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samedi 29 mai 2010

Iwik : un village qui risque d’être dévasté par la mer

On ne sait pas quand est-ce que cela va-t-il se produire ? Mais, c’est certain : la disparition du village d’Iwik. Ce village situé à quelques pas du Banc d’Arguin appartient aujourd’hui à une zone côtière menacée par l’élévation du niveau de la mer et la progression des herbiers marins.

A en croire des spécialistes de l’environnement, on est dans une zone qui bouge avec des sédiments de sable qui sont facilement remobilisés et déplacés. Ils soutiennent que cet effet de l’élévation du niveau de la mer va être renforcé par d’autres effets notamment l’augmentation des accidents climatiques, des tempêtes tropicales, des houles plus grosses et plus fortes…

Iwik est un village situé sur une pointe sableuse autour de laquelle passe un courant relativement important qui vient ensuite remplir la baie qui l’environne. Ainsi, au mois de septembre par exemple, on a de grandes marées. Aujourd’hui, toutes les installations qui sont ou qui étaient en zone sèche sont mises en danger par l’élévation du niveau de la mer.
Comme toute la côte ouest africaine, Iwik est devenu une zone extrêmement vulnérable.

Pour Mathieu Ducrocq qui gère une étude régionale sur l’érosion côtière allant de la Mauritanie au Bénin, les politiques d’aménagement des zones côtières ne sont pas extrêmement efficaces pour faire face à cette élévation du niveau de la mer.

«On a les secteurs d’activités en compétition, des infrastructures humaines qui sont à l’origine de l’érosion côtière, des politiques sectorielles qui ne sont pas cohérentes et qui ne permettent pas de planifier un bon aménagement de la côte. Si, en plus, on rajoute à cela les prévisions à terme, il faut qu’on arrive à développer des stratégies d’adaptation de recul dans la plupart des cas », explique-t-il.

D’ici quelques décennies, ce village sera définitivement rayé de la carte du monde du fait de l’élévation du niveau de la mer qui est une des conséquences directes des changements climatiques. Menacée par l’érosion côtière, Iwik se prépare déjà à être avalée par la mer.

Cette situation qui est valable pour la partie littorale de Nouakchott ou de Nouadhibou poussera-t-elle les autorités à réfléchir sur les aménagements dans ces zones basses qui se caractérisent par une intrusion très importante de la mer ?

«Quand on est un décideur éclairé, on commence déjà à penser à des investissements, des infrastructures qui permettront de limiter les risques à ces endroits de faiblesse», a rappelé Mathieu Ducrocq.

Les habitants du village d’Iwik vivent à quelques centimètres au-dessus de la mer à marée haute. En conséquence, ce village est dans une zone de risques très importante. Selon des prévisions scientifiques, toutes les zones comme Iwik qui sont en dessous de 60 cm de hauteur risquent d’être inondées et du coup avalées par la mer, devant ainsi des zones inhabitables.

Et selon Mathieu Ducrocq, la géographie côtière de certaines parties du littoral de la Mauritanie devrait aujourd’hui pousser les pouvoirs publics à se préparer autrement dit à prendre des décisions efficaces sur l’aménagement du littoral.

«Cela demande une prise de décision politique très courageuse. Il faut qu’on soit capable d’expliquer aux populations du littoral qu’il y’a des zones à enjeu particulier où on va faire de la protection côtière et qu’on ne pourra pas le faire parce que cela coûte horriblement cher. Ça coûtera moins cher d’accompagner le déplacement des quartiers ou la viabilisation des zones qui sont un peu en arrière ou à l’intérieur des terres plutôt que de chercher à se battre contre l’avancée de l’érosion côtière », dit-il tout en insistant sur le travail d’information et d’éducation des populations pour aider le gouvernement à prendre ce genre de décisions.

Babacar Baye NDIAYE

Accidents pétroliers : La Mauritanie est-elle à l’abri ?

Depuis quelques années, la Mauritanie, avec le champ pétrolier de Chinguetti, premier puits offshore en Mauritanie, développe des activités pétrolières en milieu offshore. En outre, la Mauritanie, qui voit traverser des millions de tonnes d’hydrocarbures transportées par voie maritime, est-elle à l’abri des accidents de pétroliers ?

Il est évident que l’activité pétrolière en milieu offshore ne se fait pas sans impacts environnementaux en raison des levées sismiques, des forages de puits, du développement des champs, des opérations de production, de transfert, de transport et de démantèlement.
Cette exploitation pétrolière certes rapporte beaucoup d’émoluments à l’Etat mauritanien. Toutefois, celle-ci s’effectue souvent sans exigence environnementale de la part des pouvoirs publics qui peuvent se soucier de tout sauf des mesures de prévention. Du coup, les risques liés aux activités pétrolières en milieu offshore sont énormément considérables.

Face à cette situation, la Mauritanie a-t-elle les moyens de faire face ou d’éviter les risques liés à l’activité pétrolière ? Pour Ahmed Ould Senhoury qui dirige l’Unité de Coordination du Programme Régional de Conservation de la zone Côtière et Marine de l’Afrique de l’Ouest, notre pays peut bel et bien être confronté à des problèmes en cas d’accidents de pétroliers, de répétitions des impacts de routine. «Mais, jusqu’à présent, l’activité n’est pas à son apogée. On espère que ça ne sera pas assez grave», tente-t-il de rassurer.

Pour autant, qui ne se souvient pas naufrages de l’Erika en 1999 et du Prestige en 2002 qui ont conduit à l’adoption de mesures renforçant davantage la sécurité maritime et la lutte contre les pollutions marines ?

En Mauritanie, la gestion environnementale de l’exploitation du pétrole en milieu offshore et du transport maritime pétrolier constitue un défi à relever par les pouvoirs publics. «Les capacités d’intervention sont très limités. On n’a pas de plan colmar susceptible d’être mis en œuvre en cas d’accidents majeurs. Nous n’avons pas encore de capacités dans la mise en œuvre d’un tel plan. Les sociétés pétrolières ont des capacités d’intervention très limitées autour des champs d’exploitation», explique le directeur de l’UC/PRCM.

Selon des études environnementales, le développement des secteurs émergents comme le tourisme ou l’exploitation pétrolière sans encadrement institutionnel fort ni d’études d’impact, accélérerait les dommages sur l’environnement et la biodiversité marine et provoquerait des conflits d’usage littoral.

La Mauritanie n’étant pas à l’abri en outre d’un accident de pétroliers, c’est à ce niveau qu’il faudrait porter les méthodes de gestion préventive. Rappelons à cet effet que la zone côtière mauritanienne est traversée par plus de 400 navires pétroliers qui transportent des millions de tonnes d’hydrocarbures et autres produits polluants en provenance de l’Afrique Centrale en direction de l’Europe et des Etats-Unis d’Amérique. Il est donc clair que la Mauritanie n’est point à l’abri d’un accident de pétroliers. «En plus, il y a les activités pétrolières proprement dites en Mauritanie. Par conséquent, il y a toujours des risques », complète Ahmed Ould Senhoury.

Aujourd’hui, grâce à la Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires du 2 novembre 1973 complétée par le protocole de 1978, dite de MARPOL ou MARPOL 73/78, la Mauritanie peut contraindre les sociétés pétrolières ou les navires pétroliers à procéder à des dommages et intérêts.

«Il faudra après voir la nature des contrats signés avec les sociétés, les assurances qui sont contractées par les sociétés exploitantes et par la Mauritanie. Donc, il y a des enjeux (financiers) importants puisqu’il y a une réglementation qui oblige ces sociétés à compenser les dégâts. Il faudra voir les détails des assurances, des contrats signés avec les promoteurs pour s’assurer que nous sommes couverts dans ce domaine », explique Ahmed Ould Senhoury.

Pour lui, faudrait-il encore être précautionneux dans ce cadre pour exiger le respect des normes internationales en vigueur, s’assurer que les mesures de sécurité sont prises, les standards de protection environnementale respectés dans le domaine de l’exploitation. Mais, pour lui, le mieux, serait d’espérer qu’il n’y ait pas d’accident.

Babacar Baye NDIAYE

mardi 10 novembre 2009

DEMBA MARICO, coordinateur du projet ACCC/Mauritanie

«Une bonne partie de la ville de Nouakchott s’est développée dans une zone de dépression et quand les gens y construisent, il faut s’attendre à être inondé »

Jusqu’à une époque récente, on ne percevait pas encore les changements climatiques même si on a beaucoup écrit et sensibilisé les populations et notamment les décideurs politiques sur la problématique de ce phénomène mondial. Mais, «depuis cette année, ce qui est arrivé au moins, malheureusement, les gens l’ont appris à leurs dépens », déclare Demba Marico, coordinateur national du projet Adaptation au changement climatique du littoral et à ses dimensions humaines en Afrique de l’Ouest dans le cadre de la gestion intégrée du littoral (ACCC/Mauritanie), au cours d’une journée de formation et d’information du projet ACCC qui a eu lieu à Nouakchott ce 10 novembre.

« Cette situation, poursuit-t-il en faisant allusion aux récentes inondations et fortes tempêtes qu’a connu une certaine partie du monde, interpelle tout un chacun en particulier ceux qui habitent dans les zones de dépression sur la réalité des changements climatiques.»
Selon des prévisions, les changements climatiques vont s’accentuer davantage en se traduisant, entre autres, dans les années à venir, par une élévation du niveau de la mer, par une érosion côtière accrue, par des inondations, par la destruction de la mangrove…tout en jouant négativement et considérablement sur les ressources halieutiques et les écosystèmes sans parler des conséquences sociales et économiques.

Dans cette perspective, la Mauritanie est loin de tirer son épingle du jeu. « Il va de soi qu’on va être touché par l’élévation du niveau de la mer, par des inondations et des incursions marines. Mais également par de fortes tempêtes qui peuvent se produire en haute mer, par des précipitations importantes ou par des sécheresses qui peuvent être provoquées », explique Demba Marico.

Entre août et septembre 2009, Nouakchott a connu une pluviométrie assez importante. Du coup, dans certains quartiers comme El Mina, Sebkha, Socogim Ps, Ksar, Dar Naïm, Tévragh-Zéina, il y avait de l’eau partout. Et, à en croire Demba Marico, cette situation était prévisible. «Même sans les changements climatiques, il y a déjà un risque d’inondations de la ville de Nouakchott parce qu’une bonne partie de la ville s’est développée dans une zone de dépression qui est l’Aftout. Et, quand les gens y construisent, il faut s’attendre à être inondé », dit-il.

Toutes ces zones-là continuent à être habitées. Pourtant, en 2002, dans le schéma directeur d’aménagement urbain, il est dit que ces quartiers sont des zones dans lesquelles on ne devrait pas habiter ou construire.

«Malgré cela, les autorités ont continué à distribuer des terres, regrette-t-il. Les populations ont continué à s’y installer. Certains quartiers comme Basra, Socogim plage ou Las Palmas ont poussé récemment. C’est des zones qui, normalement, ne devraient pas être construites. A l’époque, ce n’était pas la problématique des changements climatiques mais c’était plutôt le problème lié à la salinité. Quand on construit dans ces zones-là, les bâtiments s’effondrent au bout de quelques années. »

Pour le coordinateur du projet ACCC/Mauritanie, il faut éviter de s’installer dans des zones. Et, pour ceux qui l’ont déjà fait, il recommande qu’on les déplace en les relogeant ailleurs puisque la nappe phréatique de ces zones est à fleur de sol. «Dans nos politiques de développement urbain, il faut mettre en place des techniques d’urbanisation qui font qu’on n’habite plus dans ces zones inondables. Et les populations et les autorités doivent comprendre que la meilleure façon de faire, c’est d’éviter de s’installer dans ces zones-là », préconise-t-il.

Ceci est d’autant plus vrai que dans les années à venir, il va y avoir des catastrophes beaucoup plus importantes selon certaines prévisions. Face à un déficit de moyens, de technicité et de ressources, les pays pauvres comme le nôtre qui souffrent également des problèmes d’assainissement doivent développer des stratégies d’adaptation et engager des politiques qui tiennent compte des changements climatiques à travers par exemple un programme de développement urbain approprié.

Babacar Baye NDIAYE

samedi 17 octobre 2009

Nouakchott, Mauritanie- A deux mois de la rencontre de Copenhague, les pays riches invités à tenir compte des intérêts des pays en voie de développement


«Enjeux et perspectives pour les pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Partager une vision commune des arrangements Post-Kyoto». Tel est le thème du symposium international sur le changement climatique qui s’est ouvert hier à Nouakchott au Palais des congrès et qui se poursuivra jusqu’au 16 octobre.
Cette rencontre internationale est une initiative de l’African Network of Environmental Journalists (ANEJ) dirigé par le mauritanien Sidi El Moctar Cheiguer. Ce symposium qui s’inscrit en perspective de la prochaine conférence des Nations Unies sur les changements climatiques du 7 au 18 décembre à Copenhague a pour objectifs, entre autres, de renforcer les positions des pays du sud.
Et, à ce sujet, le président du Réseau Africain des Journalistes de l’Environnement a laissé entendre que les pays asiatiques, latino-américains et notamment africains ont intérêt à développer entre eux une dynamique d’opinion pour pouvoir faire face aux conséquences des changements climatiques.
Il a invité par la même occasion, dans son discours, les pays industrialisés à «adopter des mesures pour réduire les effets sur les changements climatiques ». Pour lui, la volonté de changer doit exister au niveau de ces pays qu’il a appelés à «réapprendre à marcher sur terre » avant qu’il ne soit trop tard.
Il a aussi mis l’accent sur la nécessité de faire face à la «fréquence des catastrophes naturelles » qui sont une preuve vivante que les dirigeants des pays industrialisés doivent faire des efforts pour limiter l’impact du changement climatique.
«Le compte à rebours a déjà commencé », a rappelé Maria De Vello Ribero, coordinatrice du système des Nations Unies en Mauritanie. «L’horloge climatique tourne à grande vitesse », a-t-elle prévenu. Face aux dégâts qu’engendrent les changements climatiques à travers le monde, elle a déclaré que l’humanité ne peut plus attendre. Et, à l’en croire, il urge de «renverser la tendance actuelle » dans ce cadre. En Afrique, le coût de la dégradation de l’environnement représente 14%.
«Nos pays ont intérêt, en termes de lutte contre les changements climatiques, à fédérer et à mettre en place des projets qui intègrent plusieurs pays. Un seul pays ne peut pas mener une action de lutte contre les changements climatiques. C’est à travers des actions fédératrices de plusieurs pays qu’on peut avoir des résultats sur le terrain», a laissé entendre Babacar Bachir Sané, journaliste au quotidien national sénégalais «Le Soleil».
Si les journalistes ont été mis à contribution, c’est pour qu’ils incitent les dirigeants africains, en les mettant en garde, contre les menaces actuelles d’ordre environnemental que le continent est en train de vivre et qui sont liées aux changements climatiques à savoir les sécheresses, les inondations, la fonte des glaces, les ouragans...
Ce symposium va donc explorer les voies et moyens de soutenir les négociateurs des pays en développement pour une meilleure prise en compte, dans la capitale danoise en décembre prochain, des intérêts des pays vulnérables. Les récentes inondations dans certains pays de la planète y compris la Mauritanie sont là pour rappeler que les changements climatiques sont une évidence.
Aujourd’hui, le développement durable est rudement mis à mal par les pays industrialisés obnubilés par la concurrence et leurs intérêts au détriment des pays vulnérables. Dans de nombreux pays en voie de développement comme la Mauritanie, une stratégie nationale de développement durable a été élaborée dans ce sens pour face aux gaz à effets de serre.
Toutefois, les récentes inondations ont recelé au grand jour une absence de gestion environnementale préventive dans certains pays africains. «Dans les villes africaines, le volet aménagement a été toujours occulté. Si vous parcourez l’Afrique, beaucoup de pays sont en train d’aménager de secondes villes à caractère économique», rappelle Babacar Bachir Sané.
L’environnement est rangé aujourd’hui, comme à l’image de la lutte contre le Sida ou la pauvreté en priorité par les Etats membres des Nations Unies. En Afrique par exemple, face à l’avancée du désert, la grande muraille verte a été initiée pour servir de réponse au phénomène de la désertification. Les changements climatiques sont devenus aujourd’hui l’affaire de tout le monde et aucun pays ne peut se targuer d’être épargné.
«Nous sentons également les effets des changements climatiques au Cameroun. Cela veut dire que c’est un problème réel. Cela veut dire que les camerounais soufrent eux aussi. Nous ne sommes pas encore au niveau que nous voulons mais nous sommes en train de progresser. Les pays en développement sont énormément frappés par les effets de changement climatique.
Il faudra absolument que nous, en tant que hommes de médias, arrivions à accompagner nos pays à trouver une vision commune avant d’aller à Copenhague», déclare David Akana, journaliste à la CRTV.
La rencontre de Nouakchott semble être décisive. Cependant, nombreux sont les participants qui nourrissent déjà des à priori au sujet de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui aura lieu du 7 au 18 décembre dans la capitale danoise et s’interrogent même si les pays en voie de développement pourront peser sur la balance.
«Peut-être sur le plan médiatique, ils pourront influencer les décisions qui seront prises à Copenhague. En tout cas, ça ne sera pas tellement fameux. Le monde, c’est des intérêts. Avec les questions d’environnement, ce sont généralement les pays développés qui les financent. Je vois mal ces pays ne pas mettre en avant leurs intérêts par rapport aux questions environnementales», explique Babacar Béchir Sané.

Babacar Baye Ndiaye