mercredi 19 mai 2010

ESMT de Dakar : Un enseignant mauritanien licencié abusivement en appelle à l’aide des autorités

Jusqu’à novembre 2007, Mamadou Hamath Diop qui est de nationalité mauritanienne enseignait à la prestigieuse Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications (ESMT) de Dakar au Sénégal. Mais, tout se précipitera comme sur des roulettes, à partir de décembre 2007, lorsque le directeur de cet établissement, le nigérien Mohamed Saïbou le licencie de façon abusive, le mettant du coup à la retraite.

Ainsi, ce père de famille va se retrouver sans salaire. Selon Mamadou Hamath Diop, le directeur de cet établissement n’a pas respecté la législation sénégalaise qui porte l’âge de la retraite à 60 ans et son contrat qui le liait à son établissement et qui courrait jusqu’à la fin de cette année 2010.

Face à cette situation, Mamadou Hamath Diop avait saisi aussitôt le tribunal du travail de Dakar qui lui a donné raison en jugeant que la mise à la retraite alléguée par l’Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications (ESMT) de Dakar n’était qu’une façon affublée pour le congédier. A cet effet, le tribunal du Travail de Dakar va condamner l’ESMT à verser à Mamadou Hamath Diop la somme de 50 millions de francs CFA à titre de dommages et intérêts.

Aujourd’hui, cet enseignant d’origine mauritanienne court derrière ses indemnités et risque de ne pas les empêcher. Déjà, l’Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications (ESMT) de Dakar a interjeté appel.

Le gouvernement mauritanien est pour le moment aux abonnés absents. Avant d’enseigner à l’ESMT, Mamadou Hamath Diop était un fonctionnaire de l’Etat mauritanien. Pour pouvoir le recruter, le président du conseil d’administration d’alors de l’établissement avait dû solliciter son détachement auprès des autorités mauritaniennes qui avaient pris toutes les mesures nécessaires dans ce sens.

Cet excellent ingénieur des télécoms dont la qualification et l’expertise sont souvent sollicitées un peu partout à travers le monde compte sur le gouvernement mauritanien pour recouvrer ses droits bafoués par le directeur de l’ Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications (ESMT) de Dakar Mohamed Saïbou.

Babacar Baye NDIAYE

Gouvernance locale : La Mauritanie à l’heure des outils participatifs

La Communauté Urbaine de Nouakchott(CUN) a lancé, mardi matin, à Nouakchott, le projet de mise en place de Conseils de quartier auprès des communes et celui de la mise en place d’un Conseil Consultatif stratégique auprès de la Communauté Urbaine Nouakchott en marge d’un atelier de restitution des outils de la gouvernance locale.

L’objectif de ces projets est de proposer un mécanisme de gouvernance participative auprès des communes à travers des outils participatifs entre les populations locales et les élus. Selon les responsables du projet, il s’agit de sortir les communes de Nouakchott du formalisme institutionnel qui les lie aux citoyens en faisant de ces derniers les principaux acteurs de leurs communes.

En termes de résultats attendus, les conseils de quartier vont permettre de sensibiliser et d’impliquer par exemple les populations aux problèmes d’aménagement urbains et au développement durable, de lutter contre la pauvreté, d’améliorer les conditions de vie et d’habitat des populations locales.

Quant au Conseil Consultatif Stratégique, il va donner un cadre institutionnel à la politique de proximité de la Communauté Urbaine de Nouakchott(CUN). Il s’agit, dans ce cadre, de favoriser l’émergence des compétences locales et de renforcer les différentes structures intervenantes (Etat, Communes, Associations, Populations, Partenaires au développement).

L’étude de ces projets réalisés en partenariat avec le Centre Mauritanien d’Analyse de Politique (CMAP) comportera chacun deux phases. Afin de se prémunir des risques de cooptation, de favoritisme, la composition du conseil de quartier sera soumise aux fins de validation à l’approbation au conseil municipal à la majorité des 2/3. Cela va permettre d’éviter qu’il ne fasse l’objet d’une instrumentalisation par le maire.

Les conseils de quartier auprès des communes et le conseil consultatif stratégique auprès de la CUN répondent à un souci de transparence, de responsabilisation et d’interactivité. Il faut rappeler que ces outils participatifs ont accompagné la plupart des pays africains dans leurs politiques de définition d’une gouvernance démocratique locale. Pour les concepteurs de ces études, la Mauritanie va ainsi se mettre à l’heure des outils participatifs et compléter le chainon manquant dans sa politique de décentralisation.

Babacar Baye NDIAYE

Centre Culturel Français de Nouakchott : Deux employés se plaignent d’avoir été licenciés sans motif


Deux employés Daouda Watt et Sy El Hadj travaillant au CCF se plaignent d’avoir été licenciés sans motif. Les deux employés ont été engagés sur la base d’un contrat indéterminé pour assurer les services de sécurité du Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry de Nouakchott.

Le premier y a travaillé depuis trois ans et le second plus de 6 ans. Ils protestent contre ce licenciement qu’ils jugent abusif et portent leur cas devant le tribunal du Travail de Nouakchott dans le but d’obtenir des dommages et intérêts pour rupture arbitraire de contrat.
Ces employés affirment n’avoir commis aucune faute grave qui puisse causer leur renvoi. ils estiment ignorer jusque là le motif de leur licenciement. Leur employeur, le Centre Culturel Français, leur a annoncé, le 12 mai dernier, qu’il arrêtait, à leur grande surprise, son contrat avec eux, en leur remettant un préavis qui doit expirer le 12 juin prochain, date de la fin de leur contrat.

Pourquoi ont-ils été licenciés sans motif ? Est-ce qu’il est prévu, pour ces cas, des indemnités ? Qui va les remplacer ? Des questions restées sans réponses. Contacté à ce propos, le directeur du Centre Culturel Français, après l’introduction d’une demande d’entrevue avec lui, par l’intermédiaire de sa secrétaire, n’a pas voulu réagir arguant qu’il manquait de temps libre pour répondre à toutes ces questions.

Babacar Baye NDIAYE

Prison des femmes de Nouakchott : Certaines d’entre elles y sont parce qu’on les accuse d’avoir commis un crime d’adultère

En Mauritanie, comme un peu partout dans les pays islamiques, les rapports sexuels hors mariage sont considérés comme un crime. Les femmes victimes de viol, à la suite d’une grossesse, sont illico-presto accusées coupables de crime d’adultère. A la prison des femmes de Nouakchott, certaines d’entre elles y sont parce qu’on les accuse, après avoir été violées, d’avoir commis le « zinaa » qui est un acte puni par l’ordonnance 83-162 du 9 juillet 1983 portant institution d’un Code Pénal.

"J’aimerai bien qu’on visite la prison des femmes de Nouakchott pour voir l’ampleur du problème. La plupart d’entre elles ont été violées. Et, pourtant, ce sont elles qui se sont retrouvées en prison parce qu’on dit qu’elles ont commis le zinaa", déclare Lala Aicha Sy, présidente du Comité de Solidarité avec les Victimes de la Répression des Evènements de 1989 (CSVRE). "A chaque fois que le problème est posé au niveau de la justice, on dit que ce sont les parents qui ont failli à leur devoir", s’étonne-t-elle.

La plupart de ces femmes emprisonnées vont devenir, par la suite, des mères en prison. La loi prévoit une peine de flagellation de cent coups de fouet et un an d’emprisonnement. Aujourd’hui, de plus en plus, des associations de défense des droits de la femme, se mobilisent pour que le gouvernement prenne des dispositions allant dans le sens de la révision du Code Pénal et surtout de ne pas identifier les femmes victimes de viols coupables de crime d’adultère tout en dénonçant les abus de la police et de la justice.

"C’est un problème très grave et réel", indique Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF). Ceci est d’autant plus vrai que les cas de viols ne cessent de monter en flèche. Le travail des Ongs qui militent en faveur du respect de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes (CEDAW) et le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatifs aux droits des femmes en Afrique se limitent dans le cadre de la lutte de toutes les formes de discriminations et de violences à l’égard des femmes.

Comme pour accélérer le processus judicaire et la lutte contre l’impunité (les auteurs des viols ne sont pas souvent punis du fait de nombreux paramètres comme le trafic d’influence, les pressions et autres), les Ongs veulent exercer la pression sur les pouvoirs publics pour protéger les femmes victimes de viols qui finissent souvent par être condamnées pour crime d’adultère.

"Il y’a lieu, aujourd’hui, d’élaborer une stratégie commune pour lutter contre les violences à l’égard des femmes", préconise Aminétou Mint El Moctar. Combien sont-elles, actuellement, ces filles comme Aida, Marième, Maimouna, Amina ou Lalla qui ont en commun d’avoir été violées, qui ont connu le même sort que ces dernières ? Difficile de répondre à cette question tant il est difficile de le dire avec exactitude.

Aujourd’hui, les seuls chiffres qu’on peut disposer sont fournis par des organisations de défense des droits de l’Homme impliqués dans ce sens. Par exemple, l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et de l’Enfant (AMSME) a recensé, dans son rapport 2009, 205 cas de violences sexuelles à Nouakchott au niveau de son centre pour conseils et prise en charge des victimes de ces violences sexuelles. Dans son rapport, l’AMSME nous apprend que les types d’agressions vont du viol "simple" à la maltraitance en passant par les viols collectifs, viols suivi de grossesse, tentatives de viol, sodomie et exploitation/abus sexuels.

Quant à l’Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF), elle a enregistré, au cours de son exercice 2008/2009, plusieurs cas de violences faites aux femmes qui prennent de l’ampleur de jour en jour, suite à l’impunité qui régne dans le pays. A titre d’exemple, les violences conjugales caracolent en tête des statistiques. Ainsi, 1152 femmes ont été victimes de violences conjugales (coups et blessures, violences verbales, violences psychologiques et violences physiques).

Ces violences sont généralisées en ce qui suit : 35% à Nouakchott, Kaédi 20%, Sélibaby 10%, Nouadhibou 15%, Néma 5%, Zouerate 3%, Aleg 5%, Atar 2%, Aioun 1,5% particulièrement le village de Voulanya, Kiffa 2,5% et Akjoujt 1% et 0,09%.

Babacar Baye NDIAYE

dimanche 16 mai 2010

Enseignants francophones contractuels et retraités : Plaintes du retard dans le décaissement de leurs salaires


Les enseignants francophones contractuels et retraités de Mauritanie se plaignent de percevoir tardivement leurs salaires. Leur secrétaire général a indiqué que ce retard a des répercussions sur ses collègues qui sont à l’intérieur du pays. "Certains d’entre eux qui sont des jeunes n’ont comme moyen de subsistance que leurs salaires ainsi qu’une infime minorité de retraités qui, souvent, se débat dans les difficultés pour joindre les deux bouts à la fin du mois", a déclaré Mohameden El Moctar Ould Saleh, secrétaire général du Syndicat des Enseignants Contractuels et Retraités de Mauritanie.

Ce n’est pas la première fois que ce syndicat est très remonté contre les pouvoirs publics. A deux reprises, la dernière datant au mois de janvier dernier, les enseignants francophones contractuels et retraités de Mauritanie sont partis voir le Président de la République pour l’informer de leur situation et réclamer leurs salaires des mois d’octobre, de novembre et de décembre qu’ils percevront finalement au mois de janvier 2010.

Aujourd’hui, encore, ils subissent la même situation et continuent à réclamer leurs salaires des mois de janvier, de février et de Mars. Le syndicat des enseignants francophones contractuels et retraités de Mauritanie a porté la responsabilité de ce retard sur le dos du Ministère de l’Economie et des Finances qu’il accuse de traîner les pieds.

Ces enseignants sont actuellement au nombre de 258 répartis sur l’ensemble du territoire national. Et, nonobstant, la mise en place de commissions pour étudier les voies et moyens de mettre un terme au retard apporté dans le décaissement de leurs salaires, ils continuent à constater que leur problème ne s’est pas amélioré d’un iota.

"Nos salaires sont déjà à l’avance programmés. Il n’y a pas de raisons à ce qu’on ne soit pas payés à tant", a affirmé Mohameden El Moctar Ould Saleh qui n’a pas manqué de dénoncer le retard systématique dans le décaissement de leurs salaires.

Ce dernier a également exprimé sa surprise de voir leurs salaires, et ce depuis janvier 2010, prélevés. Dans ce sens, il a soutenu que, dans leurs prestations de services de contrat, il n’est pas prévu de prélever sur leurs salaires. "Non seulement, le ministère de l’économie et des finances tire les ficelles mais nous enlève aussi des prestations. Ce qui est contraire à l’article 10 de notre contrat", édifie-t-il.

Le corps des enseignants francophones contractuels et retraités de Mauritanie existe depuis 2004. Sur consultation du Ministère de l’Education Nationale avec celui de la Fonction Publique, il a été préconisé de recruter, sur la base de contrats, aussi bien les retraités qu’engager des maîtrisards. Ce recrutement répondait à un déficit d’enseignants dans les séries scientifiques.

Mohameden El Moctar Ould Saleh ne s’est pas empêché non plus de s’insurger contre les recrutements clandestins au niveau des directions régionales de l’Education Nationale, situation d’ailleurs confirmé par les inspections dudit ministère.

Le secrétaire général du syndicat des enseignants francophones contractuels et retraités de Mauritanie a enfin lancé un appel à l’endroit de ces collègues ayant déserté l’enseignement public de revenir à de meilleurs sentiments pour, dit-il, sauver le système éducatif mauritanien. "Car, de jour en jour, on va vers le déclin", a-t-il prédit, invitant au passage, les pouvoirs publics à éviter de prendre des risques, faisant allusion à la question de l’arabisation, lorsqu’il s’agit de notre éducation nationale.

Babacar Baye NDIAYE

samedi 15 mai 2010

Situation des filles domestiques : L’AFCF demande l’application de la loi sur les mineurs

La présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (Afcf) a exigé, au cours d’une conférence de presse organisée le 24 décembre, l’application de la loi sur les mineurs de 2005 mais aussi exprimé son inquiétude au sujet de la situation des filles domestiques mineures.

Cette conférence presse, dont l’objectif est de permettre au public et à la presse de connaître la problématique des filles domestiques mineures, vise à élucider les obstacles et les difficultés que rencontrent l’Afcf sur le terrain par rapport à ce projet lancé depuis août 2009.

"Nous avons d’énormes difficultés", a déclaré Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Afcf. "Il n’y a qu’un seul commissariat pour les mineurs dans tout Nouakchott", regrette-t-elle.

Aminétou Mint El Moctar, qui n’a pas manqué de souligner les difficultés de déplacement auxquelles elles sont confrontées, a déploré le fait que des commissaraits de la capitale ou de l’intérieur du pays qui ne sont pas du tout spécialisés dans la question des filles mineures, soient de cette question par des tierces personnes.

"Il y a des cas qui se retrouvent dans d’autres commissariats. Ces filles mineures sont traitées comme des adultes et souvent maltraitées", explique-t-elle. "Sans enquête et sans rien du tout, on envoie ces filles domestiques mineures directement en prison", ajoute-t-elle.

A en croire Aminétou Mint El Moctar, cette situation ne se fait pas sans complicité entre les employeurs et la police, hypothéquant du coup le sort de ces filles domestiques mineures.

"Je donne l’exemple Fatou Guèye qu’on a envoyé directement en prison sans faire aucune enquête", renseigne-t-elle. Comme Fatou Guèye, de nombreuses filles domestiques mineures sont aujourd’hui accusées, à tort ou à raison, de vols, en plus d’être des victimes de viols ou de maltraitances corporelles.

"C’est une situation que nous dénonçons", a affirmé Aminétou Mint El Moctar qui s’est également outrée de l’absence d’enquête honnête et de collaboration dans ce genre d’affaire où "on n’écoute que l’employeur", dit-t-elle. "Parfois même, on est chassé des commissariats pour ne pas assister la victime. On nous prive de faire correctement notre travail", a-t-elle complété.

Cette situation est aussi valable au niveau des tribunaux. "Là, c’est le grand problème. Le dossier est souvent classé sans suite", a rappelé Aminétou Mint El Moctar qui n’a pas manqué d’attaquer le comportement outrancier de certaines autorités judiciaires qui usent souvent, à l’en croire, de menaces verbales pour intimider la victime.

Une meilleure prise en charge de cette question supposerait, explique la présidente de l’Afcf, qu’un cadre juridique sur la situation des filles domestiques mineures soit élaboré le plus rapidement.

Autant le Ministère de la justice est concerné par cette question, autant l’est celui de l’Intérieur en ce qui concerne l’élaboration d’un code bonne conduite au sein de la police.

Pour Aminétou Mint El Moctar, la question des filles domestiques mineures doit être prise en considération par les pouvoirs publics comme l’est actuellement celle relative à la lutte contre la corruption et la gabegie. Elle a enfin suggéré, pour une bonne appréciation de cette question, l’élaboration d’un cadre juridique pour protéger les filles domestiques mineures dont certaines d’entres, durant leur incarcération, séjournent avec des personnes subversives.

Babacar Baye Ndiaye

Forum National de la Jeunesse : Les jeunes déçus par les conditions de déroulement des travaux

Comme toutes les jeunesses du monde entier, celle de la Mauritanie est très active, motivée et volontaire. Et, selon, les estimations de l’Office National des Statistiques(ONS), les jeunes constitueraient, en 2010, plus de 657.000 de la population mauritanienne. En marge du Forum National de la Jeunesse, du 27 au 28 décembre, au Palais des Congrès de Nouakchott, les jeunes ont exprimé leur mécontentement au sujet de leur marginalisation dans le processus de développement du pays mais également leur déception en ce qui concerne les conditions de déroulement des travaux dudit forum.

"Le Forum a été mal organisé. On nous a imposés un programme déjà ficelé. On ne peut pas coiffer quelqu’un à son absence", a déclaré Diakité Yacouba. Ce Forum, dont l’objectif était d’élaborer, en y impliquant les jeunes, une plateforme de concertation et un document de politique nationale en matière de jeunesse, a été beaucoup décrié notamment au niveau des débats.

"On nous a amenés des conférences et puis demandés d’intervenir. Au niveau des interventions, il y’avait du favoritisme. Ce forum était loin d’être la représentation de la Mauritanie. Je ne sais pas si c’est par clientélisme que certains participants étaient là. Tout le monde n’a pas été avisé", explique Diakité Yacouba.

Certains participants, comme Moussa Tawal Oumrou, ont mis en cause, quant à eux, le manque d’un certain nombre d’informations au sujet du déroulement des travaux du Forum qui a suscité beaucoup de tollés de déception.

"C’est un forum qui concerne en premier lieu les jeunes. Donc, la sensibilisation devait être plus grande de même que la mobilisation des leaderships. On s’est retrouvé face à certaines personnes qui ne sont pas vraiment aptes à exprimer les soucis et les espoirs des jeunes. On pensait qu’il y’aurait des débats sur les principaux thèmes proposés. Les conférenciers ont fait leurs conférences et ils sont rentrés chez eux sans attendre les remarques et les questions", a souligné Moussa Tawal Oumrou.

Cette situation, corolaire d’une mauvaise perception de la question jeunesse par les institutions étatiques, traduit aux yeux d’un bon nombre de jeunes un certain manque de confiance voire de considération notoire de la part des pouvoirs publics. Un état de fait qui a écœuré plus d’un participant. Du coup, les jeunes n’ont pas manqué de se ruer sur les brancards pour dénoncer leur faible implication dans la gestion des affaires publiques du pays et le processus de développement du pays.

"On donne un privilège qui n’est pas adéquat à certaines personnes inaptes à représenter les jeunes. C’est ce qui est mal. Ce Forum devait être une occasion pour nous de montrer aux autorités que les jeunes sont capables de participer à toutes les politiques et stratégies de développement", s’est indigné Moussa Tawal Oumrou.

Aujourd’hui, la jeunesse mauritanienne ne demande pas à l’Etat de lui arracher la lune et le soleil. Ce qu’elle demande, à juste titre, c’est d’être impliquée dans la mise en œuvre de certaines projets et ambitions du gouvernement tout en souhaitant que Mohamed Ould Abdel Aziz exprime sa bonne volonté à intégrer les jeunes dans le processus de développement du pays en réponse au thème du forum qui est la Jeunesse au service du développement.

La majorité de cette jeunesse-là avait voté, lors de l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, pour Mohamed Ould Abdel Aziz, actuel Président de la République, parce que convaincue de son programme électoral notamment en ce qui concerne la Culture, la Jeunesse et les Sports. Aujourd’hui, elle espère le retour de l’ascenseur de sa part.

"On a entendu pas mal de discours extraordinaires. Mais, on attend des résultats concrets. On ne veut pas que ce forum reste dans les clichés. Les maux de la jeunesse, les pouvoirs publics doivent les régler. On n’a pas besoin de n forums. On veut que nos problèmes trouvent des solutions le plus rapidement possible", a rappelé Diakité Yacouba.

Parmi ces problèmes qui préoccupent la jeunesse, il y a celui relatif à leur intégration dans le marché de l’emploi et du manque de formation professionnelle. Et, des jeunes, comme Aboubakry Lam, ont tout simplement demandé l’application de la Charte Africaine de la Jeunesse dont la Mauritanie est signataire.

Autre problème aussi, celui de la réintégration des jeunes mauritaniens travaillant à l’extérieur mais qui voudraient revenir et servir leur pays. Comme Ibrahima Idriss Wade, qui est venu de Dakar pour participer à ce Forum, ils sont des milliers de jeunes mauritaniens à se retrouver dans une telle situation. "Depuis ans, je suis revenu en Mauritanie, mais j’éprouve des difficultés d’intégration" , a-t-il confié tout en demandant à l’Etat de mettre en place des institutions fonctionnelles destinées uniquement aux jeunes afin de leur permettre de s’orienter, d’être des releveurs de défis par rapport aux bailleurs internationaux.

"Au lieu de voir ce que la jeunesse a besoin le plus, on nous nous impose des choix qui ne sont pas les nôtres. On prend des décisions sans la concertation des jeunes. Cela prouve que les jeunes ne sont pas respectés ni considérés", a fustigé Ba Bocar Abdoulaye.

Sur un autre registre, les uns et les autres n’ont pas de soulever le manqué d’équité et de clarté dans le déroulement des travaux du Forum National de la Jeunesse. Pour autant, ils attendent qu’il y ait une véritable politique d’orientation des jeunes vers les besoins de l’Etat en termes de lutte contre le chômage et la réduction de la pauvreté.

"L’Etat, au lieu d’aller engager des manœuvres étrangers, il pourrait penser à permettre un accès à certains jeunes à certaines formations pour qu’ils puissent eux-mêmes faire bénéficier le pays de leurs connaissances", a suggéré Moussa Tawal Oumrou qui a demandé aussi à ce que le cadre professionnel soit valorisé afin de contribuer efficacement au développement du pays, autrement dit valoriser les métiers.

Pour Mamoudou Guèye, quand on parle d’intégration des jeunes, il faut qu’elle passe d’abord et nécessairement par une politique volontariste et efficiente de la part des pouvoirs publics. "Nous ne manquons pas de ressources humaines. Ce qui nous manque, c’est d’être organisés. Et, cela doit venir de l’Etat", dit-il.

Cependant, les jeunes craignent que leurs suggestions qui seront confinées dans une feuille de route pour servir de base d’indication et de support en vue de l’élaboration d’une politique nationale de jeunesse ne dorment dans les tiroirs du Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Ce qu’ils craignent aussi, c’est le manque de suivi.

"Les bonnes initiatives doivent se faire dans les règles de l’art et aussi dans le bon sens avec une bonne intention. Il ne faut pas qu’on les utilise pour d’autres intérêts qui ne sont pas autres que ceux qui ont été conçus par la jeunesse", affirme Hama Ould Souvi. "Il est temps de finir et d’en abuser avec la jeunesse qu’on ne peut plus tromper", ajoute-t-il.

Avoir une jeunesse prometteuse, c’est aussi l’occuper, sans distinction de race. Et, pour Ba Aboubakry Mohamed, cela permettrait de résorber le taux de chômage qui est de l’ordre de plus de 30%. Cet objectif, limiter le chômage qui touche essentiellement les jeunes, est aujourd’hui l’une des priorités du gouvernement.

"Au lieu d’augmenter les salaires, nous demandons au Président de la République de voir d’abord le cas de ces milliers de jeunes chômeurs. Nous lui serons reconnaissants s’il ferait voter un budget spécial pour les besoins des jeunes en ce début d’année. Nous lui demandons d’offrir un cadeau de fin d’année à cette jeunesse mauritanienne tant négligée pour qu’elle puisse apporter sa contribution au développement du pays", a plaidé Moussa Tawal Oumrou.


Babacar Baye NDIAYE

Travaux du Forum National de la Jeunesse : Vers l’élaboration d’une plateforme de concertation et d’un document de politique nationale

Les travaux du Forum National de la Jeunesse sont ouverts, depuis hier matin, à Nouakchott, sous le haut patronage de Mohamed Ould Abdel Aziz, avec comme thème, la jeunesse au service du développement. Ces travaux, dont l’objectif est d’impliquer la jeunesse mauritanienne dans le processus de développement du pays, vont aboutir, entre autres, à l’instauration d’un Conseil National de la Jeunesse et la mise en place du Parlement de la Jeunesse mauritanienne.
Le secrétaire général de la Confédération des Ministres de la Jeunesse et des Sports des Etats et Gouvernements ayant la langue française en partage, Fall Youssouf, a assisté à l’ouverture des travaux du Forum National de la Jeunesse pour l’élaboration de la politique nationale de la jeunesse en Mauritanie.
A cet effet, il a indiqué que son institution œuvrera sans relâche pour venir en appui au gouvernement mauritanien dans sa recherche de solutions idoines aux problèmes des jeunes.

Des stratégies pour renforcer l’épanouissement des jeunes

Dans le même ordre d’idées, il a rappelé que la CONFEJES a réussi à mettre en place dans les pays membres de cette structure d’une plateforme de concertation où les jeunes sont accompagnés dans leur quête quotidienne et à les doter d’un document de politique nationale de jeunesse.
Parmi les objectifs de cette institution, il y a celle relative à l’appui et à l’organisation de concertations nationales ou internationales comme ces présents travaux et la disponibilisation d’experts de haut niveau aux Etats membres.
«Je souhaite, au cours de ces travaux, que toutes les réflexions convergent vers la mise en place d’un dispositif solide, opérationnel, efficace, actif, productif et bien structuré qui contribuera sans nul doute à renforcer l’épanouissement des jeunes de Mauritanie et a imaginé des programmes novateurs, réalistes, réalisables, des programmes qui, de par leur contenu et leur pertinence, susciteront une forte adhésion des jeunes eux-mêmes mais aussi de celle de l’Etat et des partenaires au développement », a déclaré Fall Youssouf.
Il en a, par ailleurs, profité pour révéler que son institution mettra à la disposition de notre Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, un expert en politique publique qui va accompagner ce département dans l’élaboration d’un document stratégique de jeunesse.
En outre, Fall Youssouf a salué le dynamisme de la Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports dans sa volonté de sortir la jeunesse mauritanienne de sa léthargie.
Il n’a pas manqué non plus de saluer les efforts des pouvoirs publics mauritaniens dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques de jeunesse. «Seules les sociétés qui tiendront compte des besoins et aspirations des jeunes et qui impliqueront ces derniers dans les programmes qui les concernent seront celles qui, demain, réussiront les changements stratégiques souhaités porteurs de cohésion sociale et de développement économique », a-t-il conclu.

L’implication des jeunes dans la mise en œuvre d’un tel programme

Quant à Yane Kane, la représentante du FNUAP, qui a d’emblée, dans son discours, salué l’adoption tout dernièrement par le gouvernement de la charte de la jeunesse, elle s’est appesanti sur le rôle moteur de la jeunesse mauritanienne dans la société. Cette réalité, corroborée par des statistiques de l’Office National des Statistiques (ONS) qui estime qu’en 2010 le nombre de jeunes serait de 657.000, doit pousser le gouvernement à adopter des politiques de développement de jeunesse dans les domaines de la Santé, de l’Education, de la Formation, de l’Emploi, de la Culture et des Sports.
Elle espère dans ce sens qu’une stratégie claire assortie d’un plan d’action réaliste dont les jeunes devront être les principaux partenaires de mise en œuvre sera élaborée par le gouvernement Mauritanie. Elle a aussi suggéré que ce plan d’action tienne en compte des besoins spécifiques des jeunes filles.
Lui emboîtant le pas, le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf a déclaré que son gouvernement est plus que jamais conscient des problèmes de développement que rencontre notre pays en termes de politique de jeunesse.
A cet effet, il a rappelé que son gouvernement, conformément aux orientations du Président de la République, mettra en œuvre une politique nationale de développement qui tiendra compte des spécificités de la jeunesse. A cet égard, il a indiqué que la participation de tous est essentielle pour l’aboutissement d’une telle stratégie.

Babacar Baye NDIAYE

vendredi 14 mai 2010

Institut des Langues Nationales : Ibrahima Moctar Sarr regrette que les mauritaniens méconnaissent l’œuvre qui a été faite

Aujourd’hui, nombreux sont les mauritaniens qui méconnaissent l’œuvre qui a été réalisée par l’Institut des Langues Nationales (ILN) de Nouakchott, créé à l’époque, sous le régime de Mohamed Khouna Ould Haidallah pour expérimenter et préparer l’introduction du Poular, du Soninké et du Wolof dans le système éducatif dans un délai de 6 ans. Certaines personnes d’entre elles partent jusqu’à s’interroger sur les accomplissements de cet institut fermé
par Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya.

Face à une telle situation, Ibrahima Moctar Sarr a tout simplement proposé, au cours d’un débat sur la problématique des langues nationales organisé ce 12 mai par le REMEDE, à ce qu’on fasse l’inventaire du travail de l’Institut des Langues Nationales pour éclairer l’opinion publique, tout en demandant sa réouverture afin de poursuivre l’expérience de 1979, date à laquelle cet institut a été créé par décret n° 79.348/PG/MEFS.

Pour le numéro de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR), l’ignorance du travail de l’Institut des Langues Nationales trouve son explication dans l’"incompréhension" et la "mauvaise information" que les mauritaniens ont de cet institut, regrettant au passage l’absence de vulgarisation et de diffusion de ce qui a été fait dans le développement de nos langues nationales. Ce qui dénote, à ses yeux, d’un mépris du travail linguistique abattu par l’Institut des Langues Nationales.

"Nous, à l’AJD/MR, nous ne trompons pas. Dès le départ, nous avons dit que c’est le problème de l’identité de la Mauritanie qu’il fallait d’abord définir. Tant qu’on ne l’a pas fait, on ne fera que patauger et revenir en arrière. Il faut qu’on sache qu’elle est l’identité de la Mauritanie. Dès l’instant que c’est élucidé et que chacun connait sa place, le reste devient une simple application", a-t-il expliqué.

La question linguistique a mené, à plusieurs reprises, le numéro 1 de l’AJD/MR en prison. Aujourd’hui, il existe des ouvrages attestant que des mauritaniens comme Mourtoudo Diop, Saidou Kane, Oumar, Ibrahima Moctar Sarr ont étudié, pratiqué et développé leurs langues avant que l’Etat ne s’y mette.

"Il y’a 37 ans, [mes compagnons] et moi avions été arrêtés à Nouakchott, en pleine nuit parce que nous étions en train d’étudier notre langue. Nous avons été conduits au commissariat et envoyés à la prison de Beyla. Nous avons été jugés. Par la suite, on a déclaré le non-lieu", rappelle Ibrahima Moctar Sarr comme pour dire que la question du développement des langues nationales ne lui est pas étrangère.

Pour Ibrahima Moctar Sarr, nier le travail de l’Institut des Langues Nationales attesté pa r l’UNESCO, c’est mépriser ceux qui ont participé à sa création en 1979. "Quand nous parlons de développement des langues nationales, ce n’est pas seulement pour chanter en Poular, Wolof ou Soninké, faire de la poésie ou danser. Quand, nous parlons de développement des langues nationales, c’est pour un problème de développement", a précisé Ibrahima Moctar Sarr soulignant au passage qu’on ne peut pas se développer en dehors de sa culture.

Aussi, il a regretté qu’une infime partie de la population soit, la seule, détentrice du savoir, de la connaissance et de l’information au détriment de la majorité rappelant, à titre d’exemple, qu’"il n’y a pas de rupture entre le président chinois et le plus humble des chinois". "Si, on avait poursuivi l’expérience de 1979, on aurait eu, aujourd’hui, des surprises", ajoute-t-il.
Ibrahima Moctar Sarr fait partie aujourd’hui de ceux qui proposent l’adoption d’un multilinguisme stratégique qui exploiterait toutes les ressources linguistiques de la Mauritanie mais aussi l’instauration d’un débat sérieux et ouvert autour de la problématique des langues nationales.

"Depuis presque 40 ans, je suis dans ce chantier. Depuis presque 40 ans, je suis dans cette lutte. Aujourd’hui, encore, on me repose ce même problème que je pensais être dépassé. Alors, cela veut dire que dans 40 ans, si je suis en vie encore, je vais reprendre le même débat. Je ne le souhaite pas", a conclu le leader de l’AJD/MR.

Babacar Baye NDIAYE

Situation des rapatriés : Le FONADH donne l’alerte sur leurs conditions de vie !

La crise politique et ses rebondissements ininterrompus et périlleux, continuent, depuis des mois, d’occuper le devant de la scène, ralentissant considérablement l’exécution de plusieurs actions gouvernementales prioritaires dont celle de mettre fin au long calvaire des réfugiés revenus au bercail. Des Ongs défenseurs des Droits de l’Homme, fortement mobilisées pour un retour digne et une insertion définitive et parfaite des rapatriés, dans le tissu social et économique, se disent aujourd’hui, préoccupées par leur statu quo.
Onze Ong, toutes rassemblées au sein du FONADH ont récemment donné l’alerte sur la situation des rapatriés mauritaniens du Sénégal et du Mali, indiquant que ces victimes des douloureux évènements de 1989- 1991 et anciens réfugiés vivent des conditions intenables, auxquelles, il urge de mettre fin dans les plus brefs délais.
Le regroupement des associations des Droits de l’homme en Mauritanie précise que la plupart de ces rapatriés "éleveurs et agriculteurs de vocation sont installés dans des sites dans les zones d’accueil, avec un minimum pour la survie", ajoutant que "les activités productives, d’insertion durable tardent encore à y prendre forme, par manque de ressources et, surtout, en raison du non règlement des nombreux litiges fonciers".
Le FONADH souligne également que d’autres victimes des évènements de 1989-1991, anciens fonctionnaires et agents de l’Etat "avaient espéré voir la fin du calvaire qu’ils supportent depuis 21 ans, avec l’organisation du recensement en janvier 2010", rappelant que cette opération avait connu une grande mobilisation des organisations de la société civile, ainsi que des services compétents de l’Etat, mais "comme un feu de paille, elle ne semble pas poursuivre l’objectif qui lui était assigné, à savoir procéder au règlement des situations administratives de ces victimes d’une injustice inqualifiable depuis plus de deux décennies".
Le FONADH se dit étonné du fait que la Commission Nationale, créée par décision du Conseil des Ministres, pour superviser le dit recensement et proposer des solutions de règlement définitif, n’ait pas encore tenu "une seule réunion depuis janvier".
Devant un dossier aussi épineux que celui des déportés mauritaniens qui portent sur des populations estimées à plusieurs milliers d’individus, dont des vieux, des jeunes, des femmes et des enfants, il est réellement "criminel", de ne pas travailler en continu pour assurer une insertion morale et matérielle maximale, capable de venir à bout des lourdes et pénibles séquelles de la déportation et des ses corollaires.
Evoquant le cas du recrutement des enseignants, parmi les victimes et leur affectation dans différentes écoles à l’intérieur du pays, le FONADH indique qu’il avait conforté l’espoir d’un règlement rapide de la situation des autres personnes, mais que "malheureusement, l’opération en faveur des enseignants semble répondre plus à un souci de comblement d’un déficit qu’à une réparation d’une injustice".

Le FONADH a aussi fait remarquer que si la volonté politique de règlement de cette épineuse et douloureuse question est réelle, elle restera sans efficacité aucune, si elle n’est pas suivie d’actions concrètes sur le terrain de la réalité, demandant aux autorités supérieures du pays, de prendre "des dispositions pratiques rapides pour le règlement de la situation des anciens fonctionnaires".
Le FONADH a déclaré qu’outre les travailleurs des établissements publics, d’autres victimes attendent toujours réparation, dont les employés des secteurs privé et informel, ainsi que tous les éleveurs et paysans qui s’impatientent de retrouver les troupeaux et les champs.
Demandant enfin, "la convocation dans les meilleurs délais de la Commission Nationale en charge du dossier afin de statuer sur la situation des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des événements 1989- 1991", le FONADH met en garde contre la politisation de cet épineux dossier, précisant que "la question est à la fois très sérieuse et douloureuse pour être traitée comme une opération tapageuse de type politicien".

Babacar Baye NDIAYE

Réintégration des fonctionnaires et agents de l’Etat : Le REVE 89/91 exprime son inquiétude sur la lenteur de son exécution

Dans une déclaration rendue publique, lundi 3 mai, à l’issue d’une conférence de presse tenue au siège du FONADH, le Regroupement des Victimes des Evènements de 89/91 a exprimé son inquiétude sur le retard apporté dans le traitement de la réintégration des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 89/91 et leur rétablissement dans leurs droits.
"Si réellement une volonté politique de tourner définitivement cette page sombre de notre histoire existe au plus haut niveau, son exécution demeure inquiétante", a indiqué le Bureau Exécutif du "REVE 89/91".

On se souvient que dans le cadre de la réintégration des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 89/91, une commission nationale avait été mise en place de même qu’un recensement des fonctionnaires et agents de l’Etat effectué sauf sur ceux des sociétés d’Etat ainsi que ceux du secteur public et informel.

A cet effet, le gouvernement mauritanien avait décidé "la réintégration immédiate de 144 enseignants et personnels d’appui" négro-mauritaniens, selon un communiqué du Conseil des ministres tenu le 15 octobre 2009. Cette mesure avait été saluée par la plupart des organisations de défense des droits de l’Homme nées à la suite des évènements de 89/91 dont le "REVE 89/91".

Aujourd’hui, le Regroupement des Victimes des Evènements de 89/91 semble avoir perdu tout son enthousiasme. Cette organisation regrette qu’aucune réunion n’ait pu avoir lieu après le recensement effectué par le Ministère de la Fonction Publique. "Les enseignants réintégrés demeurent dans une situation confuse", a révélé le "REVE 89/91" qui ne s’est pas empêché de tirer la sonnette d’alarme sur le sort réservé à l’exécution du dossier de la réinsertion des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 1989/1991.

Le bureau exécutif du "REVE 89/91" a indiqué que la décision du gouvernement mauritanien de réintégrer des fonctionnaires et agents de l’Etat doit s’étendre à toutes les victimes des évènements de 89/91. Il s’agit des travailleurs du secteur public, parapublic, privé, les agriculteurs, les éleveurs et ceux du secteur informel. "C’est là que la réconciliation nationale aurait un sens", note le "REVE 89/91".

Le blocage ou plutôt la lenteur constatée dans le traitement de la réintégration des fonctionnaires et agents de l’Etat victimes des évènements de 89/91 a, en conséquence, poussé le "REVE 89/91" à demander la convocation rapide de la commission nationale de recensement afin que des propositions de règlement soient formulées y compris également le recensement des travailleurs des Sociétés d'Etat et Privées dans les meilleurs délais.

Ceci est d’autant plus pressant que les pouvoirs publics avaient promis de "régulariser la situation administrative des personnels concernés, à travers la réalisation d’un recensement exhaustif avant la fin de l’année en cours" selon un communiqué du Conseil des ministres tenu le 15 octobre 2009.

Les fonctionnaires victimes des exactions d’avril 89 semblent avoir trop ruminé leur patience. Alors que dans un discours prononcé à cette occasion, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, meneur du putsch du 6 août 2008, puis élu président de la République en juillet, s’était engagé à trouver une "solution juste" au problème des personnes victimes de ces évènements.

Babacar Baye NDIAYE

jeudi 13 mai 2010

Université de Nouakchott : Des étudiants réclament la démission de la Ministre de la Culture et du Premier ministre

Certains étudiants de l’Université de Nouakchott sont très remontés contre la Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports Cissé Mint Cheikh Ould Boide. Ils accusent cette dernière d’avoir tenu des propos malveillants et discriminatoires sur les autres langues du pays. Ce mépris n’a pas manqué de provoquer chez les étudiants des tollés d’indignation.

Et pour se faire entendre, ils sont descendus dans la rue pour exprimer leur mécontentement et leur désapprobation. Mais, très vite, leur accès de colère a été étouffé par les forces de sécurité. D’ailleurs, celles-ci stationnées devant l’Université de Nouakchott, ont usé de grenades lacrymogènes. Certains d’entre eux se sont retrouvés avec des blessures. Cette manifestation s’est soldée par l’arrestation de cinq étudiants dont le secrétaire général du Syndicat National des Etudiants de Mauritanie (SNEM) Yacouba Diakité.

Après les propos du Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf à propos de l’arabité de la Mauritanie qu’ils ont trouvé très frustrants d’ailleurs et tout récemment ceux de la Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, ces étudiants sont entrés dans la danse pour dénoncer pour dénoncer cette forme de discrimination qui ne dit pas son nom dans le cadre de la promotion de la langue arabe.

"Nous sommes là pour manifester notre mécontentement. Nous sommes là pour refuser notre exclusion du pays. Nous sommes là contre le fait de vouloir imposer coûte que coûte la langue arabe à tous les mauritaniens", déclare l’un d’entre eux.

"Si la Ministre de la Culture affirme que les langues nationales et la langue française constituent de véritables obstacles pour la langue arabe, cela veut dire qu’elle manque de considération pour les autres communautés, que nos cultures ne méritent pas qu’on les promeuve, que cela signifie qu’elle les nie", tempête un autre.

Du coup, ces étudiants ont appelé Cissé Mint Cheikh Ould Boide à démissionner de son poste de ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports ainsi que le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. Sinon, ils ne vont pas reprendre les cours.

Les propos de la Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports font suite à ceux de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf qui avait profité des manifestations marquant la journée de la langue arabe pour affirmer la volonté de son gouvernement de s’engager dans la promotion de la langue arabe en Mauritanie.

"Notre souveraineté et notre identité resteraient incomplètes si la langue arabe n'occupe pas la place qui lui revient et devienne une langue d'échanges et un vecteur de science comme elle l'a toujours été à travers les âges", avait-il déclaré.

A cette même occasion, le chef du gouvernement avait lancé un appel aux oulémas, chercheurs, leaders d'opinion, journalistes, travailleurs de l'administration pour "œuvrer à ancrer l'usage de la langue arabe dans leur pratique quotidienne".

Depuis, la question de la promotion de langue arabe au détriment des autres langues du pays suscite de plus en plus un vif débat chez les mauritaniens.

Babacar Baye NDIAYE

Seleka Mint Raabane à propos de son premier mari : "Je suis fatiguée et je n’en peux plus de supporter ses harcèlements"

Seleka Mint Raabane, née en 1983 dans la localité de Barkéol et vivant actuellement à Nouakchott, déclare être victime en permanence d’harcèlements et de menaces de la part de son premier mari Mohamed Lemine Ould Boukhreiss avec qui elle a eu quatre enfants. "Je suis fatiguée et je n’en peux plus de supporter ses harcèlements", confie-t-elle.

Un jour, alors qu’elle était hospitalisée à cause d’une menace d’avortement, son mari la divorce. "Après, il n’a jamais donné signe de vie ni s’est occupé de ses enfants. J’ai les papiers et des témoins qui peuvent attester de notre divorce", raconte Seleka Mint Raabane qui s’est remariée entre temps à un certain Jemal.

De ce dernier, elle aura une fille. Actuellement, elle est en état de grossesse de trois mois. C’est d’ailleurs ce mariage qui sera à l’origine de la plainte déposée par son premier mari Mohamed Lemine Ould Boukhreiss contre elle chez le cadi d’Arafat qui a argué que son deuxième mariage serait illégal. Et selon Seleka Mint Raabane, le cadi d’Arafat aurait prononcé son divorce avec Jemal qu’elle continue à aimer tout en soutenant que Mohamed Lemine Ould Boukhreiss a toujours droit sur elle.

Saisie de cette affaire, la présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (Afcf), Aminétou Mint El Moctar a dénoncé l’attitude du cadi d’Arafat. "Je ne sais pas sur quelle base s’est-il appuyé pour prononcer ce divorce", s’interroge-t-elle. "Elle ne travaille pas. En plus de cela, elle est en état de grossesse. De quoi va-t-elle se nourrir si on la divorce ?", déclare-t-elle promettant de porter cette affaire au niveau du tribunal de Nouakchott.

Babacar Baye NDIAYE

Cliniques juridiques : La Mauritanie emboîte le pas à certains pays de la sous-région


Le constat est là : les populations les plus défavorisées n’ont pas souvent accès à la justice. Et pour apporter leur contribution à la consolidation de l’Etat de droit, le Groupe d’Etudes et de Recherches sur la Démocratie et le Développement Economique et Social (GERDDES/Mauritanie), le Comité de Solidarité des Victimes des Violations de Droits Humains (CSVVDH) et la Ligue Mauritanienne d’Hygiène Mentale (LMHM) ont décidé de mettre en place des cliniques juridiques mobiles et fixes.

La création du projet lancé ce mardi 16 mars à Nouakchott est motivée, selon les initiateurs, par le souci d’aider les populations défavorisées d’une part et d’autre part de soutenir l’action des autorités judiciaires. Ainsi, la Mauritanie emboîte le pas à certains pays de l’Afrique de l’ouest comme le Mali, le Niger ou le Burkina Faso.

Pour rappel, les cliniques juridiques sont des relais d’information et de sensibilisation à travers des activités de vulgarisation du droit (Code Pénal, Code du Statut Personnel…) auprès des communautés ciblées. Autrement dit, ce sont des sortes de centres d’écoute, de conseil, d’orientation, de médiation et d’assistance des justiciables.

Le projet "Accès des populations défavorisées de Sebkha, El Mina et Riadh de Nouakchott à la justice et au droit avec l’aide des cliniques juridiques" est financé par le Programme d’Appui à la Société Civile(PASOC) pour une durée de douze mois.

Ce projet pilote a pour objectif de former des jeunes (stagiaires et étudiants) et des personnes ressources à la vulgarisation du droit et l’accès des populations défavorisées à la justice et au droit, informer les populations sur les instruments et mécanismes les protégeant notamment l’enclenchement de procédures et leurs droits et enfin offrir aux habitants des zones ciblées un accompagnement par le conseil, la médiation, l’orientation dans les démarches de nature juridiques, administratives et procédurales.

"La justice n’est pas seulement faite pour les riches", a déclaré Me Maroufa Diabira, président du GERDDES. On se rappelle, sous les magistères de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, la Mauritanie avait connu de graves dysfonctionnements et violations du droit et de la justice.

Du coup, l’institution judiciaire avait perdu toute crédibilité aux yeux des populations mauritaniennes du fait de sa partialité et de sa vulnérabilité parce que soumise aux pressions de toutes (administrations, politique et argent).
Ce projet ne manquera pas certainement de susciter un réconfort moral chez les populations défavorisées de Sebkha, d’El Mina et de Riadh.

Babacar Baye NDIAYE

Lutte contre les discriminations : Des femmes syndicalistes appellent le gouvernement à redoubler d’efforts

Dimanche après midi, la coordination des femmes syndicalistes de la CGTM, la CNTM, l’UTM et la CLTM a organisé, à l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott, la journée internationale de la femme sous le thème "syndicalisation des jeunes pour assurer une meilleure relève".

Dans une allocution présentée à l’occasion, Mahjoub Mint Saleck, membre du comité mondial des femmes de la Confédération Syndicale Internationale (CSI), a appelé les pouvoirs publics à redoubler d’efforts par rapport à l’intégration des questions relatives à l’égalité des sexes, l’accès des femmes à l’emploi et aux centres de décision, l’insertion des femmes handicapées, la lutte contre la violence à l’égard des femmes, la promotion de l’arsenal juridique ayant pour vocation la sécurité et de la protection sociale de la femme, l’amélioration des conditions de vie et de travail des femmes, la ratification et l’application des Conventions de l’Organisation Internationale du Travail relatives aux femmes et l’accès au crédit et au foncier pour les femmes.

La coordination des femmes syndicalistes de la CGTM, la CNTM, l’UTM et la CLTM n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour rappeler au gouvernement aussi la non implication des femmes syndicales par le département en charge de la question genre au niveau du Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF) dans la définition des politiques d’intégration de genre, le manque de dispositions juridiques en matière de travail domestique, les problèmes de restructuration des femmes travaillant dans le secteur informel et la liberté syndicale.

Les débats, qui ont été animés par des femmes, ont tourné autour de la syndicalisation des jeunes, de la protection de la femme au milieu du travail et de la santé de la femme. Il faut souligner enfin la présence des femmes ressortissantes du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso, de la Gambie et des deux Guinées qui ont honoré de leur présence la fête du 8 mars 2010.

Babacar Baye NDIAYE

Promotion de la langue arabe : La Coordination des associations des langues nationales craint qu’elle ne prenne une tournure nationaliste

Les tollés d’indignation, à la suite des propos du Premier ministre et de la Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, s’accentuent davantage. Dans cette vague de contestation, il y a celle de la Coordination des associations des langues nationales (Pulaar, Soninké et Wolof) qui s’est élevé contre la volonté des pouvoirs publics d’arabiser l’administration.

Cette coordination qui regroupe l’Association pour la Renaissance du Pulaar en République Islamique de Mauritanie, l’Association Mauritanienne pour la Promotion de la Langue et de la Culture Soninké et l’Association pour la Promotion de la Langue Wolof en République Islamique de Mauritanie est montée au créneau pour dénoncer cette "campagne d’agitation" autour de la promotion de la langue arabe.

Pour cette coordination, les propos du Premier ministre et de la Ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports sont en contradiction avec les dispositions de la Constitution qui dispose que l’Arabe, le Pulaar, le Soninké et le Wolof sont des langues nationales.

Cette coordination s’étonne que Moulaye Ould Mohamed Laghdaf prétende réduire l’identité nationale mauritanienne à sa seule dimension arabe et islamique. "Ce discours officiel teinté de chauvinisme et d’exclusion vient comme pour réveiller les vieux démons a surpris et indigné une large frange de l’opinion tant au sein des communautés négro – mauritaniennes qu’arabes", a-t-elle mis en garde.

Cette coordination voit à travers les propos du Premier ministre une volonté manifeste d’exclure et d’éliminer les négro-mauritaniens de certains démembrements de l’Etat comme l’administration, la justice, les forces armées et de sécurité.

Cette coordination a toutefois rappelé qu’elle n’est pas opposée à la langue arabe mais s’oppose à ceux qui derrière le paravent de l’arabe œuvrent pour en réalité à l’exclusion et à l’élimination systématique des négros – mauritaniens de l’appareil de l’Etat : administration, justice, forces armées et de sécurité :

Après avoir condamné cette attitude qu’elle a qualifiée de provocatrice et exclusive, la Coordination des associations des langues nationales a exigé des pouvoirs publics le respect de la diversité culturelle et la réouverture de l’Institut des Langues Nationales fermé depuis 1999, la reprise de l’enseignement de nos langues et leur réintroduction dans le système éducatif et l’ouverture des médias publics aux communautés négro – africaines.

Babacar Baye NDIAYE

MAMADOU SARR, secrétaire exécutif du FONADH à propos des réfugiés au Mali:

"S’il y a retard dans leur retour, c’est essentiellement au niveau du gouvernement mauritanien qui doit prendre des mesures diligentes"

Deux ans après le début des opérations de rapatriement des réfugiés mauritaniens vivant au Sénégal, celles concernant les réfugiés au Mali tardent à être démarrées. Du coup, on s’interroge déjà si leur retour aura lieu ou pas. Parce que, jusqu'à présent, le gouvernement mauritanien n’a pas encore engagé des démarches diplomatiques visant à entamer le processus de rapatriement des réfugiés mauritaniens établis sur le territoire malien. Et aux yeux de Mamadou Sarr qui est le secrétaire exécutif du FONADH, l’Etat mauritanien doit prendre des mesures diligentes afin que nos compatriotes qui sont au Mali puissent rentrer et retrouver leurs droits dans le cadre d’un retour organisé.

Le Rénovateur Quotidien : Les opérations de rapatriement des réfugiés du Mali ne sont pas encore à l’ordre du jour. Qu’est-ce qui explique cette lenteur ?

Mamadou Sarr : Effectivement, au sujet des réfugiés qui sont restés au Mali, rien encore n’a été décidé. Il y a eu déjà un recensement qui a été fait. Mais, tant qu’il n’y a pas un accord triparti entre la Mauritanie, le Mali et le HCR, ces compatriotes ne peuvent pas revenir dans leur pays. Toutefois, nous continuons à poser le problème pour que, réellement, le traitement qui a été donné aux réfugiés qui étaient au Sénégal, le soit avec ceux qui sont au Mali. C’est regrettable de constater que jusqu’à présent, rien n’a été fait par rapport à leur retour. Les réfugiés qui sont au Mali sont au nombre 15.000 et beaucoup d’entre eux veulent rentrer.

Le Rénovateur Quotidien : A quel niveau, la situation traine-t-elle ? Au niveau du gouvernement mauritanien ? Du HCR ? Ou du gouvernement malien ?

Mamadou Sarr : Elle traine au niveau du gouvernement mauritanien. Dans ce genre de problèmes, c’est le gouvernement mauritanien qui devrait mener les démarches nécessaires. Le HCR, c’est une institution des Nations Unies qui ne peut rien décider par rapport à cette question.

C’est le gouvernement, comme il l’a fait au niveau du Sénégal, qui devrait inciter à trouver une solution dans la mesure où toutes les autorités reconnaissent que ce problème a existé, que la déportation en 1989 a bien eu lieu dans des conditions que tout le monde connait. Aujourd’hui, le premier pas qui a été fait au niveau du Sénégal devrait l’être au niveau du Mali. S’il y a retard dans leur retour, c’est essentiellement au niveau du gouvernement mauritanien qui doit prendre des mesures diligentes afin que nos compatriotes au Mali puissent retrouver leurs droits dans le cadre d’un retour organisé.

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on comprendre par là que le régime de Mohamed Ould Mohamed Ould Abdel Aziz est moins engagé que celui de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi par rapport à cette question ?

Mamadou Sarr : Ce qu’il faut comprendre, c’est que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a fait un grand pas en reconnaissant, de manière officielle, ce qui s’est passé durant les années de braise.

Il faut reconnaitre cela et qu’en plus, il y a eu un processus qui a été commencé avec lui en 2008 pendant qu’il était Président de la République. Il a lancé le premier jalon. Mais en outre, il faut reconnaitre qu’avec l’arrivée de Mohamed Ould Abdel Aziz, les choses ont continué.

A ce niveau, je pense que chacun a joué son rôle par rapport à cette question. Si après le coup d’Etat du 6 août 2008, il y avait eu arrêt du processus, c’est ce qui allait être dommageable Aujourd’hui, 19.000 de nos compatriotes qui étaient au Sénégal sont rentrés. On peut dire qu’il y a eu un effort par rapport à cela. Même s’il y a des insuffisances, on peut dire que le processus de retour, une fois amorcé, a continué.

Le Rénovateur Quotidien : Depuis le 31 décembre 2009, les opérations de rapatriement assisté du HCR ont pris fin. Le fait que cette institution se retire vous rassure-t-il par rapport aux opérations de rapatriement dont le chapitre semble clos ?

Mamadou Sarr : Non, le chapitre n’est pas clos ! Au niveau du HCR, il y a un processus. Le premier processus, c’était un processus assisté. Ce processus n’est pas définitivement arrêté. Seulement, il fallait que la commission tripartite se réunisse pour voir et éventuellement analyser la situation. Mais, à ce niveau, jusqu’à présent, la commission ne s’est pas encore réunie. Donc, le processus en tant que tel n’est pas arrêté.

Il est arrêté par rapport à la première approche. Nous pensons que, dans les meilleurs délais, la commission tripartite va se réunir. Et d’autres processus vont être enclenchés. Tant que cette commission ne s’est pas encore réunie, on ne peut pas enclencher un autre processus. Aujourd’hui, ce qui est sûr, c’est qu’il y a une forte demande de la part de ceux qui sont restés au Sénégal notamment dans les grandes villes. On dénombre parmi eux des fonctionnaires qui veulent rentrer.

Le Rénovateur Quotidien : Au sujet de l’intégration effective de tous les fonctionnaires et agents de l’Etat qui ont été illégalement radiés de la fonction publique, la manière dont elle est gérée par le pouvoir en place, vous semble-t-elle répondre à vos préoccupations et celles des victimes ?

Mamadou Sarr : L’approche qui a été utilisée pour les fonctionnaires de l’Etat me parait bonne. On peut dire que c’est une commission dirigée par le directeur de la fonction publique qui a été désignée au niveau du Conseil des ministres pour essayer de piloter ce dossier. La manière dont les recensements ont été menés nous satisfait dans la mesure où on a essayé de faire des recensements aussi bien au niveau des agents et fonctionnaires qui sont en Mauritanie et au niveau de ceux qui sont à l’extérieur.

On a quand même tenu en compte toutes nos préoccupations à savoir que toutes les victimes soient recensées. Maintenant, il s’agit de savoir comment le dossier va être traité au niveau de cette commission. Il faut savoir aussi que ce n’est pas seulement les fonctionnaires et agents de l’Etat qui sont concernés. Il y a aussi d’autres travailleurs qui ont servi au sein de certaines entreprises nationales comme la SNIM, la SOMELEC ou comme d’autres sociétés. Ces personnes n’ont pas été prises en compte.

Nous espérons qu’elles seront rétablies. Au niveau de cette action, il faut qu’on tienne en compte les autres catégories qui ont été victimes comme les paysans et les éleveurs. Quel est le sort qui leur sera-t-il réservé ? Quand on parle de réconciliation nationale, il faut prendre en considération tous les facteurs, les problèmes et essayer de façon consensuelle à trouver des solutions. Telle est notre démarche et nous allons continuer à appuyer cela pour que vraiment toutes les victimes puissent être rétablies dans leurs droits.

On peut dire qu’il y a un pas qui a été déjà fait. On sent une volonté politique de régler cette question. Nous ne pouvons qu’apporter notre appui. L’ensemble des problèmes des déportés doit être pris dans leur globalité et nous pousserons les autorités compétentes à prendre en considération toutes leurs préoccupations en vue de créer un déclic.

Le Rénovateur Quotidien : Parmi les questions en suspens dans le cadre du règlement du passif humanitaire, il y a celle relative à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de clarifier le sort des personnes portées disparues, d’identifier et de traduire en justice les auteurs. Croyez-vous que Mohamed Ould Abdel Aziz va oser franchir le rubicond en l’ordonnant par exemple ?

Mamadou Sarr : Quand un Président de la République reconnaît qu’il y a eu une situation, cela nous réconforte. Aujourd’hui, je crois qu’aucun mauritanien n’ignore ce qui s’est passé. La meilleure solution, c’est d’avoir le courage de poser le problème. C’est pourquoi nous disons que le passif humanitaire reste aujourd’hui un problème pendant.

Nous estimons que la meilleure approche, c’est de mettre en place une commission d’enquête indépendante qui disposera de toutes ses prérogatives pour faire la lumière de ce qui s’est passé. Les coupables doivent être jugés. Quand nous demandons qu’ils soient jugés, cela ne veut pas dire qu’on demande à ce qu’on leur coupe la main. Tel n’est pas notre objectif. Notre objectif, c’est que plus jamais, de telles choses ne se passent en Mauritanie. Le seul moyen de le faire, c’est que les victimes sentent que les bourreaux ont été jugés.

C’est notre approche et nous continuons à le faire. On a donné "quelque chose" aux veuves et ayants droits mais nous estimons que ce n’est pas suffisant, en tout cas, pour régler le problème du passif humanitaire. Même le Président de la République doit être conscient que cela ne règle pas fondamentalement le problème parce que si tel était le cas, la question serait réglée depuis très longtemps. Pour nous, le devoir de mémoire est très important, le devoir à la vérité c'est-à-dire mener des investigations. Cette commission doit être mise en place. Mais, essayer de rester dans le flou ne réglera pas fondamentalement cette question.


C’est pour cette raison que nous insistons sur la mise en place de cette commission indépendante pour que réellement ce problème du passif humanitaire comme le problème des victimes des évènements de 1989. Par rapport à ce dernier point, on a mis en place une commission chargée de statuer sur la situation des déportés. Pourquoi ne pas avoir la même approche par rapport au passif humanitaire ? Aujourd’hui, le seul moyen de permettre aux mauritaniens de se réconcilier, c’est de mettre en place cette commission qui va faire toute la lumière et trouver une solution idoine à ce problème.

Le Rénovateur Quotidien : Concrètement, qu’est-ce qui retarde la mise en place de cette commission d’enquête indépendante ?

Mamadou Sarr : Je n’ai pas d’informations précises là-dessus. Bientôt, nous allons demander à rencontrer le Président de la République. Je tiens à rappeler que le jour de sa démission (pour se présenter à l’élection présidentielle du 18 juillet 2009, Ndlr), il nous a reçus et nous lui avions expliqué l’ensemble de nos préoccupations par rapport au passif humanitaire, aux déportés, à l’esclavage, à l’impunité, à la corruption et surtout au problème des terres. Cet aspect foncier pose un sérieux problème. Aujourd’hui, il est élu.

Nous allons le rencontrer pour voir l’état d’avancement de ces dossiers. Il y a certains pas qui ont été accomplis au niveau de certains dossiers mais nous estimons que beaucoup de choses restent à faire. Donc, aujourd’hui, étant lu, il doit être en mesure, par rapport à nos préoccupations, de pouvoir donner des réponses. Nous pensons qu’il y va de l’avenir de la Mauritanie. Déjà, il y a une piste sur laquelle on est engagé, il faut aller jusqu’au bout.

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez tantôt évoqué le problème foncier. Il semblerait que les rapatriés seraient installés sur des terres appartenant à des autochtones comme la communauté Harratine. Une telle situation ne risque-t-elle pas de dégénérer ?

Mamadou Sarr : Dans l’accord triparti, il était clair que les rapatriés doivent disposer de leurs biens mobiliers et immobiliers dont les terres agricoles. Mais, ce que nous sentons aujourd’hui, que surtout, au niveau de l’autorité locale, il n’y a pas une volonté de régler ce problème. Quelqu’un qui avait un périmètre qu’il a aménagé, s’il revient, il n’y a pas de raison qu’on ne lui remette pas ses terres. Je donne l’exemple de Médina Salam. Un cas flagrant. La personne est venue s’installer sur son terrain, au lieu que l’autorité locale l’aide à ce qu’elle puisse reprendre ses terres, on lui crée des problèmes.

D’abord, on l’arrête, le défère et ensuite on autorise quelqu’un d’autre à exploiter ses terres. C’est cela qui crée la frustration. Des gens se sont accaparés des terres des rapatriés. Ce n’est pas normal et il faudrait qu’au plus haut niveau qu’on se penche sur cette question foncière sinon elle peut être grosse de tensions. Cela peut pousser les populations à réagir. Je vous rappelle qu’il y a eu une circulaire sortie au mois de mai 2009 par rapport à cette question. On est au mois de février et jusqu’à présent, cette question n’est pas encore réglée. En tout état de cause, les rapatriés ne demandent qu’à être rétablis dans leurs droits. Malheureusement, malgré leur patience, il n’y a pas de répondant. C’est là où le bât blesse par rapport à cette question foncière.


Propos recueillis par
Babacar Baye NDIAYE

Situation économique du pays : Des centrales syndicales prédisent un recul de la croissance

La coordination intersyndicale regroupant la Confédération Générale des Travailleurs de Mauritanie (CGTM), l’Union des Travailleurs de Mauritanie (UTM) et la Confédération Nationale des Travailleurs de Mauritanie (CNTM) a demandé au gouvernement, en marge de la fête du 1ier mai, de mettre en œuvre des programmes appropriés de développement avec la participation de toutes les forces vives du pays.

Dans une plateforme revendicative, ces centrales syndicales ont exigé entre autres l’ouverture dans les meilleurs délais du dialogue social triparti (Etat, syndicat et patronat) et l’augmentation des salaires de 50% pour toutes les catégories de travailleurs tant du public que du privé pour faire face à la cherté de la vie.

La coordination intersyndicale espère également que les pouvoirs publics exigent des multinationales opérant sur les secteurs stratégiques de l’économie nationale l’ouverture d’écoles professionnelles sur certaines qualifications pointues pour développer l’expertise nationale, la mise en place d’une politique de logement social décent qui permet à chaque travailleur d’avoir un toit, l’autonomie du régime de protection social des fonctionnaires, la baisse des prix du gaz, de l’eau, du carburant, et de l’électricité.

Les centrales syndicales se sont servies de la fête du 1ier mai pour tirer la sonnette d’alarme sur le plan politique et économique. A cet effet, elles ont exprimé leur inquiétude au sujet de la réduction des investissements extérieurs, du manque de visibilité en matière de planification stratégique dans le domaine économique, de la régression des activités du secteur touristique et la chute des matières premières et les difficultés financières que rencontre le secteur bancaire. Ce qui a amené du coup aux responsables de ces différentes centrales syndicales de prédire un recul de la croissance si des mesures efficaces ne sont pas entreprises par les pouvoirs publics.

D’ailleurs, dans sa plateforme revendicative, la coordination intersyndicale a appelé le gouvernement et le patronat à ouvrir très rapidement des négociations entre les partenaires sociaux dans le cadre d’un dialogue franc et sincère. Pour la CGTM, l’UTM et la CNTM, la balle est désormais dans le camp du gouvernement. Déjà, de leur côté, on menace de récidiver la grève générale des 15, 16 et 17 avril si le gouvernement refusait à nouveau d’ouvrir des négociations autour des primes de transport et de logement.

Sur la question des travailleurs victimes des évènements de 1989, le passif humanitaire, la question linguistique et de l’éducation, les centrales syndicales ont mis en garde le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz de vouloir les régler de manière exclusive dénonçant également que celui-ci se soit engagé dans une logique de gestion unilatérale des affaires du pays.

Revenant sur la loi de finances 2010 adoptée par le gouvernement, la coordination intersyndicale a déclaré qu’elle n’a pas apporté de grands changements en ce qui concerne la détérioration du pouvoir d’achat des travailleurs et des populations et la flambée des prix des denrées de première nécessité et des services sociaux de base.

Babacar Baye NDIAYE

Presque vingt ans après… : Le règlement du passif humanitaire vu par Aminétou Mint El Moctar

Après Boubacar Messaoud, Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (Afcf), donne son point de vue sur le règlement du passif humanitaire. Pour elle, le règlement définitif du passif commence d’abord par la mise en place d’une commission indépendante associant les victimes y compris les organisations de défense des droits de l’Homme ayant toujours fait du dossier du passif humanitaire une de leurs préoccupations majeures. "Il appartiendra à cette commission d’étudier les voies et moyens de régler le problème du passif humanitaire", souligne-t-elle.

Au sujet du règlement du passif humanitaire, Aminétou Mint El Moctar est catégorique : ceux qui ont les mains mouillées du sang de leurs victimes doivent être démasqués et répondre de leurs actes. En outre, la présidente de l’Afcf, sidérée, voudrait attirer l’attention des mauritaniens sur la manière dont aujourd’hui la question du passif humanitaire est soulevée par le Haut Conseil d’Etat nonobstant une réelle volonté politique de régler définitivement ce problème. "On ne peut pas être juge et partie", précise-t-elle.

Pour Aminétou Mint El Moctar, les coupables s’ils sont avérés doivent être jugés et condamnés pour servir d’exemple à ceux qui seraient tentés de vouloir commettre des actes criminels en Mauritanie. "C’est pour aussi faire un rapprochement entre nos différentes communautés et satisfaire les victimes qui ont, durant presque vingt ans, attendu, dans des conditions déplorables la justice après avoir subi des injustices extrêmement graves à leur encontre", explique-t-elle en faisant savoir que c’est le seul moyen de sortir la Mauritanie du ghetto du racisme, de l’exclusion et de la division.

Du côté de certaines personnalités de la société civile mauritanienne, elles sont nombreuses à fustiger la manière dont les autorités veulent traiter le dossier du passif humanitaire. Ainsi donc, pour Aminétou Mint El Moctar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille (Afcf), il est temps qu’on y mette du sérieux surtout de la part de la junte militaire au pouvoir qui veut précipiter le règlement définitif de ce dossier. "Jusqu’à présent, aucune volonté de la part des nouvelles autorités[le Haut Conseil d’Etat, Ndlr] n’a été constatée. Ce n’est pas les promesses qui règlent les problèmes. Nous en avons tellement entendu sous Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Mais, elles n’ont rien changé", rappelle-t-elle.

Au niveau du Forum des Organisations Nationales des Droits Humains dont Aminétou Mint El Moctar est membre, une stratégie de règlement du passif humanitaire a été concoctée. Elle s’articule autour de quatre points essentiels à savoir : établir la vérité sur le passif humanitaire, poursuivre pour l’exemple les responsables moraux des exactions, réparer les préjudices moraux et procéder à des réformes institutionnelles. "Maintenant, après tout cela, il appartient aux victimes de pardonner. On ne peut pas continuer à ignorer les victimes et leurs enfants qui sont toujours là dans une situation assez dramatique", insiste-elle en laissant entendre qu’une enquête sérieuse devait être menée au sujet de l’identification des auteurs et les poussant à reconnaitre leurs crimes.

"C’est eux-mêmes qui doivent demander le pardon. On ne peut pas pardonner à la place des victimes. L’Etat ne peut pas pardonner à la place des victimes. On ne peut pas non plus les obliger à se taire…", affirme-t-elle. "Tout ceci passe, d’abord, par l’existence d’un Etat de droit", ajoute-t-elle.

Avec tout le tapage et le fourmillement qui entoure le dossier du passif humanitaire, Aminétou Mint El Moctar craigne que la question du passif humanitaire ne connaisse pas le même sort que celui de l’esclavage qui, malgré l’adoption de nombreuses dispositions législatives, continue toujours de susciter des prises de positions .

Le pourrissement du dossier du passif humanitaire arrange-t-Nombreux aujourd’hui sont ceux qui pensent et soutiennent que le pourrissement du dossier du passif humanitaire pourrait constituer une menace pour la stabilité sociale du pays. Et, si, aujourd’hui, la question du passif humanitaire met encore du temps à être résolue définitivement, c’est sans nul parce qu’il constitue un sujet qui dérange à plus d’un titre notamment au niveau de l’armée et de l’administration.

Dans le dossier du passif du passif, l’armée mauritanienne est accusée gravement d’avoir servi d’écran de fumée aux milliers de massacres collectifs et la déportation de centaines de milliers de mauritaniens vers le Sénégal et le Mali à la suite des évènements de 1989 entre la Mauritanie et le Sénégal. Pour Aminétou Mint El Moctar donc, les militaires sont aujourd’hui mal placés pour se substituer aux victimes dans la recherche de la vérité sur le passif humanitaire. Car, des accusations graves pèsent sur certains hauts gradés de l’armée mauritanienne. Même l’actuel locataire de la Maison Brune, Mohamed Ould Abdel Aziz, n’échappe pas à ces charges.

Au sujet du règlement du passif humanitaire, Aminétou Mint El Moctar aurait souhaité la mise sur pied d’une instance internationale spéciale chargée de juger les coupables. "Les militaires doivent s’éloigner de ce problème", soutient-elle. "On n’est pas encore au moment des miracles", lâche-t-elle.

Aujourd’hui, Vingt ans après, existe-t-il vraiment une réelle volonté d’en finir avec le passif humanitaire ? Ce dossier ne risque-t-il pas d’être bâclé sans la moindre discussion par le Haut Conseil d’Etat ? Est-ce que toute la lumière sera jetée au sujet des exactions commises entre 1986 et 1991 ? Autant de questions qui méritent d’être posées.

Mais pour Aminétou Mint El Moctar, les réponses à toutes ces questions dépendent uniquement de la bonne volonté des nouveaux pouvoirs publics à résoudre le dossier du passif humanitaire. "Toutes les données existent. Il suffit d’avoir une volonté affichée pour régler ce problème", dit-elle.

Aux yeux d’Aminétou Mint El Moctar, on ne peut pas régler le problème du passif humanitaire sans jugement ni devoir de vérité et surtout sans laver nos consciences et sans associer les associations et certaines associations. "Ce n’est pas dans un esprit de règlement de comptes qu’on va le faire pour réclamer la justice", prévient-elle pour permettre la reconnaissance et la réparation du préjudice.

Babacar Baye Ndiaye

Djéol : La jeunesse entre mariages précoces et émigration

Bien plus qu’une culture, les mariages précoces, à Djéol, donnent un aperçu du cadre social de cette commune, sans électricité, située à plus de 18 km de la ville de Kaédi. Les mariages précoces sont inhérents à leur cadre de vie. Et pourtant, la loi interdit une telle pratique qui, aux yeux de bon nombre des habitants, occupe une dimension naturelle et fondamentale de leur existence.

Néanmoins, des voix, naturellement de femmes, s’élèvent de plus en plus pour dénoncer cette pratique. Créée depuis 2005, l’Association Yakaré Débo (l’Espoir de la femme) dirigée par Oumou Diyé Bâ, a inscrit dans ses actions, outre la scolarisation des filles, l’alphabétisation, l’émancipation de la femme et l’égalité des sexes, la lutte contre les mariages précoces qui sont devenus l’une des causes de l’échec scolaire des filles au niveau de Djéol. Ce combat d’éveil ne se fait pas non sans quelques obstacles.

"C’est une pratique contre laquelle on n’a jamais cessé de battre en brèche. Il est intolérable et inconcevable, aujourd’hui, de voir des jeunes filles de moins de 15 ans interrompre leurs études ou leur avenir gâché. Au niveau de notre association, nous appuyons toute initiative allant dans le sens de combattre les mariages précoces. Nous avons pris, depuis quelques années, la mesure de comprendre cette pratique qui va à l’encontre des droits de nos filles", explique Oumou Diyé Ba.

Agir au niveau des consciences

On sait aujourd’hui que les mariages précoces qui annihilent l’émancipation des filles sont souvent promus par les hommes. Et pour Oumou Diyé Bâ, c’est au niveau de leur conscience qu’il faut agir pour pouvoir porter le message de la sensibilisation. Tenter de convaincre les pères de famille d’accorder à leurs filles la chance de faire des études poussées, c’est la seule arme dont elle dispose aujourd’hui. Pour ce faire, l’association Yakaré Débo qu’elle dirige tient régulièrement des rencontres avec les grandes personnes du village pour les sensibiliser autour de cette question.

A Djéol, les femmes se mettent aussi à l’air du temps, le temps de refus et des revendications du respect de leurs droits. Comme celui de permettre à leurs filles de suivre leur cursus scolaire. Les mariages précoces deviennent de plus en plus inquiétants. Déjà, l’année dernière, 33% des élèves mariées avaient entre 11 et 15 ans.

Conséquence : les filles talonnent de très loin les garçons en termes de performance scolaire. Une situation qui préoccupe grandement Sy Alhousseinou qui est le directeur du lycée de Djéol depuis trois ans.

"La plupart des élèves du lycée viennent des villages environnants. C’est un milieu rural où l’endogamie est un phénomène très poussé et où également les mariages précoces sont légion avec un pourcentage très élevé", dit-il.

Dans des zones où le poids de la tradition est très lourd, il est très dur de mener le combat. D’ailleurs, en véritable pèlerin, le directeur du lycée de Djéol se rend régulièrement dans les villages à proximité pour sensibiliser les parents qui sont les premiers concernés par ce phénomène.
Pour lui, il faut mener un combat d’arrache-pied afin de résoudre ce fléau. "Cela passe nécessairement par la communication, par un changement des comportements, par la mobilisation sociale à un échelon supérieur par le plaidoyer", indique Sy Alhousseinou qui n’a pas manqué de regretter la faible implication de la société civile locale par rapport à cette question.

Les pas franchis dans le domaine de la lutte contre les mariages précoces sont encore timides dans la commune de Djéol. Mais, néanmoins, des organisations internationales, comme la Croix-Rouge, World Vision, le Groupement Régional pour le Développement Rural (GRDR) ont fait aussi sienne cette lutte qui a vu l’adhésion des autorités locales pour renverser la tendance actuelle.

"Nous n’avons pas encore élaboré une stratégie de lutte contre les mariages précoces. Mais, nous sommes en train de nous mobiliser corps et âme pour mener une campagne de sensibilisation", a affirmé Abdoulaye Moussa Bâ, maire de la commune de Djéol. "Si nous étions capables de prendre des mesures tout de suite, nous ne tarderions pas à le faire", a-t-il poursuivi comme pour expliquer qu’il appartient de prime abord aux pouvoirs publics de s’y impliquer pour entraîner dans leur sillage les collectivités locales.

L’émigration, un mal nécessaire ?

A Djéol, il n’y a pas que les mariages précoces qui obnubilent la mairie, les associations et le corps enseignant. L’émigration est en train de vider la jeunesse de cette commune. Pour beaucoup de jeunes comme Oumar Amadou Bâ qui est en classe de 3ième année Collège, le chemin le plus court pour réussir dans la vie est d’emprunter celui de l’émigration.

"Les conditions de vie sont très difficiles ici, se justifie-t-il. Et Dieu seul sait, si on va ou non réussir dans les études. Pour ne pas perdre mon temps, je préfère abandonner mes études et partir comme tout le monde".

Cette envie de partir qui gagne de plus en plus le cœur des élèves de la commune de Djéol n’a pas laissé indifférent le directeur du lycée Sy Alhousseinou qui estime que seule l’école est capable de juguler ce fléau.

"L’Afrique a besoin de ses valeureux fils et s’oppose vaille que vaille à la fuite des cerveaux au moment où de l’autre côté de la méditerranée, dans l’Hexagone, on parle de l’émigration choisie", tente-t-il d’expliquer.

Le problème de l’émigration parait beaucoup plus complexe. L’apport des ressortissants de Djéol dans la réduction de la pauvreté et de l’élévation du niveau de vie des populations est non négligeable. Il en est de même dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’agriculture et de l’élevage.

"Tout ce qui est vivant ici, je ne vais pas dire appartient totalement aux émigrés, en tout état de cause, ils sont les premiers piliers du développement de Djéol", reconnaît le maire de cette commune. A titre d’exemple, les émigrés de Djéol, en plus de la ville de Noisy-Le-Sec en France, ont participé financièrement à la construction de l’école 3, du centre de santé et de l’extension du lycée.

Même si Abdoulaye Moussa Bâ ne partage pas l’émigration, il comprend tout de même les raisons qui ont poussé un certain nombre de Djéolois d’émigrer. "Je ne suis pas entièrement d’accord avec l’émigration mais je ne suis pas non plus en mesure d’empêcher les velléités d’émigration. Il nous est très difficile de pouvoir retenir les gens au bercail. Il y a certains qui le font malgré eux parce qu’ils sont en face de situations qui font qu’ils sont obligés de s’adonner à l’émigration", explique-t-il.

Babacar Baye NDIAYE