vous semble-t-elle répondre à vos préoccupations et celles des victimes ?

Mamadou Sarr : L’approche qui a été utilisée pour les fonctionnaires de l’Etat me parait bonne. On peut dire que c’est une commission dirigée par le directeur de la fonction publique qui a été désignée au niveau du Conseil des ministres pour essayer de piloter ce dossier. La manière dont les recensements ont été menés nous satisfait dans la mesure où on a essayé de faire des recensements aussi bien au niveau des agents et fonctionnaires qui sont en Mauritanie et au niveau de ceux qui sont à l’extérieur.

On a quand même tenu en compte toutes nos préoccupations à savoir que toutes les victimes soient recensées. Maintenant, il s’agit de savoir comment le dossier va être traité au niveau de cette commission. Il faut savoir aussi que ce n’est pas seulement les fonctionnaires et agents de l’Etat qui sont concernés. Il y a aussi d’autres travailleurs qui ont servi au sein de certaines entreprises nationales comme la SNIM, la SOMELEC ou comme d’autres sociétés. Ces personnes n’ont pas été prises en compte.

Nous espérons qu’elles seront rétablies. Au niveau de cette action, il faut qu’on tienne en compte les autres catégories qui ont été victimes comme les paysans et les éleveurs. Quel est le sort qui leur sera-t-il réservé ? Quand on parle de réconciliation nationale, il faut prendre en considération tous les facteurs, les problèmes et essayer de façon consensuelle à trouver des solutions. Telle est notre démarche et nous allons continuer à appuyer cela pour que vraiment toutes les victimes puissent être rétablies dans leurs droits.

On peut dire qu’il y a un pas qui a été déjà fait. On sent une volonté politique de régler cette question. Nous ne pouvons qu’apporter notre appui. L’ensemble des problèmes des déportés doit être pris dans leur globalité et nous pousserons les autorités compétentes à prendre en considération toutes leurs préoccupations en vue de créer un déclic.

Le Rénovateur Quotidien : Parmi les questions en suspens dans le cadre du règlement du passif humanitaire, il y a celle relative à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de clarifier le sort des personnes portées disparues, d’identifier et de traduire en justice les auteurs. Croyez-vous que Mohamed Ould Abdel Aziz va oser franchir le rubicond en l’ordonnant par exemple ?

Mamadou Sarr : Quand un Président de la République reconnaît qu’il y a eu une situation, cela nous réconforte. Aujourd’hui, je crois qu’aucun mauritanien n’ignore ce qui s’est passé. La meilleure solution, c’est d’avoir le courage de poser le problème. C’est pourquoi nous disons que le passif humanitaire reste aujourd’hui un problème pendant.

Nous estimons que la meilleure approche, c’est de mettre en place une commission d’enquête indépendante qui disposera de toutes ses prérogatives pour faire la lumière de ce qui s’est passé. Les coupables doivent être jugés. Quand nous demandons qu’ils soient jugés, cela ne veut pas dire qu’on demande à ce qu’on leur coupe la main. Tel n’est pas notre objectif. Notre objectif, c’est que plus jamais, de telles choses ne se passent en Mauritanie. Le seul moyen de le faire, c’est que les victimes sentent que les bourreaux ont été jugés.

C’est notre approche et nous continuons à le faire. On a donné "quelque chose" aux veuves et ayants droits mais nous estimons que ce n’est pas suffisant, en tout cas, pour régler le problème du passif humanitaire. Même le Président de la République doit être conscient que cela ne règle pas fondamentalement le problème parce que si tel était le cas, la question serait réglée depuis très longtemps. Pour nous, le devoir de mémoire est très important, le devoir à la vérité c'est-à-dire mener des investigations. Cette commission doit être mise en place. Mais, essayer de rester dans le flou ne réglera pas fondamentalement cette question.


C’est pour cette raison que nous insistons sur la mise en place de cette commission indépendante pour que réellement ce problème du passif humanitaire comme le problème des victimes des évènements de 1989. Par rapport à ce dernier point, on a mis en place une commission chargée de statuer sur la situation des déportés. Pourquoi ne pas avoir la même approche par rapport au passif humanitaire ? Aujourd’hui, le seul moyen de permettre aux mauritaniens de se réconcilier, c’est de mettre en place cette commission qui va faire toute la lumière et trouver une solution idoine à ce problème.

Le Rénovateur Quotidien : Concrètement, qu’est-ce qui retarde la mise en place de cette commission d’enquête indépendante ?

Mamadou Sarr : Je n’ai pas d’informations précises là-dessus. Bientôt, nous allons demander à rencontrer le Président de la République. Je tiens à rappeler que le jour de sa démission (pour se présenter à l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, Ndlr), il nous a reçus et nous lui avions expliqué l’ensemble de nos préoccupations par rapport au passif humanitaire, aux déportés, à l’esclavage, à l’impunité, à la corruption et surtout au problème des terres. Cet aspect foncier pose un sérieux problème. Aujourd’hui, il est élu.

Nous allons le rencontrer pour voir l’état d’avancement de ces dossiers. Il y a certains pas qui ont été accomplis au niveau de certains dossiers mais nous estimons que beaucoup de choses restent à faire. Donc, aujourd’hui, étant lu, il doit être en mesure, par rapport à nos préoccupations, de pouvoir donner des réponses. Nous pensons qu’il y va de l’avenir de la Mauritanie. Déjà, il y a une piste sur laquelle on est engagé, il faut aller jusqu’au bout.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez tantôt évoqué le problème foncier. Il semblerait que les rapatriés seraient installés sur des terres appartenant à des autochtones comme la communauté Harratine. Une telle situation ne risque-t-elle pas de dégénérer ?

Mamadou Sarr : Dans l’accord triparti, il était clair que les rapatriés doivent disposer de leurs biens mobiliers et immobiliers dont les terres agricoles. Mais, ce que nous sentons aujourd’hui, que surtout, au niveau de l’autorité locale, il n’y a pas une volonté de régler ce problème. Quelqu’un qui avait un périmètre qu’il a aménagé, s’il revient, il n’y a pas de raison qu’on ne lui remette pas ses terres. Je donne l’exemple de Médina Salam. Un cas flagrant. La personne est venue s’installer sur son terrain, au lieu que l’autorité locale l’aide à ce qu’elle puisse reprendre ses terres, on lui crée des problèmes.

D’abord, on l’arrête, le défère et ensuite on autorise quelqu’un d’autre à exploiter ses terres. C’est cela qui crée la frustration. Des gens se sont accaparés des terres des rapatriés. Ce n’est pas normal et il faudrait qu’au plus haut niveau qu’on se penche sur cette question foncière sinon elle peut être grosse de tensions. Cela peut pousser les populations à réagir. Je vous rappelle qu’il y a eu une circulaire sortie au mois de mai 2009 par rapport à cette question. On est au mois de février et jusqu’à présent, cette question n’est pas encore réglée. En tout état de cause, les rapatriés ne demandent qu’à être rétablis dans leurs droits. Malheureusement, malgré leur patience, il n’y a pas de répondant. C’est là où le bât blesse par rapport à cette question foncière.


Propos recueillis par
Babacar Baye NDIAYE

Presque vingt ans après… : Le règlement du passif humanitaire vu par Aminétou Mint El Moctar

Après Boubacar Messaoud, Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (Afcf), donne son point de vue sur le règlement du passif humanitaire. Pour elle, le règlement définitif du passif commence d’abord par la mise en place d’une commission indépendante associant les victimes y compris les organisations de défense des droits de l’Homme ayant toujours fait du dossier du passif humanitaire une de leurs préoccupations majeures. "Il appartiendra à cette commission d’étudier les voies et moyens de régler le problème du passif humanitaire", souligne-t-elle.

Au sujet du règlement du passif humanitaire, Aminétou Mint El Moctar est catégorique : ceux qui ont les mains mouillées du sang de leurs victimes doivent être démasqués et répondre de leurs actes. En outre, la présidente de l’Afcf, sidérée, voudrait attirer l’attention des mauritaniens sur la manière dont aujourd’hui la question du passif humanitaire est soulevée par le Haut Conseil d’Etat nonobstant une réelle volonté politique de régler définitivement ce problème. "On ne peut pas être juge et partie", précise-t-elle.

Pour Aminétou Mint El Moctar, les coupables s’ils sont avérés doivent être jugés et condamnés pour servir d’exemple à ceux qui seraient tentés de vouloir commettre des actes criminels en Mauritanie. "C’est pour aussi faire un rapprochement entre nos différentes communautés et satisfaire les victimes qui ont, durant presque vingt ans, attendu, dans des conditions déplorables la justice après avoir subi des injustices extrêmement graves à leur encontre", explique-t-elle en faisant savoir que c’est le seul moyen de sortir la Mauritanie du ghetto du racisme, de l’exclusion et de la division.

Du côté de certaines personnalités de la société civile mauritanienne, elles sont nombreuses à fustiger la manière dont les autorités veulent traiter le dossier du passif humanitaire. Ainsi donc, pour Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (Afcf), il est temps qu’on y mette du sérieux surtout de la part de la junte militaire au pouvoir qui veut précipiter le règlement définitif de ce dossier. "Jusqu’à présent, aucune volonté de la part des nouvelles autorités[le Haut Conseil d’Etat, Ndlr] n’a été constatée. Ce n’est pas les promesses qui règlent les problèmes. Nous en avons tellement entendu sous Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Mais, elles n’ont rien changé", rappelle-t-elle.

Au niveau du Forum des Organisations Nationales des Droits Humains dont Aminétou Mint El Moctar est membre, une stratégie de règlement du passif humanitaire a été concoctée. Elle s’articule autour de quatre points essentiels à savoir : établir la vérité sur le passif humanitaire, poursuivre pour l’exemple les responsables moraux des exactions, réparer les préjudices moraux et procéder à des réformes institutionnelles. "Maintenant, après tout cela, il appartient aux victimes de pardonner. On ne peut pas continuer à ignorer les victimes et leurs enfants qui sont toujours là dans une situation assez dramatique", insiste-elle en laissant entendre qu’une enquête sérieuse devait être menée au sujet de l’identification des auteurs et les poussant à reconnaitre leurs crimes.

"C’est eux-mêmes qui doivent demander le pardon. On ne peut pas pardonner à la place des victimes. L’Etat ne peut pas pardonner à la place des victimes. On ne peut pas non plus les obliger à se taire…", affirme-t-elle. "Tout ceci passe, d’abord, par l’existence d’un Etat de droit", ajoute-t-elle.

Avec tout le tapage et le fourmillement qui entoure le dossier du passif humanitaire, Aminétou Mint El Moctar craigne que la question du passif humanitaire ne connaisse pas le même sort que celui de l’esclavage qui, malgré l’adoption de nombreuses dispositions législatives, continue toujours de susciter des prises de positions .

Le pourrissement du dossier du passif humanitaire arrange-t-Nombreux aujourd’hui sont ceux qui pensent et soutiennent que le pourrissement du dossier du passif humanitaire pourrait constituer une menace pour la stabilité sociale du pays. Et, si, aujourd’hui, la question du passif humanitaire met encore du temps à être résolue définitivement, c’est sans nul parce qu’il constitue un sujet qui dérange à plus d’un titre notamment au niveau de l’armée et de l’administration.

Dans le dossier du passif du passif, l’armée mauritanienne est accusée gravement d’avoir servi d’écran de fumée aux milliers de massacres collectifs et la déportation de centaines de milliers de mauritaniens vers le Sénégal et le Mali à la suite des évènements de 1989 entre la Mauritanie et le Sénégal. Pour Aminétou Mint El Moctar donc, les militaires sont aujourd’hui mal placés pour se substituer aux victimes dans la recherche de la vérité sur le passif humanitaire. Car, des accusations graves pèsent sur certains hauts gradés de l’armée mauritanienne. Même l’actuel locataire de la Maison Brune, Mohamed Ould Abdel Aziz, n’échappe pas à ces charges.

Au sujet du règlement du passif humanitaire, Aminétou Mint El Moctar aurait souhaité la mise sur pied d’une instance internationale spéciale chargée de juger les coupables. "Les militaires doivent s’éloigner de ce problème", soutient-elle. "On n’est pas encore au moment des miracles", lâche-t-elle.

Aujourd’hui, Vingt ans après, existe-t-il vraiment une réelle volonté d’en finir avec le passif humanitaire ? Ce dossier ne risque-t-il pas d’être bâclé sans la moindre discussion par le Haut Conseil d’Etat ? Est-ce que toute la lumière sera jetée au sujet des exactions commises entre 1986 et 1991 ? Autant de questions qui méritent d’être posées.

Mais pour Aminétou Mint El Moctar, les réponses à toutes ces questions dépendent uniquement de la bonne volonté des nouveaux pouvoirs publics à résoudre le dossier du passif humanitaire. "Toutes les données existent. Il suffit d’avoir une volonté affichée pour régler ce problème", dit-elle.

Aux yeux d’Aminétou Mint El Moctar, on ne peut pas régler le problème du passif humanitaire sans jugement ni devoir de vérité et surtout sans laver nos consciences et sans associer les associations et certaines associations. "Ce n’est pas dans un esprit de règlement de comptes qu’on va le faire pour réclamer la justice", prévient-elle pour permettre la reconnaissance et la réparation du préjudice.

Babacar Baye Ndiaye

lundi 14 décembre 2009

Situation des réfugiés : Le gouvernement mauritanien a fait beaucoup d’efforts, selon le FONADH

Ça y est ! Le Forum des Organisations des Droits Humains en Mauritanie (FONADH) a reconnu, dans une note conceptuelle distribuée en marge de l’atelier de réflexion sur le rapatriement des réfugiés organisé du 12 au 13 décembre à Nouakchott, que le gouvernement mauritanien a fait beaucoup d’efforts. S’agit-il, hélas, d’un changement de stratégie de la part de cette organisation qui, rappelons-le, a jusqu’ici adopté une position de non reconnaissance du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz qui est devenu, entre temps, Président de la République par voie électorale.

Cette note positive accordée au gouvernement mauritanien signifie-t-elle aussi que le FONADH est en train d’emboîter le pas au COVIRE ? Où s’agit-il encore d’un assouplissement en ce qui concerne sa position au sujet du retour des déportés et du passif humanitaire tel que conçu par le pouvoir actuel?

Cette reconnaissance se justifierait, à en croire le FONADH, par le fait que le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf ait reconnu que les rapatriés demeureraient réfugiés dans leur propre pays et qu’il s’engageait à changer complètement cette situation en mettant en place les moyens nécessaires.

«Il est indéniable que le gouvernement mauritanien a [depuis lors] fait beaucoup d’efforts à travers l’Agence Nationale d’Appui et d’Insertion des Réfugiés (ANAIR) pour respecter ses engagements vis-à-vis des rapatriés malgré un climat socio-économique difficile. Cela s’est traduit par l’accélération de la restitution des documents d’identité aux intéressés et la réintégration annoncée des fonctionnaires et agents de l’Etat dans la fonction publique », s’est félicité le FONADH.

Les appréhensions du FONADH

Toutefois, le FONADH n’a pas manqué d’exprimer ses inquiétudes à quelques semaines de la fin des opérations du HCR de rapatriement assisté des réfugiés du Sénégal prévue le 31 décembre 2009. Comme pour sonner le tocsin et mobiliser l’opinion publique, cette organisation rapporte que des appréhensions demeurent chez les rapatriés ainsi que chez les organisations de la société civile.

«On constate une frustration croissante des rapatriés qui déplorent leurs conditions de vie dans les sites et le manque de volonté politique des autorités locales pour la récupération de leurs terres de culture. En outre, les rapatriés se sentent livrés à eux-mêmes du fait de l’absence de communication entre eux et les représentants de l’Etat (Hakem et Wali) qui, dans certaines localités, ne daignent même pas venir leur souhaiter la bienvenue. Ce qui entraîne la multiplication des conflits fonciers ouverts ou latents dans plusieurs sites de rapatriement», explique le FONADH.

C’est face à ces raisons que le FONADH a initié cet atelier de réflexion pour dégager les voies et moyens afin d’améliorer les conditions de vie dans les sites, d’assurer l’accès des rapatriés à la terre sans laquelle ils ne peuvent recouvrer leur dignité, de prévenir et de gérer les conflits entre les rapatriés et les communautés d’accueil, de restaurer les droits fondamentaux des rapatriés notamment leurs droits à la propriété, à la nationalité et leur insertion dans la société mauritanienne en tant que citoyens à part entière.
Cet atelier de réflexion qui a réuni, pendant deux jours, une quarantaine de participants issus d’organisation de la société civile organisé en partenariat avec l’Institut pour les Droits de L’homme et le Développement en Afrique (IHRDA) et l’appui d’Open Society Justice Initiative New York a été boudé par le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et les institutions gouvernementales concernées!

Rappelons enfin qu’à cet effet, diverses communications ont été présentées. Elles ont tourné autour du retour volontaire et de la protection internationale des réfugiés (Souleymane Sagna), du rôle de la société civile africaine et mauritanienne dans la protection des droits des réfugiés (Mbow), de l’implication et des recommandations de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples par rapport au retour des déportés(Feyi), de la restauration des droits des rapatriés (Ndiawar Kane), de la terre comme enjeux de paix et de cohésion nationale(Dia Amadou Oumar), de la justice et de la réconciliation nationale (Bocar Ngaidé) et enfin des stratégies pour une Mauritanie réconciliée (Isselmou Abdel Kader).

Babacar Baye NDIAYE

dimanche 11 octobre 2009

Collectif des veuves : Certains membres vilipendent la présidente et le secrétaire exécutif du Fonadh



Décriée par ses prises de position dans le cadre du règlement du passif humanitaire, l’actuelle présidente du Collectif des veuves suscite en cette période une levée de boucliers de la part de certains membres de l’organisation. Mais continue à bénéficier de l’appui indéfectible de Mamadou Sarr, secrétaire exécutif du Forum des Organisations Nationales de Défense des Droits Humains (FONADH). Au grand écœurement de ses détracteurs.
Ça sent le roussi avant l’incendie au Collectif des veuves ! La récente déclaration de la présidente de cette association en l’occurrence Houlèye Sall a ouvert une brèche de protestations au sein de son organisation. Les protestataires sont montés au créneau pour apporter, eux aussi, des éléments de clarification relatifs à cette déclaration du 30 septembre au sujet des indemnités décidées, sans aucune concertation inclusive, par Mohamed Ould Abdel Aziz, dans le cadre du règlement du passif humanitaire.
Sur le ton de la polémique et de la calomnie, ces personnes ont qualifié la déclaration de Houlèye Sall de «diffamatoire» et de «mensongère». Au-delà des griefs et récriminations portées contre elle, c’est toute la gestion du FONADH qui est mise à mal au sujet de la question du passif humanitaire.
«Si nous sommes aujourd’hui amenés à désigner du doigt certains détracteurs mal intentionnés, c’est qu’ils ont usé, pour des raisons politiques et d’intérêts personnels, de la question du passif humanitaire ; se servant ainsi, depuis plus de deux décennies, avec un cynisme et un égoïsme dignes de Machiavel, de cette douloureuse question qu’ils ont instrumentalisée pour faire des victimes "une vache laitière" auprès des organisations humanitaires internationales chez lesquelles ils font semblant de plaider une cause, sans se soucier de ceux qui auraient dû en tirer les avantages en l’occurrence les victimes», expliquent-elles.
Le secrétaire exécutif du FONADH en personne n’a pas été épargné par leurs tirs très nourris. Ces personnes l’accusent de profiter de son poste pour «redorer son blason» en usant de «manœuvres dilatoires et séparatistes». D’après leurs assertions, Mamadou Sarr qu’elles appellent ironiquement «Monsieur FONADH» est mal placé pour prétendre être un fer de lance des droits de l’Homme en Mauritanie.
Allant plus loin dans leurs accusations, elles ont même révélé que Mamadou Sarr aurait tissé, selon leurs propres expressions, «d’obscurs accords» avec Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya alors président de la République de 1984 à 2005. Dans cet enchevêtrement de réquisitoires, Lala Aïcha Sy, présidente du Comité de Solidarité avec les Victimes des Violations des Droits Humains en Mauritanie (CSVVDH) en a reçu aussi sa part de dose. Et, leur mise en cause des accords conclus avec le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz dans le cadre de la résolution du passif humanitaire ne semble pas avoir été du goût de ces personnes qui voient dans la dernière déclaration de Houlèye Sall la signature de Mamadou Sarr.
«Cette manœuvre de leur part, vise en vérité, à entretenir ce dossier qu’ils ne veulent pas voir achevé afin de continuer à l’entretenir par l’entremise de l’institution qu’ils dirigent et qu’ils n’ont jamais méritée puisque ne jouissant ni de qualités ni de connaissances requises car autant cette question perdurera autant ils espèrent en tirer les dividendes», ont-elles déclaré.
Elles poursuivent en vouant aux gémonies les arguments de poursuites et de procès entre autres revendications que Mamadou Sarr ne cesse de brandir pour faire la résolution du dossier du passif humanitaire son cheval de bataille. Elles le soupçonnent aussi de se servir de Houlèye Sall et de Maïmouna Alpha Sy dans l’optique, disent-elles, de «disloquer l’organisation des veuves en profondeur ou tout au moins la scinder pour pouvoir collaborer avec la partie la plus malléable presque fragilisée par une absence d’information».
En s’appuyant sur la délibération de l’assemblée générale du15 août 2009, elles ont décidé d’exclure ipso facto Houlèye Sall et Maïmouna Alpha Sy des instances dirigeantes du Collectif des Veuves pour indiscipline et inconduite notoires.
Ces personnes se réclamant du Collectif des Veuves ont annoncé, pour apporter plus d’éclaircissements à leurs affirmations, la tenue dans les jours à venir d’une conférence de presse et un débat télévisé avec le COVIRE dans le souci, disent-elles, d’informer le public sur la gestion transparente de ce dossier du passif humanitaire.

Babacar Baye Ndiaye