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dimanche 13 juin 2010

A quelques jours de Bruxelles, la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) accentue la pression sur le pouvoir

A quelques jours de la rencontre fatidique de la rencontre de Bruxelles entre le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf et les partenaires au développement de la Mauritanie, l’opposition accentue de plus en plus la pression sur le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz. Les partis de l’opposition regroupés autour de la Coordination Démocratique de l’Opposition (COD) viennent de dévoiler leur stratégie.

Elle consiste à élaborer un plan de manifestation non encore dévoilée avant la réunion de Bruxelles. Cette situation contraste bel et bien avec celle de la semaine passée où l’opposition, par l’entremise d’Ahmed Ould Daddah, avait favorablement accueilli la main tendue du pouvoir en vue d’un dialogue. Depuis les choses ont évolué en dents de scie du côté de l’opposition où fusent régulièrement des démentis catégoriques de la part des leaders de la Coordination de l’Opposition Démocratique qui nient avoir béni la proposition de dialogue tacitement exprimée par le pouvoir par l’entremise de l’ancien Premier ministre de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi en l’occurrence Yahya Ahmed Ould Whagef.

Ainsi, tout laisse à indiquer que les dirigeants de l’opposition ne comptent pas rester les mains croisées ni demeurer spectateurs passifs devant cet important évènement que constitue la réunion du groupe consultatif pour la Mauritanie. D’ores et déjà, l’on suppute que ce rendez-vous représente un défi énorme pour l’actuel gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Cependant, il sonne également l’heure de vérité pour le Président de la République qui a tardivement pensé à al perche de salut qu’offre sa proposition de dialogue.

Pour l’heure, du côté de l’opposition, on est en train de réfléchir sur les voies et moyens pour troubler la quiétude et les assurances manifestes des autorités, comme ils envisagent d’attirer l’attention des bailleurs de fonds sur l’impasse politique persistante, en organisant 48h avant le jour J, des manifestations monstres à Nouakchott, Nouadhibou et Rosso. Ces nouveaux rebondissements qui risquent de monter d’un cran dans les prochains jours, s’expliqueraient sans doute par l’absence réelle de crédibilité dans la proposition du dialogue.

En effet, cette dernière n’a été faite qu’à deux semaines de la réunion de Bruxelles, alors qu’il s’agit de négociations politiques qui ont échoué presque une année durant, pour pouvoir être redressées par un quelconque coup de magicien. L’option de dialogue, réelle ou astucieuse, permet sans doute au pouvoir de rejouer une fois encore, l’un de ces numéros politiques qui lui réussissent bien, même si en définitive, ils se font sur le compte de l’intérêt général.

En effet, cette proposition de dialogue, faite au lendemain du séjour du chef de la diplomatie espagnole dans notre pays, permet au pouvoir de montrer une totale disposition à la concertation et d’annoncer- preuve à l’appui- à la table ronde de Bruxelles, que c’est la COD qui continue de refuser la main tendue. Avec sa prétendue complicité, dont certains profils ont été publiquement manifestés par Paris, la communauté internationale risque fort bien de mordre à l’appât, de combler de bonheur le gouvernement mauritanien, ou du moins à lui accorder encore des circonstances atténuantes. Dés lors qu’il en est tel, il est certain que ce n’est pas dans les prochains mois qu’on dira enfin « Adieu la crise !».

Ceci est d’autant plus vrai qu’un responsable de l’opposition a indiqué que les que les informations confirmant l’approbation de la COD à la proposition de dialogue du pouvoir sont dénuées de tout fondement. Dans ce sens, le responsable de la commission de communication au sein de la COD, le Dr Idoumou Ould Mohamed Lemine a indiqué aujourd’hui, l’inauthenticité des informations affirmant l’accord de l’opposition sur la proposition de dialogue faite par le pouvoir. Contacté à ce propos par nos confrères du site électronique Taqadoumy, Idoumou Ould Mohamed Lemine a dégagé en touche en précisant que les médias qui ont relayé l’information selon laquelle la COD est disponible au dialogue avec le pouvoir est vide de tout fondement.

Il a enfin précisé que la position de la COD sur la proposition du dialogue est bien connue de tous, ajoutant qu’elle a été clairement présentée à l’opinion publique, au cours d’une conférence de presse tenue pour cette occasion par son président en exercice et chef de file de l’opposition, Ahmed Ould Daddah.

Babacar Baye NDIAYE

samedi 29 mai 2010

Polémique autour de Ndiaga Dieng : Les internautes analysent sa nomination à la tête de la Gendarmerie Nationale

La nomination de Ndiaga Dieng au poste de chef d’état-major de la Gendarmerie Nationale ce mercredi 2 décembre 2009 a été diversement appréciée par les internautes qui l’ont largement commentée. A vrai dire, cette nomination qui est l’aboutissement direct du rapt des trois humanitaires espagnols a surpris tout le monde et celle-ci est vue par de nombreux internautes comme la récompense d’un officier "expérimenté", "habile" et "efficace".

"Dans l'armée, chacun sait sa valeur. Ndiaga fait partie des meilleures graines qui ont échappé à la dictature de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya et surtout à la haine raciale. Le Président a vu juste et doit continuer à reprendre les forces armées et de sécurité en mettant au commandement les plus méritants quelles que soient leur race et leurs couleurs" (Kaonlk).

"Il est heureux et rassurant que le Président tire aussi rapidement les conséquences de la situation grave créée par ce regrettable enlèvement aussi proche de la capitale. Le choix du colonel Ndiaga Dieng est également bien inspiré sur tous les plans. Il s'agit d'un officier d'une grande envergure, expérimenté, habile et efficace. Il mérite cette consécration, pour tout ce qu'il a donné à ce pays et sa compétence" (Mdwessat).

"Si Feu Colonel O. Boïde était en vie, il serait ravi de cette nomination. Le Président Aziz avait dit que les nominations se feraient au mérite. Félicitations à Ndiaga Dieng et nous lui souhaitons à lui et au personnel de la Gendarmerie beaucoup de réussite dans leur mission délicate. C'est un homme simple comme l'est le Président Aziz qui se soucie beaucoup des faibles, à le voir à Boghé dans sa maison avec des boghéens simples, apprécié de tous car ce vaillant officier reste toujours calme, simple et ne prend jamais les choses de l'Etat à la légère" (Elhoussein).


Retour à l’époque de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed ? Volonté de contrecarrer le terrorisme ? Suite logique d’une situation ? Rescousse ? Les avis divergent et chacun y va de ses propres analyses envoyant au passage des volées de bois vert.

"Ce n’est que le début du retour à la normale, donc aux normes d’une armée nationale représentative du peuple mauritanien dans toutes ses franges. D’éléments zélés avaient trop joué sur l’incrédulité d’Ould Taya qui a recruté à bras le corps des « baasistes » dont il avait une peur bleue. Le résultat est là avec une armée divisée en 2 compartiments essentiels : des officiers maures blancs et des hommes de troupe harratin, avec quelques éléments négro africains parsemés ça et là!" (Ibadou).

Certaines internautes n’ont pas compris pourquoi Mohamed Ould Abdel Aziz qui est en casse pipe contre les "Roumouz-el-Vessad" et les "Moufçidines" puissent aujourd’hui faire revenir Ndiaga Dieng qui "était un sbire de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya" (Maurebleu).
"Apres la gabegie, les militaires. Aziz n'oublie pas que tu as accédé au pouvoir grâce à ton limogeage donc fait très attention. Celui qui règne par les armes croupira par les armes. Ndiaga Dieng n'était pas le bon choix" (Morelam). "Toujours la stratégie de Maâouiya. Ce pays n’avancera jamais" (Chourahbil).

"Aziz doit savoir qu'on ne peut pas rafistoler indéfiniment un vieux boubou, il faut le changer tout simplement. Ndiaga Dieng ne sera d'aucune utilité. Ces messieurs sont d'une autre époque. Ils ont fait leur temps, le temps du "grand" Mâaouiya O/ Sid’Ahmed Taya. La Mauritanie nouvelle sera ou ne sera pas qu'avec de nouveaux hommes. Je sais qu'il n'y a pas de relève négro-africaine dans l'armée tellement que la purge fût débilement effectuée, mais il y a de valeureux jeunes officiers maures qu'il faut mettre au travail pour bien remplacer cette vielle garde qui s'est assagie. Il est incompréhensible que sur les routes les plus riches du monde, juste après la côte d'ivoire, en "Check Point", on arrive à enlever des personnes qui devraient être les mieux gardées, et en plein jour, avec leur disparition à la vitesse de la fumée!" (Ibadou)

Dans ce méli-mélo de confrontation à distance par écrits interposés, il y’en a certains qui tentent d’apaiser ces deux camps : "Féliciter ou blâmer, cela ne rapporte rien au peuple. Nous avons un nouveau départ avec le général Mohamed Ould Abdel Aziz. Personne n'a plus droit à l'erreur. Tout celui qui ne se montre pas utile et intègre doit céder sa place"(Abdoull).

"Ould Békrine limogé et Ndiaga Dieng à sa place ? La tayatie revient de plus belle. Il ne manque plus que Mohamed Salem Ould Lekhal et Lemrabott Ould Sidi Mohamed"(Ibadou).
Certains internautes n’ont pas manqué de dénoncé "le comportement anormal de la [gendarmerie] vis-à- vis des voyageurs sur nos routes. Si cela a abouti au limogeage d’un colonel, tant pis !"(Dykrim).

"Cette nomination n'est-elle pas à l'image du fiasco qui a conduit au limogeage de son prédécesseur?"(Ibadou). "Cette mesure devait toucher tous les corps. Ce qui s'est passé (le rapt des trois espagnols, Ndlr) est inadmissible!"(Deddouh). Et, sur un ton empreint d’ironie, Ell-arrab, à la suite de l’enlèvement des trois humanitaires espagnols, déduit que notre Gendarmerie Nationale est "composée de chèvres".

Avant sa nomination à la tête de la Gendarmerie Nationale, Ndiaga Dieng était le président de la Fédération Mauritanienne de Basket Ball. "J'espère seulement que le Basket Ball ne va pas souffrir de cette nouvelle nomination" (Terrouzi).

Babacar Baye NDIAYE

Transferts illicites de la BCM : Les trois banquiers accusés dans cette affaire seront présentés au parquet aujourd’hui

Depuis jeudi dernier, Chriv Ould Abdallahi, Mohamed Ould Noueigueid et Abdou Maham sont placés en garde-à-vue au commissariat de police chargé des crimes économiques. Leurs proches sont descendus dans la rue, ce dimanche, pour demander leur libération. En majorité composés de femmes, ces derniers en veulent à Mohamed Ould Abdel Aziz.

«Nous sommes là parce que nos pères et nos patrons ont été emprisonnés. C’est les plus gros hommes d’affaires du pays qui ont été incarcérés. Des hommes qui symbolisent le développement et l’avancement de la Mauritanie. Nous fustigeons le fait qu’ils soient derrière les grilles. Ils constituent tout pour nous. C’est pour cette raison essentielle que nous sommes là », a expliqué Ahmed Mahmoud Ahmed.

Malgré l’interdiction de leur marche, lui et quelques autres membres des familles des hommes d’affaires appréhendé ont tenu quand même à être là quitte à braver les matraques et les grenades lacrymogènes des limiers.

«Nous regrettons le fait que nous n’ayons pas eu l’autorisation de marcher. Cela montre que notre pays souffre d’un manque de liberté. On fait de nous ce qu’on veut. On nous envoie des armées, des gens qui ont des matraques, des gens qui nous frappent et qui nous balancent des grenades lacrymogènes », a poursuivi Ahmed Mahmoud Ahmed.

Loin d’abdiquer, ils ont promis de redescendre dans la rue. Pendant que les proches de Ould Abdallahi, Ould Noueigueid et Abdou Maham protestaient contre leur détention, on a appris qu’on s’acheminerait vers la saisie des biens de ces trois hommes d’affaires. Depuis leur arrestation, les parents et les sympathisants des banquiers détenus dans le cadre de l’affaire dite des transferts illicites ont organisé des manifestations à Nouakchott. A Atar, également, des marches ont été organisées mais réprimés par la police.

Selon une source proche du dossier, un accord aurait été trouvé pour un remboursement par échéances mais ses termes semblent avoir été revus en faveur d’un paiement immédiat et intégral assorti d’un taux d’intérêt colossal.

Les banquiers détenus auraient refusé cette offre, à en croire cette même source. C’est aujourd’hui que ces trois banquiers qui sont accusés d’avoir perçu (20 milliards d’ouguiyas) des transferts illicites de la Banque Centrale de Mauritanie entre 2001 et 2002 doivent être présentés au parquet pour être entendus. On suppute déjà que des cellules leur auraient été aménagées à la prison centrale de Nouakchott.

Babacar Baye NDIAYE

Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves :


"Hanevi est victime de la détestation où le tiennent certaines personnalités influentes au sommet de l’Etat "

Le directeur de publication du site électronique "Taqadoumy" Hanevi Ould Dehah détenu depuis 7 mois vient d’être condamné à deux ans de prison. Pour Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves, le cas de Hanevi témoigne d’une volonté manifeste de la part du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz de confisquer les libertés qui semblent menacées surtout au regard de la nouvelle loi antiterroriste qui crée, à l’en croire, les conditions d’une violation systématique des droits élémentaires de la personne. Entretien.

Le Rénovateur Quotidien : Hanevi Ould Dehah vient d'être condamné à deux ans d'emprisonnement ferme. Quelle appréciation en faites-vous?

Boubacar Ould Messaoud : Je suis surpris. Je n’en crois pas mes oreilles ni mes yeux. Hanevi a purgé sa peine de 6 mois et a été maintenu en prison illégalement depuis le 24 décembre 2009 pour se faire condamner par une cour d’appel, autrement composée, de nouveau à 2 ans d’emprisonnement ferme après une procédure entachée d’irrégularités selon la défense. Il semble s’agir bien plus d’un règlement de comptes tant ce journaliste de talent déplait et dérange par son courage et sa détermination à pourfendre les tabous de la Mauritanie ancienne.

Le Rénovateur Quotidien : Malgré les pétitions, les appels de libération lancés par-ci et par-là, Hanevi n'a pas recouvré sa liberté. Peut-on penser qu'il s'agit là d'un acharnement gratuit sur ce dernier dès l'instant qu'il a déjà purgé sa peine?

Boubacar Ould Messaoud : Hanevi est victime de la détestation où le tiennent certaines personnalités influentes au sommet de l’Etat, dans le commandement des forces armées, de la police et aussi parmi les hommes d’affaires ; son journal, Taqadoumy tient une ligne éditoriale très libre, un peu trop sans doute en Mauritanie. Hanevi, dans ce système d’impunité et d’entente criminelle entre les tribus, est appelé à vivre en prison ou en exil. Le pays ne protège pas des gens comme lui mais les expose à la persécution parce qu’ils dérangent l’entente tacite entre les groupes qui dirigent et se partagent la richesse nationale.

Le Rénovateur Quotidien : Faut-il craindre pour la liberté d'expression et de presse qui sont deux règles garanties et reconnues par la constitution?

Boubacar Ould Messaoud : Au delà de la liberté presse d’expression et de presse, toutes les libertés semblent menacées de confiscation, surtout au regard de la nouvelle loi antiterroriste qui crée les conditions d’une violation systématique des droits élémentaires de la personne. Sans doute par ignorance, la plupart de nos députés l’ont adoptée. Oui, au-delà du cas Hanevi, je suis pessimiste sur l’avenir de l’Etat de droit en Mauritanie.

Propos recueillis par
Babacar Baye Ndiaye

Discrimination positive prônée par le PM : «C’est une tromperie», aux yeux de Birame Ould Dah

S’il y a quelqu’un qui ne croit guère à la discrimination positive prônée par le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf lors de sa déclaration de politique générale du 6 janvier 2010 devant les députés de l’Assemblée Nationale, c’est bien Birame Ould Dah Ould Abeid, président de l’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA-Mauritanie).

Au cours d’une conférence de presse tenue lundi matin, il a laissé entendre que l’actuel gouvernement est incapable d’instaurer la justice entre tous les citoyens mauritaniens à plus forte raison d’évangéliser une discrimination positive. «C’est une tromperie et de la poudre aux yeux destinée à leurrer les franges de la population les plus démunies qui n’ont comme moyen de subsistance ou source de revenu que le travail et l’exploitation de la terre», s’exclame-t-il.

Mais, là où le bât blesse, c’est qu’il suffit juste d’un arrêté administratif ou d’une décision judiciaire pour qu’elles se voient exproprier leurs terres au profit d’un notable, d’un maître ou ancien maître, d’un dignitaire religieux, d’un homme d’affaire, d’un haut fonctionnaire de l’Etat ou d’un officier supérieur de l’armée.

«Le Premier ministre a prétendu [lors de sa déclaration de politique générale] que son gouvernement a attaqué de front tous les problèmes des mauritaniens dont le passif humanitaire et l’esclavage. Ce n’est pas vrai puisque ces deux problèmes n’ont pas toujours trouvé des solutions», a-t-il contredit.

Pour lui, l’objectif du gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf comme ceux qui l’ont précédé est de s’inscrire dans la logique de les ignorer, de les nier ou de leur apporter des semblants de solutions. Ce qui, à ses yeux, traduit une volonté manifeste de la part du régime de Mohamed Ould Abdel Aziz d’assurer l’impunité aux présumés coupables de crimes de torture et d’exécutions extrajudiciaires, la persistance et la non-répression des pratiques esclavagistes ainsi que la validation et la généralisation des expropriations foncières à caractère raciste et esclavagiste.

A cet effet, il a exprimé ses appréhensions par rapport à cette dernière question dont la déclaration du Premier ministre a fait table rase. «Ces expropriations se font par l’intermédiaire des appareils administratif, judiciaire et sécuritaire qui sont entre les mains des segments dominants de l’ethnie arabo-berbère», renseigne-t-il.

«Toutes les expropriations sont au profit des notabilités tribales ou religieuses, des hommes d’affaires, des banquiers, des officiers supérieurs de l’armée ou de hauts fonctionnaires de l’Etat », poursuit-il.

Autant le pouvoir qui vante les mérites de sa lutte contre la gabegie et la corruption en nous les rabattant à longueur de journée est complice de cet état de fait autant l’est l’opposition qui crie, lui aussi, à son tour, aux règlements de compte à en croire Birame Ould Dah.

Des dizaines de victimes d’expropriations foncières ont été présentes à cette conférence de presse pour exposer leur cas. La plupart d’entre elles viennent de l’intérieur du pays.
«Dans leurs tentatives désespérées de vouloir résister à l’exécution de décisions judiciaires ou administratives injustes, elles sont sujettes à des abus de pouvoirs, des arrestations arbitraires, des brimades en tout genre sans oublier que les procédures administratives et judiciaires qui les déboutent manquent de transparence et d’équité », indique Birame Ould Dah Ould Abeid.

A ce propos, il a suggéré au gouvernement de mener des enquêtes et de corriger cette tendance grave, honteuse et dangereuse en ce sens qu’elle renforce le sentiment de frustration, aiguise la haine intercommunautaire et hypothèque la paix sociale.

Babacar Baye NDIAYE

Conscience et Résistance : Ciré Kane démissionne de cette organisation parce qu’il estime qu’elle est devenue "une coquille vide"

Depuis ce 17 janvier 2010, Ciré Kane est devenu un ex-membre de Conscience et Résistance en démissionnant de cette organisation. Parmi les raisons évoquées par ce dernier, il y’a la détention prolongée de Hanevi Ould Dehah qui croupit toujours en prison alors qu’il a déjà purgé sa peine. Toutefois, il n’a pas manqué, au passage, de battre en brèche Hacen Ould Lebatt et Jemal Ould Yessa.

"Ce sont eux qui, aveuglés par leur obstination à faire sanctionner leur pays par la Communauté internationale, n’ont pas hésité à sacrifier sur l’autel le soldat Hanevi, un autre juste parmi les justes, un des meilleurs éléments de CR", accuse Ciré Kane.

"Je ne supporte plus de voir Hanevi Ould Dehah, un parfait innocent, croupir en prison alors que les véritables auteurs d’articles politiques ou économiques commandés pour détruire sans la moindre preuve la vie de plusieurs hommes en Mauritanie courent toujours", poursuit-il.
Celui qui a essuyé le plus les attaques de Ciré Kane est Jemal Ould Yessa. A ce propos, il signe et persiste : "ce manipulateur hors pair, dit-il, n’hésite devant rien pour faire croire qu’il a de l’influence. Sinon comment expliquer son acharnement contre Ibrahima SARR, un juste parmi les justes ? Acharnement qu’entretient un peshmerga notoire : le journaliste Djibril Diallo".

Une occasion qu’a saisie Ciré Kane pour disculper Ibrahima Moctar Sarr, président de l’Alliance pour Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation. "Ibrahima est aujourd’hui complètement réhabilité par l’absence de présentation de preuves au procès de Hanevi concernant cette villa tantôt blanche à 33 millions , tantôt verte à 57 millions, ou cette 4x4 VX flambant neuf sensée garer devant sa somptueuse villa par laquelle les militaires l’auraient soudoyé pour qu’il participe à l’élection du 6 juin 2009 finalement reportée au 18 juillet", a-t-il expliqué.

Sur un ton empreint d’ironie, Ciré Kane s’est permis des railleries à l’endroit de Conscience et Résistance qu’il considère ni plus ni moins comme "une coquille vide, constitué d’au plus dix personnes qui pensent apporter le changement véritable en Mauritanie juste en pianotant sur le clavier d’un ordinateur", dit-il.

Entre Conscience et Résistance et Ciré Kane, c’est à classer désormais dans le tiroir du passé. "Je quitte ce navire que j’avais rejoint dans l’espoir de retrouver un fragment de la vie du Pr Saidou Kane", confie Ciré Kane en regrettant que Jemal Ould Yessa et Hacen Ould Lebatt aient réussi à dévier l’organisation de ses principes.

Il explique : "Par leur attitude, ils ont annulé la dédicace de leur mémoire de maîtrise aux bagnards de Walata. S’ils s’amusent à se référer au Pr Saidou KANE pour manipuler le sentimentalisme de certains négro-mauritaniens, ils me trouveront sur leur chemin. Je mettrai à nu toutes leurs techniques rudimentaires de manipulation d’individus fragiles ou franchement …honnêtes !"

Pour Ciré Kane dont la démission de Conscience et Résistance a été motivée également par le retard apporté dans la convocation d’un congrès pour élire son bureau, "l’essentiel est de faire sortir Hanevi de prison tout de suite" en rappelant que "la façon dont il y est allé importe peu" pour attirer l’attention des mauritaniens sur la manière dont "notre justice bafoue les lois de notre république".

Babacar Baye NDIAYE

CARNET DE ROUTE : Aziz au cœur des conversations, à mille lieues de la capitale!

L’Humanité évolue avec lui les mentalités et les mœurs aussi. On vit, à des degrés différents, les mêmes transformations sociales et les mêmes aléas du temps. A des centaines voire des milliers de kilomètres de Nouakchott, capitale des indisciplinés, on parle aussi de politique, de développement durable, de changements climatiques, du terrorisme, de la diversité culturelle, de la réconciliation nationale…. Dans ces zones, rien ne s’échappe. Les populations qui y vivent, on les croirait presqu’innocentes, dépitées par la vie, outrepassées par le temps et sans perspectives. Mais, détrompez-vous !

Quelque part dans le Brakna, au milieu d’un village, loin du brouhaha qui se répand à l’intérieur d’une école fondamentale, à quelques mètres de là, Mamadou Samba Ngaidé, Saada Abdoul Kelly, Moussa Assane Ould Mohamed, Ablaye Tall et Amadou Djibril Dia jouent à la pile ou face. Les trois premiers sont en classe de quatrième année fondamentale et les deux autres en première année.

Ils ont entre 6, 7 et 9 ans et rêvent de devenir des instituteurs, des policiers, des médecins, des administrateurs mais aussi de faire de la politique comme Saada Abdoul Kelly qui se voit déjà sur le fauteuil présidentiel qu’occupe actuellement Mohamed Ould Abdel Aziz. Qui n’en a pas connu ces rêves d’adolescence ?

Aziz comme ils l’appellent tous ici, ils le reconnaissent, à part les échos qu’ils reçoivent de la télé ou de la radio, à travers sa calvitie naissante. «Il est en train de changer le pays », déclare Bocar Diawal. «Depuis qu’il est président de la République, les choses bougent », poursuit-il. Que croyez-vous ? Il n’y a pas que les grandes personnes qui sont aussi effleurées par le vent de l’ère azizienne.

Agé de 15 ans, Bocar Diawal est en première année de collège à Boghé. Pour se rendre à son lieu d’études, il marche à pied. A 6 heures du matin, il est déjà réveillé. Dans la journée, il parcourt ce trajet deux fois. Il rêve de devenir un haut fonctionnaire de l’administration mauritanienne. Conscient des difficultés qui accablent son village, il mesure déjà la lourdeur de supporter une telle situation.

Certainement, c’est pour cette raison qu’il aspire à devenir quelqu’un, tout en évitant de se défaire des pratiques culturelles de son village. En plus de ses études, c’est lui qui s’occupe du breuvage de leur bétail qu’il mène jusqu’au bord du fleuve.
"Aziz ! C’est quelqu’un que j’admire. Je pense qu’il est en train d’insuffler un nouveau vent à la Mauritanie", déclare Mamadou Abou Ba, 13 ans, en rappelant parmi les démarches qu’il a appréciées de lui, il y’a sa prière à Kaédi à la mémoire des disparus des évènements de 1989, 1990 et 1991.

Chaussures éculées, portant des bas de laine, visage pâle et sec, Abdoulaye Diallo, un collégien, s’invite à la discussion et lâche, en prenant le contrepied de ses autres camarades, après les avoir attentivement écouté débiter ce qu’ils pensaient du Président des pauvres, pour balancer ses quatre vérités : "Aziz n’a rien fait pour le moment. Il ne fait que promettre. Qu’est-ce qu’il a fait", s’interroge-t-il. Comme Amadou Djibril Dia, ces ados n’ont pas manqué de formuler des prières à l’endroit de Mohamed Ould Abdel Aziz.

La Mauritanie de ces ados-là est un pays où cohabitent pacifiquement diverses cultures, d’éparses communautés, différentes langues, sans haine ni abomination. Leur Mauritanie-là est un pays festif et joyeux qui sait accueillir des hôtes. Leur Mauritanie-là est un pays qui veut tourner la page. Leur Mauritanie-là est un pays où on combat les discriminations, où chaque citoyen est assuré de vivre décemment, de choisir librement son Président de la République, où chaque citoyen a le droit de prétendre au savoir et à la connaissance, un pays où les libertés individuelles sont respectées.

Leur Mauritanie-là est un pays qui accorde à la femme la place qui lui sied dans le concert des nations civilisées et émancipées, un pays où le respect de la différence culturelle est une réalité et non un idéal, un pays où ce n’est pas parce que je suis né d’un père où d’une mère étrangère que je n’ai pas le droit de revendiquer ma citoyenneté ou non plus parce que je ne parle pas la langue dominante que je dois être exclu. On retrouve chez ces ados, ce que le pays a de plus pur et de moins démagogique. Ils constituent la force productrice de demain du pays. Leurs villages retrouvent un semblant de vie grâce à l’appui extérieur par le biais de jumelage qu’ont réussi à tisser leurs ressortissants vivant en France et un peu partout en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique.

Babacar Baye NDIAYE

Esclavage, racisme, discriminations et expropriation foncière : Le Président de l’IRA-Mauritanie fait la morale à la classe politique


Plutôt que de s’intéresser à ce qui passe ailleurs (dénonciation des agressions d’Israël), nos hommes devraient, au contraire, être attentifs sur ce qui se déroule sous leurs pieds. Cette invite a été faite par Birame Ould Dah Ould Abeid, dimanche matin, au cours d’une conférence de presse. Le président de l’IRA-Mauritanie, après s’être copieusement insurgé contre une certaine classe politique mauritanienne, lui a fait la morale sur certaines questions comme celles relatives à l’esclavage, au racisme, aux discriminations et à l’expropriation foncière.

"L’injustice, de jour en jour, s’amplifie et prend des formes beaucoup plus pernicieuses parce que les autorités mauritaniennes, en collision avec les groupes dominants qui ont fondé leur mode de vie sur les violations des droits de l’Homme, pérennisent un système social et étatique raciste et esclavagiste", a-t-il déclaré.

Le président de l’IRA-Mauritanie a indiqué dans ce même ordre idée que la justice mauritanienne est plombée. Par conséquent, "elle ne peut pas aller de l’avant, elle ne peut pas être une justice opérationnelle à cause de cette contradiction qui la mine car il y’a une cohabitation entre le droit moderne et la version locale du code malékite qui est loin, de notre point de vue, de la charia islamique, qui est une version obscurantiste, archaïque et esclavagiste", explique-t-il en citant à titre d’exemple la communauté des Aghzazirs victime de redevance, à l’en croire, imposée par la famille Kunta.

"Comme tous les lignages féodaux, cette famille a instrumentalisé la justice mauritanienne pour obtenir des jugements qui leur seront toujours favorables", indique-t-il.
Parmi les victimes de cette confusion du droit mauritanien et de l’injustice, Birame Ould Dah Ould Abeid a cité ces personnes (hommes et femmes) "qui ont écopé d’un jugement par flagellation ou qui croupissent en prison en attendant l’application de la loi dans des délais qui ne sont pas précisés", dit-il.

"Depuis le coup d’Etat du 6 août 2008, on a constaté qu’il y’a une bipolarisation de la vie politique mauritanienne. Cette bipolarisation ne concerne en rien les victimes des droits de l’Homme et les gens concernés par le règlement des questions de fond qui gangrènent la vie sociale, économique et politique du pays", explique-t-il.

Du coup, il a regretté que ces questions de fond à savoir l’esclavage, le racisme, les discriminations et l’expropriation foncière ne fassent pas partie de leurs préoccupations actuelles. Mieux encore, "les populations victimes de ces pratiques ne se retrouvent pas dans cette lutte politique entre les deux acteurs de cette bipolarisation", ajoute-t-il tout en prévenant les pouvoirs publics sur "le désespoir qui continue à gagner les victimes" des pratiques susmentionnées.

Pour Birame Ould Dah Ould Abeid, le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz promeut "une démocratie ethnique et de classe" et traite "les questions d’une seule communauté au détriment des larges pans de la société mauritanienne".

Suffisant pour lui, de pointer un doigt accusateur la passivité des populations mauritaniennes. "La rue mauritanienne se mobilise, par l’intermédiaire des partis politiques et des organisations de la société civile, à l’occasion par exemple des agressions d’Israël contre les territoires palestiniens. Mais, elle ne se mobilise jamais pour les questions quotidiennes massives et multiformes liées à l’esclavage et à l’expropriation foncière à caractère esclavagiste dont sont victimes les populations de la vallée", a-t-il martelé.

Comme les partis politiques l’avaient fait au sujet des hommes d’affaires en se mobilisant pour exiger leur libération immédiate, Birame Ould Dah Ould Abeid les a appelés qu’ils en fassent autant avec les victimes des violations des droits de l’Homme.
"Nous interpellons, lance-t-il, les partis progressistes (El Hor, les FLAM, APP et AJD/MR) à se ressaisir et à mettre dans leur agenda l’assistance de ces victimes pour soulager leur désolation".

Sur une note moins polémique, Birame Ould Dah Ould Abeid a terminé sa conférence de presse en appelant les pouvoirs publics à "souscrire aux règles de droit, à l’égalité devant la loi, à l’égalité des cultures et des langues, à l’éradication de l’esclavage et au racisme".

Babacar Baye NDIAYE

mercredi 12 mai 2010

Ahmed Ould HAMZA, président de la CUN: "Nous avons beaucoup de projets mais nous avons les mains liées"


Dimanche matin, le président de la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN), Ahmed Ould HAMZA, a suggéré aux pouvoirs publics, au cours d’une rencontre avec les journalistes, de transformer les collectivités locales en de véritables "administrations de développement" en les dotant de compétences nécessaires afin qu’elles puissent jouer leur véritable rôle. Ce qui nécessitera, selon lui, de lever d’abord les conflits de compétences d’une part entre la Communauté Urbaine de Nouakchott et les neuf mairies de la capitale et d’autre part entre l’Etat et la Communauté Urbaine de Nouakchott(CUN).

Le président de la Communauté Urbaine de Nouakchott a d’emblée regretté que les mairies du pays soient dépourvues de compétences. "Nos compétences sont celles de l’Etat", note-t-il soulignant au passage que ce dernier s’est accaparé des grandes prérogatives dans le domaine de la décentralisation en y voyant "un enjeu politique très important".

S’il y’a un message que le président de la Communauté Urbaine de Nouakchott, Ahmed Ould HAMZA, a voulu faire passer, au cours de sa rencontre d’hier avec les journalistes, c’est que l’institution qu’il dirige ressemble plutôt à une géante aux pieds d’argile.

Du coup, Ahmed Ould HAMZA n’y est pas allé par quatre chemins pour réclamer plus de compétences à l’Etat à qui il n’a pas manqué à faire appel pour renforcer la décentralisation qui est aujourd’hui encouragée par de nombreux pays africains comme un système indispensable au développement. "La décentralisation a reculé d’une manière invraisemblable en Mauritanie. Le développement d’un pays passe par la séparation des pouvoirs et la décentralisation", a rappelé le président de la Communauté Urbaine de Nouakchott. A ce sujet, il a donné l’exemple du Maroc qui est en train de faire mieux que la Mauritanie dans le domaine de la décentralisation mais surtout dans celui de la régionalisation.

Le manque de volonté d’œuvrer à réaliser une politique sincère de décentralisation est un obstacle à tout rôle que veulent jouer les communes en Mauritanie. "Je suis frustré", a-t-il confié trouvant anormal, par exemple, que la ville de Nouakchott ne dispose pas de police municipale à l’instar des villes comme Ouagadougou ou Dakar.

Pour autant, le président de la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN) a déclaré qu’il veut bien travailler mais n’a pas les coudées franches pour engager la réalisation de projets de grande envergure. "Tous les grands projets de la ville de Nouakchott dépendent de moi. Nous avons beaucoup de projets mais nous avons les mains liées", a-t-il déclaré déplorant l’absence de l’Etat dans le financement des projets de la Communauté Urbaine de Nouakchott.

Aujourd’hui, la plupart des projets de la Communauté Urbaine de Nouakchott sont financés par la région Ile-de-France, l’Agence Française de Développement (AFD), la ville de Lausanne et l’Union Européenne. "C’est la coopération internationale qui fait vivre les mairies du pays. Sans cela, on aurait fermé boutique depuis très longtemps", a-t-il expliqué demandant à l’Etat de valoriser la fonction de maire et de transférer, dans le cadre de la décentralisation, les compétences dévouées aux collectivités locales.

Sur une note d’optimisme, il a terminé en révélant, nonobstant les problèmes et les crocs-en-jambe, que le Communauté Urbaine de Nouakchott se porte bien. "Et, je suis fier de ma gestion", a-t-il complété.

Ahmed Ould HAMZA en a profité pour appeler la classe politique à plus de retenue. "Arrêtons la politique un moment et allons à l’essentiel", a-t-il dit en substance en faisant allusion à la question de l’arabité qui a secoué récemment la Mauritanie. "Il faut exclure les gens qui sont en train de créer des problèmes dans le pays", a-t-il préconisé. "C’est un faux problème", a-t-il indiqué.

Babacar Baye NDIAYE

mercredi 17 mars 2010

Mohamed Ould Nah, leader du Parti du Rassemblement Populaire (PRP)


«Les syndicalistes ont échoué dans leur tentative de déstabiliser le gouvernement »


En réaction à la grève des centrales syndicales, le leader du Parti du Rassemblement Populaire (PRP) Mohamed Ould Nah, a considéré que celles-ci doivent s’estimer heureuses par rapport aux indemnités qui leur ont été accordées par le gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Au passage, il a regretté que ces mêmes centrales syndicales soient sorties de leur cadre de revendication syndicale après avoir minimisé leur influence sur l’ensemble des travailleurs.


Mohamed Ould Nah accuse l’opposition d’être derrière les motivations des syndicalistes animés par l’intention de vouloir déstabiliser le gouvernement et le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz. «Ces politiciens qui les manœuvrent sont considérés même comme des symboles de la gabegie. Cette grève ne peut qu’échouer sur l’ensemble du territoire national parce qu’elle n’a pas sa raison », a-t-il soutenu.


Du coup, il a appelé les syndicalistes à démissionner de leurs postes puisqu’ils ont trahi la majorité des travailleurs mauritaniens. Pour lui, les centrales syndicales ayant décrété les trois jours de grève représentent les arrières cours de l’opposition sur le terrain syndical. Dans le même ordre d’idées, le leader du Parti du Rassemblement Populaire (PRP), un parti de la majorité, n’a pas manqué d’adresser des griefs à l’opposition qui est, selon ses propres termes, égarée et dépourvue de discours politique clair.


«On l’a vue défendre les symboles de la gabegie. Elle est porteuse de messages qui ne sont pas consistants. L’opposition fait des déclarations à bout de force, des déclarations qui ne sont pas fondées », raille-t-il. «L’opposition est constituée d’écoles de la gabegie. Ce qu’on cherche maintenant, c’est l’émergence d’une nouvelle classe politique», conclut-il tout en appelant l’opposition à être beaucoup plus conséquente avec elle-même.

Babacar Baye NDIAYE

dimanche 14 mars 2010

Ladji Traoré au sujet du dialogue Pouvoir /Opposition


«On a le sentiment qu’Aziz n’a jamais lu les accords de Dakar qui lui ont permis de se couvrir d’un cache-sexe pour transformer un coup d’état militaire en coup d’état démocratique»


Ladji Traoré, une des figures de proue de l’Alliance Populaire Progressiste (APP), balaie d’un revers de la main les charges portées par le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz lors de son meeting d’Arafat contre l’opposition qu’il a accusée d’être de mèche avec l’étranger. A son tour, il n’a pas manqué de dénoncer sa politique qu’il a qualifiée de populiste et de démagogique tout en l’invitant à s’asseoir pour une confrontation des programmes et des problèmes du pays. «S’il n’a pas peur de la confrontation, nous l’invitons au dialogue inclusif que nous n’avons cessé de réclamer depuis toujours et avec nous d’ailleurs la communauté internationale », lance-t-il. Entretien.

Le Rénovateur Quotidien : Comment analysez-vous le discours du Président de la République à Arafat où il a déclaré qu’il est prêt à dialoguer à condition que vous reconnaissiez sa victoire du 18 juillet 2009?

Ladji Traoré : En Afrique, dans ce processus de démocratisation vécu ça et là différemment, il ne faut rien minimiser. Le président ou le général Ould Abdel Aziz doit savoir qu’en ayant mis fin arbitrairement au régime démocratiquement élu du président Sidi Ould Cheikh Abdallah, un homme compétent respecté à l’intérieur et à l’extérieur du pays, il a créé l’une des plus grandes crises en Mauritanie qui aurait pu se solder par d’autres conséquences. Si l’opposition est allée aux négociations de Dakar, c’est pour pouvoir réfléchir aux autres questions du pays de manière consensuelle y compris en préparant des élections anticipées. On a le sentiment qu’Aziz n’a jamais lu les accords de Dakar qui lui ont permis de se couvrir d’un cache-sexe ou d’un prétexte pour transformer un coup d’état militaire en coup d’état démocratique. L’opposition, à la suite de la décision du conseil constitutionnel, a reconnu la légalité de son pouvoir dans la mesure où nous l’appelons au dialogue mais nous ne lui reconnaissons aucune légitimité parce que nous savons dans quelles conditions les élections de juillet se sont déroulées. On est habitué, en Afrique, à ce que des gens passent en force avec n’importe quelle élection. C’est de ce circuit que nous voulons sortir et aller vers un dialogue inclusif et apaisé y compris trouver des solutions aux problèmes graves que connait notre pays.

Le Rénovateur Quotidien : Dans son discours, Mohamed O. Abdel Aziz ne s’est pas empêché de vous titiller en disant que vous manquez de programme et de vision politique claire, d’où vos critiques fortuites?

Ladji Traoré : Sidi Ould Cheikh Abdallah, conscient de la gravité des problèmes que vivait la Mauritanie, avait reconnu deux choses : premièrement, la gravité du legs du passif humanitaire et deuxièmement l’urgence du retour des déportés mauritaniens au Sénégal et au Mali. Ces questions ont fait l’objet d’accords négociés entre APP et Sidi Ould Cheikh Abdallah pour mettre la Mauritanie sur les rails et la route de la réconciliation nationale sans tricherie et sans velléité de tromper qui que ce soit. Où en sommes-nous aujourd’hui de la solution correcte et non pas stipendiée du passif humanitaire ? Où en sommes-nous de la question du passif humanitaire ? Où en sommes-nous avec le problème du retour et de la réinsertion des réfugiés qui sont revenus dans leur propre pays après vingt ans et qui restent encore sous les hangars? On tait ces problèmes-là, on les banalise. On fait des discours, on fait de la démagogie. Un programme, ce n’est pas dire une chose aujourd’hui et dire son contraire demain ou chaque jour sortir ou aller à Haye Essakine ou à Arafat pour donner quelques terrains et les arracher ou les donner à d’autres. Il faut s’asseoir et de penser aux problèmes du pays non pas transformer des villas de passage en Centre Mère et Enfant inadapté mais d’avoir un véritable programme d’équipement du pays et de création de centres hospitaliers. C’est de cela qu’il s’agit. Dire que l’opposition n’a pas de programme montre qu’Aziz ignore son programme politique. Il ne croit qu’à son programme politique populiste et démagogique. Nous l’invitons à s’asseoir pour une confrontation des problèmes du pays. S’il n’a pas peur de la confrontation des programmes, nous l’invitons au dialogue inclusif que nous n’avons cessé de réclamer depuis toujours et avec nous d’ailleurs la communauté internationale.

Le Rénovateur Quotidien : Le Président de la République vous a également appelé à demander au peuple mauritanien pardon pour avoir défendu les prévaricateurs, le terrorisme et dénoncé la décision du gouvernement de rappeler son ambassadeur à Bamako. Quel commentaire en faites-vous.

Ladji Traoré : Je crois que les hommes politiques doivent parfois s’expliquer eux-mêmes. Vous êtes devant un homme (Ladji Traoré en personne) qui, pour des raisons de règlement de compte politique en 1980-81, le régime politique l’a jeté en prison en l’accusant de détournements de deniers publics. Après le coup d’Etat de Mâaouiya Ould Sid’ Ahmed Taya en 1984, on m’a demandé de sortir en prison, j’ai dit non. J’ai demandé à être jugé et blanchi ou condamné définitivement à vivre en prison mais je ne veux pas faire partie de ces hommes qui vont sortir et longer les murs le restant de leur vie. Je fais partie de ces hommes qui dirigent l’opposition. Il ne faut jamais passer par les raccourcis judiciaires pour régler des comptes politiques avec des adversaires politiques ou des hommes d’affaires sous prétexte qu’on lutte contre la gabegie. Tout le peuple mauritanien est dans le désarroi. Le cout de la vie économique n’a jamais été aussi précaire. Mohamed Ould Abdel Aziz a supprimé la SONIMEX de même qu’il vient de supprimer la SOCOGIM. Aziz est en train de tout bricoler. Sans s’asseoir et discuter des problèmes du pays, il est en train de tout mélanger et liquider les acquis du peuple mauritanien. Si quelqu’un doit bien demander pardon au peuple mauritanien, c’est bien Aziz. Ses décisions improvisées, contradictoires ne font qu’empirer la situation et aggraver les conditions de vie des populations. En 2007, ce sont ses hommes qui le soutiennent qui sont sortis dans la rue de Nouakchott pour dénoncer le terrorisme et appelé les oulémas à s’élever contre ce phénomène. Aziz était le premier en charge des problèmes sécuritaires du pays. Si, depuis lors, dans des conditions toujours obscures, il y a des affrontements avec les terroristes, qu’on dit nettoyer par-ci sans jamais montrer au peuple mauritanien ; quand on dit qu’on a saisi des tonnes de drogue, qu’on les détruise publiquement parce qu’il est arrivé parfois que des gens saisissent sur les terroristes ou les narcotrafiquants des tonnes de drogue et en font autre chose. Il faut cesser de taquiner notre opposition démocratique qui est très responsable. L’opposition a toujours dénoncé le terrorisme et nous continuerons toujours à le faire. Nous disons qu’il faut d’abord retourner les forces armées de sécurité à leur mission première qui est de sécuriser les biens et les services en Mauritanie, de sécuriser nos hôtes étrangers et que cela n’est pas possible tant qu’il n’y a pas une entente entre la Mauritanie et les pays voisins. Al Qaeda est logé là où on le sait. Nous pensons qu’il faut prendre ce problème ave beaucoup de sérieux, y mettre les moyens, mobiliser les forces anti-terroristes et donner la main aux pays étrangers pour organiser une véritable lutte contre le terrorisme dans la zone saharo-sahélienne. Les décisions prises par le gouvernement au sujet de la lutte contre le terrorisme montrent déjà leurs conséquences néfastes pour les populations. Tout le monde n’est pas terroriste et tout le monde n’est pas candidat au terrorisme. Nous ne sommes pas non plus les gardiens de l’arrière cour de l’Europe contre l’immigration clandestine qui a d’autres motivations et d’autres raisons. Il faut éviter de prendre le peuple mauritanien sous n’importe quel prétexte. Les récentes décisions administratives de surveillance des frontières ont déjà commencé à aggraver la corruption. Je crois que les villages sur le fleuve Sénégal et ceux des éleveurs et agriculteurs du Mali et de la Mauritanie sont condamnés à coopérer quotidiennement et je crois que ceux-ci ne sont pas complices des terroristes. Il ne faut pas pénaliser les populations mauritaniennes sous prétexte de lutte contre le terrorisme ou l’immigration clandestine. Et dire que les leaders politiques de l’opposition sont à la solde de l’étranger et du terrorisme relève de la démagogie. Dans les pays comme les nôtres, les complices des terroristes ou les facilitateurs des actes terroristes sont souvent cachés dans les arcanes du pouvoir parfois même dans les arcanes des forces de sécurité. Est-ce que la Mauritanie échappe à cette règle. Je me pose cette question parce qu’en réalité, il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans ce pays dans la lutte antiterroriste qui interpelle et qui inquiète parce qu’il y a des noms de personnalités qu’on avance qu’ils soient dans les affaires ou les forces de sécurité. C’est à eux maintenant de faire leur autocritique.

Propos recueillis par
Babacar Baye NDIAYE

samedi 13 mars 2010

Boubacar Ould Messaoud, à propos de l’arabité :"Elle procède d’une démarche d’exclusion et nous ramène à cette dimension de chantage à l’assimilation"



Boubacar Ould Messaoud, président de SOS Esclaves, fait partie de ceux-là que le discours au sujet de l’arabité que tiennent de plus en plus les pouvoirs publics ne rassure pas du tout. Et pour lui, ceux qui le véhiculent astreindre les autres communautés du pays à être des appendices des arabes.

Le Rénovateur Quotidien : La question de l’arabité est revenue au devant de l’actualité à travers les propos du Premier ministre Moulaye O. Mohamed Laghdaf qui a soutenu que la Mauritanie est un pays arabe. Quelle est votre réaction par rapport à cette question ?

Boubacar Ould Messaoud : La Mauritanie est un pays multiculturel. L’arabité procède d’une démarche d’exclusion et d’une tendance à vouloir faire de la Mauritanie un pays totalement arabe alors qu’il y a des mauritaniens qui ne sont pas des arabes. Personnellement, je ne me considère pas comme un arabe. Et le discours que tiennent les pouvoirs publics n’est pas du tout rassurant. Cela nous ramène à cette dimension de chantage à l’assimilation. Les hommes du pouvoir veulent obliger tout le monde à être un appendice des arabes. Ce n’est pas du tout rassurant, aujourd’hui, que les pouvoirs publics développent un tel discours. Il faut s’inquiéter du fait que des nationalistes arabes chauvins soient installés aujourd’hui dans les arcanes du pouvoir.

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’il ne faudrait pas poser cette question et d’en finir une bonne fois pour toutes que de l’esquiver ?

Boubacar Ould Messaoud : C’est un débat qu’on aurait pu poser. Le syndrome de la Côte d’Ivoire semble se réveiller en Mauritanie. Qu’est-ce qu’il faut débattre ? Mais, il n’y a rein à débattre. Il y a des mauritaniens qui sont arabes. Il y en a certains qui ne le sont pas. Quel est le débat à poser ? Ceux qui ne sont pas arabes, il faut les laisser être ce qu’ils sont. Il faut les développer, ils ont le droit de se développer. L’arabe n’est pas notre religion. Tout le monde n’est pas obligé de devenir arabe. Ce serait injuste. Nous sommes tous musulmans, d’accord. Mais, nous ne sommes pas tous des arabes. L’Islam appartient à tous ceux qui croient en Dieu et en son prophète(PSL) et font leurs prières.

Le Rénovateur Quotidien : Pour vous donc, c’est un faux problème et qu’au lieu de le poser, les mauritaniens peuvent se l’épargner ?

Boubacar Ould Messaoud : C’est un problème dangereux. Il n’est pas faux parce qu’il y’a des gens derrière, une réalité derrière. Cette réalité, c’est quoi ? C’est de faire de la Mauritanie un pays arabe ; c’est d’exclure les autres, c’est de revenir pour dire que certains sont des étrangers. Ce discours ramène à dire que les déportés devaient être déportés. C’est ce discours qui va continuer à éliminer les négro-africains de beaucoup de choses. Je suis un mauritanien et en moi, il y a le Wolof, le Peul, l’Arabe, etc. Et c’est cela que je veux développer, le concept du mauritanien qui n’est pas un produit spécial. Je n’ai rien contre les arabes. Ils ont leur place dans ce pays. Ils ont dominé ce pays. C’est leur pays mais c’est aussi le pays des Wolofs, des Poulars et des Soninkés. Il faut respecter les spécificités de toutes les communautés qui sont là et qui doivent continuer à cohabiter dans le respect de chacune d’elles en sachant qu’elles sont unies parce qu’elles appartiennent à la Mauritanie. On appartient au monde arabe mais également au monde africain.

Propos recueillis par
Babacar Baye NDIAYE

Diplomatie décentralisée :Le maire de Kaédi demande à l’Etat d’accorder plus de moyens à l’AMM



Dans le domaine de la gouvernance locale, la Mauritanie a encore beaucoup de chemin à faire. Et pour le maire de Kaédi, Sow Moussa Demba, il faut que l’Etat accélère le processus de décentralisation.

"Aujourd’hui, dans le monde entier, l’Etat central veut se désengager au profit des gouvernements locaux car c’est eux qui vivent les problèmes des populations", a-t-il rappelé en insistant sur la nécessité de dissocier le ministère de l’Intérieur à celui de la Décentralisation.
Le 6 mars dernier, à Abuja au Nigéria, la Mauritanie a été réélue au Bureau Exécutif et Conseil Panafricain des Cités et Gouvernements Locaux Unis Afrique.

Sur les 45 membres, notre pays a eu deux postes en la personne d’Ahmed Hamza et Sow Moussa Demba respectivement président et vice-président de l’Association des Maires de Mauritanie (AMM). Il faut rappeler, dans le même ordre d’idées, que le Bureau Exécutif des Cités et Gouvernements Locaux Unis Afrique est aujourd’hui le porte-parole des municipalités auprès des Nations Unies et de la Banque Mondiale.

Le maire de Kaédi regrette que la diplomatie décentralisée ne soit pas toujours prise pas en compte par les pouvoirs publics. Ce qui se fait se ressentir naturellement dans la représentativité des structures de coopération décentralisée. Du coup, Sow Moussa Demba a souhaité que la diplomatie décentralisée ait un soutien beaucoup plus affirmé de la part des autorités du pays.
Autrement dit, accorder plus de moyens à l’Association des Maires de Mauritanie (AMM) afin de lui permettre de jouer pleinement son rôle dans le domaine de la coopération décentralisée. Ce manque d’appui conséquent, d’ailleurs, à l’Association des Maires de Mauritanie (AMM) affecte considérablement le volontarisme de ses membres.

"Si les associations ne sont pas à jour en ce qui concerne leurs cotisations, les bailleurs de fonds vont se dire qu’elles ne font aucun effort. Du coup, elles vont s’interroger sur la nécessité de les subventionner", explique Sow Moussa Demba. Et sur ce plan-là, a-t-il indiqué, l’Etat gagnerait à donner plus de moyens à l’Association des Maires de Mauritanie (AMM).

Sow Moussa Demba a exhorté de ce fait les pouvoirs publics à développer cette diplomatie décentralisée ou des villes. Cela suppose, pour lui, qu’on accorde plus de moyens à l’Association des Maires de Mauritanie (AMM), à l’image des autres associations africaines et de par le monde, pour assurer son rôle.

Cela permettrait à la Mauritanie d’avoir plus de visibilité à condition qu’on donne plus de sens à la diplomatie des villes pour faire progresser la décentralisation.

Babacar Baye NDIAYE

Moulaye Ould Mohamed Laghdaf :"La Mauritanie est un pays arabe!"



Moulaye Ould Mohamed Laghdaf l’a rabâché à nouveau. Lors d’une conférence de presse donnée jeudi 4 mars, à la Primature, pour présenter les réalisations de son gouvernement nommé après l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, il a déclaré que la Mauritanie est un pays arabe. "On est en Mauritanie. La Mauritanie est un pays arabe", a-t-il soutenu.

Comme quoi, le gouvernement parait plus que jamais déterminé à imposer la langue arabe en Mauritanie. Une fois de plus, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, le porte-voix de Mohamed Ould Abdel Aziz, n’a pas raté l’occasion pour rappeler, en signant et persistant, la volonté du gouvernement à promouvoir la généralisation de l’arabe comme langue de travail et d’échanges administratifs.

Durant cette conférence de presse, le Premier ministre a exprimé les "soucis" du gouvernement mauritanien qui ne semble pas avoir bien digéré la libération des trois combattants d’Aqmi par le gouvernement malien. D’ailleurs, à ce propos, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf a estimé que le gouvernement malien a commis "un geste pas très amical" vis-à-vis de la Mauritanie. "Nous estimons que ce n’est pas bien pour la sécurité de nos deux pays", a-t-il expliqué.

Le Premier ministre a par ailleurs indiqué que le gouvernement mauritanien ne négocierait pas avec les groupes terroristes ou céderait à la pression de l’Aqmi en procédant à des échanges de prisonniers salafistes. "Nous estimons que les rançons ne sont pas la bonne solution", a-t-il affirmé. Cependant, il a laissé entendre que son gouvernement fera tout, sauf échanger des prisonniers ou donner des rançons, pour libérer le couple d’Italiens enlevés en décembre dernier en Mauritanie et les trois humanitaires espagnols enlevés au mois de novembre dernier sur la route de Nouadhibou.

Au sujet de la loi sur le terrorisme dont 10 articles ont été annulés par le Conseil Constitutionnel, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, faisant fi des inquiétudes des organisations de défense des droits de l’Homme qui ont vertement critiqué cette loi, a affirmé qu’elle répond aux défis qui attendent la Mauritanie dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, l’immigration clandestine et le trafic de drogue.

Par rapport à la grève générale lancée par la CGTM, l’ATM, la CNTM et la CLTM et prévue le 15, 16 et 17 mars prochain sur l’ensemble du territoire national, le Premier ministre a déclaré que son gouvernement reste ouvert au dialogue.

Babacar Baye NDIAYE

Promesses électorales de Mohamed Ould Abdel Aziz: Pour combien de temps, les mauritaniens devront-ils prendre leur mal en patience?

Difficile d’y répondre. Mais, une chose est sûre : Mohamed Ould Abdel Aziz ne fait plus rêver ceux qui avaient voté pour lui. Le 18 juillet 2009, Anne Hamady Chérif, un enseignant de formation, avait voté pour Mohamed Ould Abdel Aziz. Quelques mois, après l’avoir porté, avec d’autres mauritaniens, au pinacle, ce quinquagénaire et père de quatre enfants semble rogner ses freins. "La situation est toujours difficile. Si nous n’arrivons pas à joindre les deux bouts avec notre salaire, on ne peut rien réaliser. Est-ce que je peux économiser quelque chose ? Je risque d’aller à la retraite sans maison ni rien du tout", confie-t-il.

L’arrivée au pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas grandement changé la vie des mauritaniens. Bien au contraire, eux qui espéraient vivre comme dans les pays du Golfe, continuent à tirer le Diable par la queue et mener une vie extrêmement difficile. Sous Mohamed Ould Abdel Aziz qui leur avait donné un second souffle, ils vivent un semblant d’insouciance teinté d’optimisme.

Ceux-là, tout en marquant leur indifférence face à la lutte contre la dilapidation des biens publics, de l’immigration et du terrorisme,- certainement parce qu’ils se sentent moins concernés- l’attendent également sur le terrain de la lutte contre les discriminations, le chômage, du renforcement de la cohésion sociale, de l’instauration de l’égalité des chances dans l’emploi. Nombreux sont les fonctionnaires de l’Etat qui sont aujourd’hui logés à la même enseigne que Anne Hamady Chérif. Et pour ces derniers, la manière dont Mohamed Ould Abdel Aziz gère le pays sur le plan social ne traduit pas une volonté de leur faire profiter la croissance économique du pays. Comme en témoignent les primes de transport et de logement accordés aux hauts fonctionnaires de l’Etat.

"Je crois qu’il y a beaucoup d’espoir mais la situation est encore difficile. Nous sortons d’une grande crise politique. Un processus d’actualisation de certains programmes est actuellement engagé avec certains de nos partenaires. J’espère que d’ici peu de temps, la situation va s’améliorer", déclare Mohamed Ould Moktar tout en espérant que celui dont il avait soutenu le programme, durant la campagne présidentielle de juillet 2009, va augmenter les salaires. Il poursuit, plus réaliste : "Pour le moment, on lui laisse encore du temps puisqu’on sait, il en a besoin".

Mais, pour combien de temps, les mauritaniens vont-ils devoir prendre leur mal en patience ? Assurer leur quotidien qui peut tourner en un véritable calvaire est devenu leur sport favori. Pour certains, comme Abdoulaye Camara, il faut s’adapter. "C’est difficile, mais il faut le faire", concède-t-il, impuissant. Face à cette situation, la foi devient un exécutoire pour tenter de s’échapper à la dure réalité de la vie. "On est des croyants. Donc, il y a toujours espoir. Certainement que les choses vont s’améliorer", explique Ablaye Guèye.

La demande sociale est de plus en plus forte et pressante. Si Mohamed Ould Abdel Aziz n’obtient pas des résultats enchanteurs, il aura dû mal à convaincre les mauritaniens et principalement ses détracteurs à changer véritablement la Mauritanie. Et dans ce sens, le meilleur baromètre, aujourd’hui, pour jauger le niveau de développement économique et social du pays, c’est de se rendre à l’intérieur.

Babacar Baye NDIAYE

vendredi 27 novembre 2009

Messaoud Ould Boulkheir : "Je m’engage à faire la guerre à ceux qui veulent semer le trouble au sein de l’APP et qui qu’il soit"


Messaoud Ould Boulkheir a montré qu’il est la seule constante au sein de l’Alliance Progressiste Populaire, qu’il reste et restera le chef incontesté voire incontournable de ce parti, le choix de la base des militants, l’incarnation des principes et objectifs du parti. Autant de faits qui l’ont fait sortir, en vrai patron de parti, de ses gonds pour mettre en garde ceux qui voudraient annihiler l’Alliance Populaire Progressiste.

Il en a fait la démonstration de force, à l’occasion des journées de réflexion du parti qui ont eu lieu du 24 au 26 décembre, à l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott. Devant plus de 400 cadres, Messaoud Ould Boulkheir a voulu sonner la fin de la récréation au sein de son parti.

La fin de la récréation

«Nous n’accepterons [plus que] des idées telles que répandues par les semeurs de doute, les pêcheurs en eaux troubles qui, malheureusement, existent dans ce parti et qui n’ont jamais cessé de critiquer pour critiquer tout simplement parce qu’ils ne se voient pas au devant de la scène s’agissant de l’APP. Et, là, où ils ne se voient pas au devant de la scène, c’est le chaos et on mobilise les gens, on fait ces petits groupes de pressions à Nouakchott ou ailleurs. On essaie de semer le doute et la zizanie voulant être la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf », a-t-il indiqué.

Pour Messaoud Ould Boulkheir, cette situation n’a que trop duré. Et, il n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour mettre en garde ceux qu’il nomme "les chasseurs de prestige", "les pêcheurs en eaux troubles", "les chasseurs de leadership"…soupçonnés de vouloir comploter contre l’APP et du coup de le fragiliser.

"J’ai tu beaucoup de contradictions. J’ai évité de parler de beaucoup de choses qui existent et qui sont là avec des preuves pensant bien faire, pensant sauvegarder l’unité du parti mais je crois que les gens ont interprété cela très mal", dit-il.

Et, d’ajouter sur un ton d’énervement : "Ils croient que c’est par supplice que je me suis tu ou que je n’ai pas voulu étaler au devant de la scène nos problèmes internes ou que je ne le pourrais pas. Je le peux parce que tout monde sait qu’en Mauritanie et ailleurs, Messaoud Ould Boulkheir n’a peur de rien !".
Dans ce discours, le pouvoir, à qui on prête l’intention de vouloir phagocyter l’Alliance Progressiste Populaire, (APP) est également indexé de manière déguisée.

"APP est l’un des partis qui dérangent le plus le pouvoir en place et donc les conspirations du pouvoir visent le parti.APP est vaccinée contre tout cela mais il n’en demeurerait pas moins qu’il était très utile de faire la mise au point, d’attirer l’attention des militants et de les mettre en garde contre les semeurs de trouble qui pourraient venir d’autres côtés pour essayer de déstabiliser le part", explique Ahmed Samba Ould Abdallahi, président du mouvement des Jeunes de l’APP.

"APP n’est pas le parti des Harratines ni d’El Hor"

Par rapport à cette question, Messaoud Ould Boulkheir s’est voulu être très clair et partant prendre le contrepied de ceux qui considèrent que l’Alliance Populaire Progressiste doit rester le parti des Harratines ou d’El Hor.

"Je dis haut et fort que ma patience a pris fin, a-t-il déclaré. Je n’ai plus de patience et je m’engage à faire la guerre à ceux qui veulent souiller notre parti, à ceux qui veulent semer le trouble dans ce parti et qui qu’il soit".

Ce discours de Messaoud Ould Boulkheir a surpris plus d’un. Et, selon Ladji Traoré, le secrétaire général du parti, l’Alliance Populaire Progressiste ne peut plus se permettre qu’El Hor constitue l’ossature qui doit diriger, comme le soutiennent certains membres fondateurs de ce mouvement, que les leaders naturels du parti soient issus de leur rang (El Hor, Ndlr). "C’est un point de vue dépassé maintenant dans notre parti", a-t-il assuré.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’Alliance Populaire Progressiste l’a bien compris, qu’en réunissant le maximum de force, elle pourrait avoir la chance de devenir un parti majoritaire. Pour ce faire, elle devra se départir, comme l’a expliqué Ladji Traoré, de son particularisme ethnique, social et identitaire.

Babacar Baye Ndiaye

jeudi 22 octobre 2009

Nouakchott, Socogim Ps- L’Ufp retrousse les manches pour aider les habitants

Socogim Ps qui est administrativement rattaché à la Moughataa de Ksar ne dispose qu’un espace public transformé par les jeunes du quartier en terrain de football. Depuis les dernières pluies, cet espace est devenu un lit d’eau. Et, cela a duré un mois quasiment. Face à cette situation, les cadres de l’Union des Forces de Progrès (Ufp) ont retroussé les manches, ce 16 octobre, pour obturer les eaux stagnantes. «C’est une place historique de l’opposition. Toutes ses grandes activités au niveau de Socogim Ps ont été organisées ici. Lorsqu’une militante de notre parti nous a saisis à ce propos, on a pris l’engagement de régler matériellement ce problème avec l’appui de quelques cadres de notre parti», indique Ahmédou Ould Boudah, membre du comité exécutif de l’Union des Forces de Progrès (Ufp).
Ainsi, des tonnes de sable ont été déversés sur ce terrain afin d’absorber les eaux stagnantes. Les cadres de l’Ufp semblent donc avoir bien entendu les cris de détresse des habitants de Socogim Ps qui s’étaient insurgés contre le manque de réaction prompte des pouvoirs publics face à leur désespoir et même de toute la classe politique qui ne se manifeste que quand il s’agit d’aller à la pêche aux voix. Mais, comme le dit l’adage, il n’est jamais trop pour bien faire. Ahmédou Ould Boudah n’a pas manqué de griefs contre le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz. «Ce genre de travail public est de la compétence des autorités. C’est justement parce qu’elles ne l’ont pas fait que nous avons réagi à leurs problèmes. Et d’ailleurs, nous n’allons pas se limiter à cette unique action », a-t-il affirmé.
Il en a profité pour annoncer que les autres partis qui composent le Front National pour la Défense de la Démocratie (Fndd) en plus du Rassemblement des Forces Démocratiques (Rfd) vont organiser dans les jours à venir des marches de protestation de grande envergure à Nouakchott pour stigmatiser la faible implication des autorités aussi bien locales que centrales dans le dossier des inondations.
Cette action humanitaire vise à venir au chevet des habitants de la Socogim Ps dont une bonne partie a quitté leurs foyers envahis par l’eau. «Cette situation est pénible. Nos maisons sont toujours remplies d’eau parce qu’elles ne disposent pas de rigoles qui peuvent transporter cette eau. En conséquence, les gens vident l’eau en la rejetant sur cette place. C’est pourquoi l’eau est toujours là stagnante», explique Ramata Anne qui a beaucoup apprécié ce geste des cadres de l’Ufp tout en appelant les bonnes volontés du pays à faire pareil.
Cette dame, infirmière de son état, habite ce quartier depuis 1983. Elle témoigne : «Cette place est très utile. Les enfants s’entraînent ici. Toutes les festivités se font ici également. On avait toujours des problèmes mais ceux qu’on a rencontrés cette année-ci sont pires. Nous sommes partout enclavés par les eaux stagnantes. A un moment, pour se rendre au travail, on était obligés de nouer des sachets en plastique autour de nos pieds pour se protéger.»

Babacar Baye NDIAYE

lundi 5 octobre 2009

Ahmed Hamza se confesse sur Rfi:«On reconnaît que Nouakchott a eu des problèmes durant ces deux derniers mois»



L’émission «Appels sur l’actualité» animée par Juan Goméz tous les jours sauf le week-end sur Radio France Internationale (Rfi) du 1ier octobre dernier avait comme invités Ahmed Hamza (président de la Communauté Urbaine de Nouakchott), Simon Compaoré (maire de Ouagadougou), Pierre Diédié Amondji (gouverneur du district d’Abidjan) et Khalifa Sall (maire de Dakar).
Cette émission a été enregistrée en marge du 30ième anniversaire de l’assemblée générale de l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) qui s’est déroulée du 2 au 3 octobre dernier dans la capitale française. Au cours de cette «émission spéciale», pour reprendre les termes de son animateur, ces quatre maires ont abordé la question de la gestion des villes africaines.
«Ces 30 dernières années, les villes africaines du continent ont absorbé plus de 200 millions d’habitants supplémentaires. L’Afrique est certes encore rurale mais le continent est en tête pour la vitesse de croissance de sa population urbaine. Autrement dit, dans 20 ans, donc, autant dire après demain.
L’Afrique comme l’Asie rassemblera les plus grandes populations urbaines du monde. Alors, le continent pourra-t-il relever ce défi d’autant que 62% des citadins en Afrique subsaharienne habitent en bidonvilles ? », introduit Juan Goméz pour camper le décor de ce que sera le débat.
D’autres sujets comme l’urbanisme, l’accès à l’eau, l’électricité, les transports collectifs, le ramassage des ordures, l’insécurité et autres problèmes que rencontrent les villes africaines ont été abordés.
A une question posée par Juan Goméz au président de la Communauté Urbaine de Nouakchott au sujet du ramassage des ordures dans la capitale mauritanienne, ce dernier a déclaré que son institution qu’il dirige depuis presque 3 ans a initié une nouvelle politique dans ce sens rappelant qu’un contrat a été signé depuis deux ans, sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, entre la Communauté Urbaine de Nouakchott et Pizzorno.
Toutefois, il n’a pas manqué de signaler les atermoiements que cette entreprise française chargée de la collecte des ordures dans la ville de Nouakchott fait face. Il n’y est pas allé par quatre chemins pour débusquer les détracteurs de l’entreprise. «Nouakchott est une ville propre», se défend-il.
Il poursuit : «Depuis trois mois, il y a des problèmes avec Pizzorno parce qu’il y a des conflits d’intérêt et des lobbying qui s’occupaient du ramassage des ordures bien avant Pizzorno qui veulent revenir sur le contrat que l’Etat mauritanien a signé avec cette entreprise. Il y a un sabotage qui est fait contre la société.
En plus de cela, nous avons connu de fortes pluies cette année. On reconnaît que Nouakchott a eu des problèmes durant ces deux derniers mois. Mais, je peux confirmer que durant l’année 2008 et 2009, Nouakchott a été une ville propre.» Interpellé aussi au sujet de la problématique de l’eau dans la ville de Nouakchott, le président de la Communauté Urbaine de Nouakchott a soutenu qu’elle était en train d’être solutionnée en étayant ses propos par le projet d’Aftout Es-sahili financé par l’Etat mauritanien et le Fades (Fonds Arabe pour le Développement Economique et Social).
«D’ici une année et demie, Nouakchott n’aura plus des problèmes d’eau», a-t-il assuré relevant en outre le faible apport de l’Etat mauritanien dans le développement des projets d’infrastructures urbaines et l’insuffisance du réseau d’assainissement à Nouakchott.
«On ne peut pas demander aux élus locaux que nous sommes et aux pouvoirs actuels de faire des miracles», tente-t-il d’expliquer avec un brin de réalisme. Au mois d’août dernier, des pluies torrentielles se sont déversées sur Nouakchott avec toutes les conséquences que nous connaissons.
«On a compris qu’il fallait réfléchir sur notre futur. On est là-dessus avec l’administration pour que l’année prochaine, on évite d’avoir les mêmes problèmes que nous avons connus cette année», a-t-il assuré. N’est-ce pas là une preuve qu’un chat échaudé craint l’eau froide ?

Babacar Baye Ndiaye

samedi 3 octobre 2009

Ibrahima Moctar Sarr se lâche



«Nous sommes prêts à accompagner le président de la République jusque là où il peut s’arrêter par rapport à nos propres objectifs »

Dans une interview accordée à l’avomm.com, le candidat malheureux à l’élection présidentielle de juillet 2009 Ibrahima Moctar Sarr par ailleurs président de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation lève le coin du voile sur sa campagne électorale. Dans ses déclarations renflées comme des panses, l’indétrônable président de l’Ajd/mr n’hésitent pas à utiliser de subterfuges, de papouilles pour expliquer sa défaite du 19 juillet face à Mohamed Ould Abdel Aziz. Toutefois, il continue à soutenir mordicus ses ambitions politiques à la limite pantagruéliques de diriger un jour la Mauritanie. Dans cette interview, il y fait parade de son talent de grand discoureur. Extraits.

Dénouement de la crise politique

«L’objectif fondamental de mon parti a été atteint, à savoir le dépassement, avec l’aide et la bénédiction de la communauté internationale, de la crise institutionnelle dont le premier jalon fut le dépôt d’une motion de censure contre l’ex Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Ainsi, dès notre meeting du 31 janvier 2009, nous exhortions l’ensemble de la classe politique à participer à l’élection présidentielle et proposions à l’opposition de s’unir pour battre le Général. Aux militants venus nombreux démontrer la force de notre parti mettant fin aux rumeurs d’implosion entretenus par quelques membres du bureau politique après leur exclusion pour leur soutien inconditionnel des militaires alors qu’il avait été décidé de ne pas accompagner la transition, j’affirmai sans détours que l’AJD/MR participerait à l’élection du 6 juin si ses instances le décident. Ce qui fut le cas lors de notre Congrès extraordinaire du 11 avril qui m’a investi comme candidat de l’AJD/MR. Et lors de contacts avec certains partis de l’opposition, nous avions insisté pour qu’ils ne rééditent pas les erreurs stratégiques du boycott de 1992 en pratiquant la politique de la chaise vide.»

Négociations de Dakar

«Certains ont interprété notre attitude comme une neutralité, mais d’autres plus sourds l’ont habillé comme un soutien des militaires. Qu’ils nous expliquent alors notre refus d’accompagner la seconde transition, l’exclusion de membres du bureau politique qui ont rallié les militaires, mon absence remarquée à Kaédi. Je vous renvoie à notre déclaration sortie le jour du coup d’État où nous constatons tout simplement la reprise du pouvoir par les militaires conformément à nos prévisions d’il y a trois ans ! Nous ne sommes pas considérés comme partie prenante à la crise car nous n’étions pas pour le retour de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, et nous n’avions jamais soutenu le HCE, bien que nous ne soyons pas contre la candidature d’un militaire dès lors qu’il démissionnait. Donc l’absence de Dakar ne nous choquait pas. Contrairement à ceux que d’autres pensent, le véritable risque était que les élections aient lieu sans l’accord de la Communauté internationale, avec tout ce que cela aurait eu comme conséquence pour le pays. C’est pourquoi l’AJD/MR a inlassablement contribué à éloigner ce risque d’instabilité et de menace de la paix civile en posant des actes concrets.»

L’argent de sa campagne

«Le directoire de campagne avait vu grand pour son budget électoral prévisionnel, prés de 100 millions d’UM. Nos ressortissants du Gabon et de la Libye ont contribué pour prés de 700.000 (sept cent mille ouguiyas), les seuls hommes d’affaires mauritaniens qui nous ont aidés financièrement durant cette campagne de 2009 sont : - Isselmou Ould Tagidine de la BCI pour un million cinq cent mille (1.500.000) ouguiyas - Mohamed Ould Bouamatou de G.B.M. pour trois millions (3.000.000) d’ouguiyas. Pour la petite histoire, nous n’avions pas sollicité l’aide de Monsieur Bouamatou. Il m’a téléphoné de lui-même pour m’offrir son aide. J’ai consulté une partie du Directoire de campagne pour voir si nous devions accepter cette aide vu les accointances qui existent entre Bouamatou et le Général (notre adversaire). Il a été admis qu’en général, les hommes d’affaires aident tous les candidats contribuant ainsi à leur manière au développement du pays et de sa démocratie. En acceptant cette aide généreuse que beaucoup de nos plus proches nous ont refusée, cela ne nous liait en rien. J’ai tenu personnellement, tout en remerciant Monsieur Bouamatou, à lui demander s’il ne voyait pas d’inconvénients à ce que son aide soit publiée. Il a répondu que non. Il y a eu quelques rares personnes qui veulent garder l’anonymat et qui ont contribué pour un total de 1.000.000 UM (un million d’ouguiyas). Nous avions auparavant emprunté totalement les cinq millions qui ont servi pour la caution (elle vient juste d’être remboursée). En argent liquide, le Directoire de campagne n’a pas disposé de plus de dix millions d’ouguiyas mais nous avons engagé des frais et des dépenses ont également été effectuées au nom du Directoire. Nous traînons à ce jour des dettes pour des engagements du parti vis-à-vis des tiers, vis-à-vis même des membres du parti qui ont pris en charge certaines dépenses. Des engagements ont été pris auprès de tiers notamment dans nos directoires de campagne à l’intérieur du pays. Nous avons eu des dons en nature telles que les affiches et les photos. Un imprimeur mauritanien installé au Sénégal nous a fourni l’essentiel de nos photos, nos structures en France ont pris sur elles les T-shirt et autres gadgets de campagne. Si l’on budgétisait tout ce qui a été produit en matériels et en activité, les déplacements, les réceptions des délégations, le transport des militants, on ne serait pas loin de trente millions d’ouguiyas environ. Ceci est une goutte d’eau par rapport à ce que mes concurrents ont dépensé.»


Son procès contre Taqadoumy

«Taqadoumy ne pouvait fournir aucune preuve, mais le mal est déjà fait et l’objectif de ceux qui voulaient me nuire est atteint. Pour le procès lui-même, il a révélé encore une fois la carence de notre système judicaire. On a laissé croire que nos lois ne prévoient pas de sanctions contre les délits par voie de presse électronique ; c’est une aberration ! En ce qui concerne la diffamation, la loi vise tous les moyens audiovisuels et l’Internet en est un. Plus est, j’ai été membre de la commission qui a préparé cette ordonnance pour le CMJD. Je n’ai pas souhaité ce qui est arrivé à Hanavy, je lui ai exprimé publiquement et devant le procureur ma sympathie, sachant qu’il n’est pas directement responsable. Devant le refus de la rédaction du site de s’excuser, lui-même ne voulant se désolidariser d’avec ses collègues, en bon capitaine de bateau, j’étais obligé de défendre ma dignité. Pour en revenir aux effets de cette campagne diffamatoire, il faut dire que l’objectif a bel et bien été atteint. Il y a eu une véritable défection parmi mes sympathisants qui avaient accrédité bêtement cette thèse.
Les partisans de Ould Abdel Aziz ont participé à cette campagne de désinformation, notamment au Fouta et au Guidimakha pour dissuader les électeurs de voter pour Ibrahima Moctar Sarr, affirmant que je suis avec eux et qu’ils m’ont bel et bien acheté. Pendant la deuxième campagne, cette intoxication a fait des ravages parmi mes électeurs et je n’étais même pas sur les lieux pour apporter un quelconque démenti .On n’est allé jusqu'à dire que j’ai désisté en faveur de Aziz ou de Messaoud.»


Gestion des affaires du pays

«Personne ne peut nous obliger à participer à la gestion du pouvoir si nous estimons que les conditions ne sont pas réunies. Notre objectif demeure la consolidation de notre parti pour préparer les élections législatives et municipales dont nous demandons la tenue le plus rapidement possible. Cela dit, le bureau politique sur recommandation du conseil national, au lendemain de la proclamation des résultats, avait décidé de répondre favorablement à toute invite des nouvelles autorités pour participer à la gestion concertée des affaires du pays en cette phase cruciale où la Mauritanie traverse une période difficile où elle a besoin du concours de tous ses fils. Nous n’avons jamais fait de l’entrisme au gouvernement un objectif à atteindre coûte que coûte, sinon, nous aurions pu aller avec Sidi Ould Cheikh Abdallah et Ould Waghef lorsque ces derniers nous avaient sollicités pour participer au gouvernement. Nous ne le ferons que sur la base d’une plate-forme qui déterminera le rôle que nous pouvons jouer dans la phase actuelle du développement du pays aux cotés du nouveau président de la république, j’ai eu de très nombreux entretiens avec lui et je crois qu’il a de sérieuses ambitions pour la Mauritanie et qu’il est prêt à relever beaucoup de défis. Nous sommes prêts à accompagner le président de la République jusque là où il peut s’arrêter par rapport à nos propres objectifs, je lui demande seulement de ne pas oublier la promesse qu’il avait faite à l’issu des États généraux de la démocratie (EGD) d’appliquer tous les points d’accord de ces journées.»

Les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM)

«Elles se trompent de combat, du moins certains de ses dirigeants. Ibrahima Mokhtar Sarr ne doit pas être leur programme politique même s’il partage avec eux le même programme politique. Nous sommes divergents sur les méthodes et les stratégies, ce n’est pas la fin du monde; cela n’exclut pas les critiques objectives mais il faut savoir raison garder. Chacun n’a qu’à faire ce qu’il peut de son coté pour arriver à la victoire finale. Je ne sais pas si j’aurai l’occasion d’écrire mes mémoires pour donner un aperçu sur notre itinéraire politique, mais le moment ne m’autorise pas à étaler sur la place publique des aspects de ce combat commun qui peuvent être exploités négativement contre l’objectif essentiel. L’AJD/MR en tant que parti n’a aucune relation avec les FLAM.»

Babacar Baye Ndiaye

lundi 28 septembre 2009

Communauté Urbaine de Nouakchott: Deux ans après son arrivée, peut-on parler de mission difficile pour Ahmed Hamza ?



C’est devenu presqu’un rituel. Depuis, son élection à la tête de la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN), il organise, tous les ans, au mois de septembre, une conférence de presse pour défendre son bilan. Entouré de son premier vice-président M. Abderrahmane Ould Mohamed (APP), de sa troisième vice-présidente Mme Hawa Adama Diallo (UFP) et de son conseiller juridique Dr El Ide Diarra, Ahmed Hamza, le maire des maires de Nouakchott, a fait le tour des problèmes de la ville de Nouakchott, des communes qui composent la CUN et mis les points sur les i en ce qui concerne la gestion du quotidien des nouakchottois.

Les idées ne lui ont jamais fait défaut. Les projets non plus. Le président de la CUN a toujours clamé sa détermination à en découdre avec la «pagaille monumentale» qui fait office dans la capitale. Hargneux et persévérant, il a toujours cru qu’il pouvait changer en un clin d’œil Nouakchott et ses habitants. Croyant bien faire, il trimait et descendait à des heures poussées. Même malade, il retroussait toujours ses manches. Il tournait dans tous les sens, allait par-ci, se rendait par-là pour donner des signaux forts de ce que sera son mandat tout en faisant preuve de courage et d’abnégation.
Il inaugurait ainsi une nouvelle forme de rapprochement avec ses citoyens. Dès le lendemain de sa prise de fonction, il prône une «gestion rigoureuse» des ressources de la CUN. En bon chef, il montre l’exemple tout en restant cassant. «L’électricité est coupée, je suis là, dans mon bureau, je transpire et je travaille comme un nègre de service», se glorifie-t-il.
Il ne tergiverse pas à critiquer ses collaborateurs pour leur manque de travail et de dynamisme. Il leur impose un rythme de travail et s’impose la transparence et l’honnêteté. «Je n’ai jamais donné à quelqu’un un marché, se défend-il. Et, je défends quiconque de me prouver le contraire. »
Ses prises de bec lui ont valu d’ailleurs d’être écarté dans le démolissement des «blocs manivelles» de la capitale. Aussi, depuis son arrivée, la CUN n’est plus un souk. L’ordre y règne. Il refuse de se plier comme un roseau. Lorsque par exemple la Banque Mondiale lui propose de procéder à un dégraissage de son personnel, il y opposa un niet catégorique en évoquant des raisons sociales montrant ainsi qu’on ne pouvait pas le défléchir.
Fidèle à son slogan de campagne pour les élections municipales et législatives de 2006 «Hamza pour tous», il surmonte les préjugés raciaux et promeut la politique du mérite au sein de la CUN. Son arrivée va sonner le glas du laisser-aller et du favoritisme. Il semble ne pas danser avec ses adversaires politiques ou de son propre camp sur le même son de cloche. Parfois même, il en a ras-le-bol. Mais, il assume car il a compris que gouverner est un métier ingrat notamment au pays de Moktar Ould Daddah. «Je plains ceux qui veulent gouverner la Mauritanie», déclare-t-il.
Une année. Deux ans. Bientôt trois ans…Les choses semblent ne pas évoluer d’un iota. Nouakchott n’a pas grandement changé. Aujourd’hui, sans regimber, il a compris qu’il lui était très difficile voire impossible de mettre fin à «40 ans de mauvaise gestion et de panne d’idées», comme il le fustige. «Je suis moi-même déçu et pour la ville de Nouakchott que j’aime beaucoup et pour moi-même», confesse-t-il au début de sa conférence de presse du 23 septembre dernier. «Je ne pensais pas que c’était aussi catastrophique que ça!», poursuit-il.
Plus qu’un aveu d’impuissance, ces propos de Ahmed Hamza dérobent une remise en cause d’une gestion antérieure de la Communauté Urbaine de Nouakchott.
«Quelque part, je n’avais pas compris le système de la ville de Nouakchott. Je pensais que c’était comme toutes les villes du monde où il y a le maire et les maires d’arrondissement. Il s’est avéré que je me suis trompé. Nouakchott est découpé autrement. Il y a neuf communes avec neuf maires et un budget autonome, une gestion autonome et un conseil municipal autonome», fait-il observer pour dégager toute sa responsabilité dans tout ce qui se passe dans les autres communes et rappeler par ailleurs qu’il est tout simplement le président de la CUN. «J’aurai souhaité être le maire de Nouakchott. Là, je réponds aux problèmes de tout Nouakchott. Malheureusement, je ne le suis pas. Et ça, il faut le comprendre. Je suis le président de la CUN. Allez savoir ce que c’est. Même moi, je ne sais pas encore. Tout me concerne et dans la pratique rien ne me concerne», explique-t-il.
Avec un budget de plus d’un milliard d’UM, c’est à peine que la CUN parvienne à financer ses projets de développement. Espace de solidarité et de coordination, la CUN permet aux communes membres d’élaborer et de conduire ensemble des projets de développement. Dans ce sens, Ahmed Hamza a révélé que son institution a pu négocier avec l’Agence Française de Développement un montant de deux millions d’euro versés à ces mêmes communes. Actuellement, la CUN est engagée avec l’appui de certains partenaires comme la Banque Mondiale, Ile de France, la ville de Lausanne, le Gret, l’Union Européenne, à construire des routes dans les 9 communes de Nouakchott, un marché de bétail, à procéder à l’éclairage solaire de certains quartiers de Nouakchott, à aménager des parking pour les transports urbains, à approvisionner en eau certains quartiers populaires de Nouakchott. «Il n’y a pas eu un sou de l’Etat», s’indigne-t-il.
Deux ans et demi après son arrivée à la CUN, Ahmed Hamza refuse qu’on parle de mission impossible pour lui. Il continue à afficher sa bonne détermination et à soutenir mordicus que son bilan est positif. «Les projets existent mais c’est les autorités qui ne suivent pas», se défend-il en exhibant des piles de dossiers où sont contenus ses innombrables projets pour la ville de Nouakchott tout en demandant plus de compétences dans l’exercice de ses fonctions. «Soit l’Etat nous les donne ou nous retire nos compétences», lance-t-il. Du Hamza pur jus !

Babacar Baye Ndiaye